Le serpent – Carnet de Route

Quand j’étais petite, j’aimais partir à l’aventure, construire des cabanes, me perdre dans la forêt, manger des fraises des bois et sauter dans les flaques pour éclabousser mes sœurs. Aujourd’hui, j’essaie de faire tout ça, mais en voyant les choses en grand, alors dès que je peux, je prends une tente sous un bras, et un sac à dos sous l’autre. Et dans celui-ci, j’y glisse deux ou trois appareils photos et quelques carnets de route. Ici, je vous raconterai certaines histoires de mes périples, issues de mes carnets d’enfance. Vous vous doutez, quand on est jeune, il nous arrive de tout exagérer et imaginer que tout est plus grandiose, surtout quand on vient de Provence, alors vous me pardonnerez si je retranscris rêveusement mes pensées. J’avais déjà tendance à romancer tous mes mots, mais sans romance, le monde est moins beau.


14 avril 2010 – Maroc

J’avais 11 ans, et à 11 ans on a pas l’habitude de voir ce que j’ai vu. Certains diront que ce n’est rien d’exceptionnel, mais je me souviens à quel point j’avais été touchée.

Remettons l’histoire dans son contexte : vacances d’avril 2010, et la décision de partir une semaine en trek dans le désert marocain. Qui dit trek, dit 8h de marche par jour, nuits dans une tente et sable dans les chaussures. Nous étions partis en famille avec un groupe Allibert, afin de découvrir Marrakech et le désert.

Durant une de ces journées, nous marchions et étions arrivés dans un village au milieu de rien. Les maisons étaient de terre, comme tout d’ailleurs. On avait visité une vieille kasbah, puis en traversant le village, des enfants s’étaient mis à nous suivre. « Ils nous avaient demandé droit dans les yeux si on avait un stylo ou un bonbon à leur donner. On avait rien. Ça m’a brisé le coeur ». J’ai écris ces mots dans mon carnet. C’est fou comme même à 11 ans on peut à ce point se sentir inutile et désemparé. Je n’ai pas oublié leurs visages, et leurs sourires.

Nous avions ensuite traversé vaguement le cimetière de ce petit village dont le nom m’est inconnu. « Il y avait beaucoup de tombes d’enfants », si on peut mettre le mot « tombe » sur un tas de terre bien sûr.

Tout cela pour vous dire à quel point on a un peu de chance de vivre où on vit. On nous le rabâche tout le temps, mais bon ça heurte quand même un peu le coeur d’un enfant de voir des tas de terre d’un mètre de long dans lequel dorment de petits coeurs, alors que derrière toi, il y a ta petite soeur de 6 ans qui joue sur un dromadaire.

Mais de base, ce n’était pas le sujet principal de ce récit. Il fallait que je vous raconte un de ces jours où la photographie a failli m’empêcher d’être ici pour vous raconter ma vie, enfin du moins, selon mes souvenirs héroïques d’enfant.

Après la visite de ce village donc, on avait continué notre marche dans le désert, pour aller au prochain lieu de campement, où les chameliers planteraient les tentes, et nous les gosses, où on ferait du toboggan dans les dunes.

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On marchait, je ramassais tous les cailloux qui comportaient le moindre fossile, mon père était ravi de les porter. Je me souviens à quel point il n’y avait rien, nulle part. Pas un relief, pas un arbre, pas une rivière, juste de la terre sèche et craquelée. Puis d’un coup, quelque chose qui se met à bouger. Vous savez, c’était la période où mon appareil photo était comme la continuité de ma main. Je dormais avec, je me douchais avec quand il était waterproof, et tout le monde me demandait ce qu’était cette sacoche autour de mon coup. Alors un serpent, vous imaginez mon engouement pour réussir la photo de l’année.

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Un peu de respect s’il vous plaît, c’était juste pour que vous visualisiez cette magnifique sacoche que m’avait donné ma mamie

J’avais pas peur, j’ai jamais eu peur de rien. Je me suis donc approchée de plutôt près, je dirais que l’appareil était à 30 cm de sa tête. Je venais de m’accroupir devant lui quand j’ai été poussée brutalement par quelqu’un. C’était le guide, qui a commencé à me crier dessus, très énervé. Dans ma tête je me disais « ça va c’est rien ». Puis, il fait reculer tout le monde, et nous explique que ce serpent est une vipère cornue. Son venin est mortel. Et lorsqu’elle voit quelqu’un s’approcher d’elle, elle peut bondir de 2 mètres et te mordre. Il me semble que soit tu meurs dans les heures qui suivent, soit tu as des tumeurs hémorragiques qui apparaissent.

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Je vous avoue que pour moi ça n’avait aucune importance tant que j’avais ma photo. Mes parents m’ont dit ensuite que c’était une vipère, mais pas forcément cornue, car le guide avait sûrement voulu me faire peur. Sauf que ça n’a pas marché, parce que j’étais une aventurière, et que c’est un des jours où je me suis sentie la plus badass. Pauline, 11 ans, qui se bat avec un serpent d’au moins mille mètres, mes copines de l’école n’en revenaient pas.

Pauline Gauer – Carnet de Route

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