Pauline GAUER

Comme on le dit souvent, il y a un « avant » et un « après » Première Pluie. Et c’est cet « après » qui m’a permis de devenir la personne que je voulais être, l’aventurière, la fille de la bande, celle qui grandit de ses chutes sur le goudron. Même si la pluie dure depuis un an et demi, ce n’est pas à ce moment-là qu’elle a commencé à tomber. Avant, il y a eu la tempête, et quelques saisons sèches.

Des marins se sont retrouvés sur un bateau de bois, grand mât et une petite voile bleue. C’est chaleureux, rempli de livres, de lits et de canapés. Le genre de bateau dans lequel tu refais le monde en mangeant des pâtes, le grand bateau de la Commanderie. Château dans le ciel, qui flotte sur les vagues d’immeubles de Nancy. Certains sont restés sur la côte lors des escales, d’autres nous ont rejoint. Cela fait trois ans que l’on navire. D’après notre météoro-léo-gue, la pluie n’est pas prête de s’arrêter. Il paraît qu’elle touche la France, et même d’autres pays.

Au milieu du brouhaha et des bruits de machines navales, je reste un peu allongée dans mon lit, entourée de mes appareils, de mes carnets et de mes livres. Dans cette histoire, je me repose parce que je crois que j’en ai besoin dans la vraie vie, entre deux articles, deux vidéos à monter, ou au milieu de l’organisation de tout. On aime Première Pluie comme une part de nous-mêmes, de la même manière que l’on croit en cette amitié. Juillet. Vingt-et-un ans. La pluie est encore douce. C’est celle qui fait pousser des plantes, pas celle qui détruit des forêts, et c’est ce qui compte pour nous.

Dans ce bateau, il y a des radeaux sur lesquels on peut s’en aller, seul ou à plusieurs, pour retrouver un instant nos autres vies. Il y a plein de gens qui m’attendent sur la berge. Ils sont des souvenirs, des nuits de miel, des moments d’amour ou de larmes. Je suis heureuse de les voir. C’est beau les gens qui dansent, les gens qui s’aiment puis qui ne s’aiment plus, les nuits à courir dans les flaques. Je finis par repartir en solitaire.

Cela fait partie du voyage. Partir, se perdre, revenir sur ses pas pour partir mieux encore. Je ne me sens de nulle part. Je vais sûrement ailleurs. Première Pluie, c’est ma maison dans la forêt. Je passe le pas de la porte quand je rentre de mes aventures. Pauline vit. Petite Pau lui rappelle de le faire. Petite Pau, c’est celle qui s’abandonnait dans les bois avec son couteau suisse et ses morceaux de cordes pour construire des cabanes. C’est celle qui écrivait des livres et qui organisait des chasses aux trésors. C’est celle qui rêvait de la belle vie de maintenant.

J’aime toutes les petites imperfections de mes journées, de mes projets, et des liens que je crée avec les gens. Ça a du charme, comme un garçon qui sourit beaucoup. Première Pluie, c’est la fin d’une vie et le début d’une nouvelle, plus douce et plus forte à la fois. C’est ma plus grande fierté. Le regret que je n’aurai jamais. Ce qui nous tient en vie.

Je suis Pauline Gauer. Je suis super forte en drifts, et je sais coudre. J’ai déjà réussi à faire du feu avec des silex un jour, et j’ai une grande passion pour les insectes. Plus tard, je serais journaliste reporter, et ça c’est le début de tout.

Un peu comme la première des pluies.


 

Pauline Gauer • @expectbadweather • @ontheroadofpau • paulinegauer.com

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