Hors du temps – Carnet de Route

Quand j’étais petite, j’aimais partir à l’aventure, construire des cabanes, me perdre dans la forêt, manger des fraises des bois et sauter dans les flaques pour éclabousser mes sœurs. Aujourd’hui, j’essaie de faire tout ça, mais en voyant les choses en grand, alors dès que je peux, je prends une tente sous un bras, et un sac à dos sous l’autre. Et dans celui-ci, j’y glisse deux ou trois appareils photos et quelques carnets de route. Ici, je vous raconterai certaines histoires de mes périples, issues de mes carnets d’enfance. Vous vous doutez, quand on est jeune, il nous arrive de tout exagérer et imaginer que tout est plus grandiose, surtout quand on vient de Provence, alors vous me pardonnerez si je retranscris rêveusement mes pensées. J’avais déjà tendance à romancer tous mes mots, mais sans romance, le monde est moins beau.


1er août 2015 – Grèce

Encore un réveil sous cette tente, encore un matin avec des coups de soleil sur le visage et des piqûres de moustiques sur les mollets. Nous étions à Épidore, ville grecque du Péloponnèse. Nous venions de déjeuner un chocolat frappé et quelques sandwichs jambon-beurre, symbole des vacances.

Encore un matin où on prenait la route. Nous avions, pour la centième fois, mis de la musique grecque, un CD oublié dans la voiture de location. C’était notre seul moyen d’échapper aux radios incompréhensibles et aux chansons des Fréros delaVega qui passaient en boucle. La route était sinueuse. Nous longions les falaises, traversions des forêts, nous frayant un chemin entre la pierre et le ravin. « Only you can make this change in me. For it’s true, you are my destiny”. Papa venait de remettre la radio et Elvis chantait fort en ce doux matin d’août.

Nous approchions du Monastère d’Élonis, suspendu au bord de la falaise, qui nous apparut soudainement, comme sorti de nulle part, dans les airs. Un lieu coupé du monde, hors du temps. On venait de descendre un grand escalier enduit à la chaux. Je me souviens des drapeaux de prière tibétains qui valsaient au rythme du vent. Il ne fallait pas faire de bruit, c’était un lieu de visite mais aussi un lieu de culte. Nous avions croisé une sœur, vieille femme vêtue de noir, qui lisait dans un coin de la cour. Elle semblait apaisée. Nous avions marché dans le jardin, très coloré. C’était calme, il n’y avait pas un bruit, je crois bien que mon cœur s’était arrêté de battre car même lui je ne l’entendais plus. Des chats courraient de partout, et nous étions en haut de la falaise. Je me souviens qu’il y avait du vent, beaucoup, et pas encore de bus de touristes. Nous étions venus tôt, pour découvrir le lieu comme il était vraiment.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Puis cette chapelle. Bien que dans de nombreux pays la tradition soit la même, il y avait une chose qui me marquait toujours dans chacune des églises et chapelles que nous visitions. Nous rentrions dans le lieu par une porte de bois, il se trouvait des bancs, une croix et des bougies, jusque-là rien d’alarmant. Ce qui venait ensuite était aussi impressionnant qu’effrayant. On trouvait des dizaines d’ex-voto, les uns sur les autres, qui reflétaient les rayons de soleil. Certains me diront : « mais c’est quoi un ex-voto ? ». Il en existe deux formes, du moins à ce que j’ai pu voir : les plaques en fer et les objets de cire ou porcelaine. Ce sont les chrétiens, là aussi il me semble que cela concerne principalement les orthodoxes, qui placent ces objets dans les églises pour demander à Dieu d’exaucer leurs souhaits. Parmi eux, on y retrouve l’envie de trouver un.e fiancé.e, le besoin de protection de la maison, guérir un malade, avoir un enfant, rester en bonne santé, retrouver la vue, réapprendre à marcher,… Dans les églises, on retrouve donc près du Christ, des dizaines de bras, jambes ou autre membre du corps suspendus par des fils, provenant de poupées ou achetés spécialement pour l’occasion, mais également, des plaques en fer contenant des yeux, des personnages, des maisons, des voitures, des bébés,… Je crois que ces ex-voto sont dédiés à la vierge. C’est à la fois un acte sincère et très compréhensif, mais quand on n’y est pas habitué, la scène se transforme vite en image d’horreur.

J3-DSC_0498-samos-pythagoreio[800x600]

© JF BRADU

uploads_assets_9225a1c6800b682b2d_L1080959

© SARAH ODEDINA

Nous étions ressortis, et avions discuté comme on pouvait, en anglais, avec une des bonnes sœurs. Il faisait beau, le vent s’était un peu apaisé. Il fallait qu’on reprenne la route jusqu’à un autre endroit qui nous était encore entièrement inconnu. De ce lieu, j’en garde un souvenir de vie au ralenti et un sentiment d’envol constant. Je me demande bien s’il continuera à exister encore longtemps, et si le calme règne toujours, entre deux bus de touristes hollandais.

Pauline – Carnet de route

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s