Comment je suis devenu le meilleur doseur de grenadine au monde – Chronique de l’an 2000

Tout d’abord bonsoir. Vous avez des aprioris et c’est tout à fait normal. Vous n’allez pas avoir envie de lire ce que je vais écrire, mais vous allez le lire et vous allez avoir envie de le relire. Un jour j’irais vivre en Alaska, je tiendrais le premier ranch de chevals de neige et je prendrais mon hydravion une fois par mois pour me rendre au Costa Rica manger une ou trois crêpes. En attendant j’ai une vie tout à fait normale et inintéressante que je rends intéressante en la vivant. Je ne vais pas faire que la raconter, je vais surtout l’adapter, pour que vous vouliez que mes 27 ans soient repoussés tous les ans. Ciao en italien, hasta mañana en espagnol, chaque semaine en français.

 


Bonsoir, j’espère que tout va bien dans votre vie. Je vais vous raconter une histoire personnelle qui me tient très à cœur et que vous devriez savoir avant de me connaître.

Aujourd’hui je me proclame comme étant le meilleur doseur de grenadine au monde. Il n’y a pas de vraie compétition alors je me proclame, et c’est tout, et personne n’a rien à dire, et personne n’a jamais bu de meilleures grenadines que celles que je dose. Si vous êtes intrigués et que vous voulez tester mes dires, je vous mettrais l’adresse de mon ranch dans ma description dans 10 ans. Mais là n’est pas l’histoire de savoir si je le suis, ici est l’histoire de savoir comment je le suis devenu.

Tout débute un soir d’août 2007. J’ai 7 ans. Je suis en vacances, chez moi, à faire ce que de nos jours nous appelons chiller. Je ne fais rien. Mon père et ma mère vont au lit comme tous les soirs et moi je suis là. Cela fait 7 ans et 8 mois que je vis et c’est tout. Je ne fais rien de mes vacances, je joue un peu au foot mais le monde tourne toujours pareil, c’est normal j’ai 7 ans. Mais contrairement aux autres enfants de 7 ans, je me pose des questions. Vous savez ces questions que les adolescents se posent quand ils écoutent Notes pour trop tard d’Orelsan ? Bah moi à 7 ans, j’ai déjà la capacité de faire vibrer une salle de concert en disant aux jeunes de faire ce qu’ils veulent parce que le monde ne les aidera pas.

Je me pose des questions et je commence à penser que je devrais faire quelque chose de ma vie, quelque chose de grand, quelque chose qui fait perdre connaissance aux japonais, quelque chose qui change le monde. Alors je mets les barres chocolatées qu’a gentiment achetées ma maman dans un sac, avec 3 pommes, et je pars. Il fait nuit alors je rentre et je reporte mon voyage à demain.

On est demain. Mon papa tond la pelouse et ma maman est au travail. Cette fois je pars vraiment. Je marche longtemps, presque jusqu’au bout de la rue, et je commence à faire du stop. Des voitures s’arrêtent et me demandent où sont mes parents et où est ma maison. Je leur dis que je veux aller nulle part, cet endroit où je vais apprendre à quoi je suis destiné. Les voitures s’éloignent vite de moi et je continue à marcher le pouce gauche levé, le pouce droit dans la bouche.

Les voitures ne sont pas souvent très gentilles mais les camions si. Je monte dans mon premier camion avec un homme très sympathique qui me raconte son rêve de devenir propriétaire de musée. Il s’arrête à Berlin et je dois reprendre un camion. Cette fois c’est une madame qui se demande pourquoi les chiens de traineaux existent, pourquoi les renards polaires existent, pourquoi les ours blancs existent, mais qu’absolument aucun cheval ne devient le premier cheval de neige. Cette femme veut inventer des choses, elle en a un peu marre de vivre dans un camion pendant 18h par jour, mais si elle ne le fait pas son mac la retrouvera pour la tuer alors elle continue de rêver de neige. Elle adore la neige et s’arrête à Varsovie. Il fait nuit, elle me demande où je vais dormir, je lui réponds nulle part, elle dit ok et part.

Le problème c’est que je veux dormir mais je sens que nulle part est encore loin. Alors je monte dans un troisième camion. Cette fois ci, il ne me parle pas. Aucune question, aucune conversation. Je dois avouer que j’étais un peu mal à l’aise. Mais je m’endors pendant 76 heures. Je me réveille au Tibet, je descends du camion et le chauffeur me dit qu’il est désolé de ne pas m’avoir parlé mais il ne pouvait pas il est muet.

Nous partons chacun de notre côté et il se passe enfin quelque chose, je sens quelque chose, qui m’anime, qui dit à mon cœur « tu y es ! ». Alors je continue mon chemin vers une bâtisse qui a l’air très jolie de loin. J’entre et des hommes chauves habillés en orange m’accueillent. Ils sont beaucoup. C’est surement un grand jour pour eux car ils sont tous très concentrés. On m’amène dans une grande salle avec plein de statues d’un homme grassouillet qui sourit. Un vieux monsieur au fond de la salle commence à m’approcher. Il ressemble à tous les autres mais lui est différent, il a l’air encore plus vieux. Je lui dis bonjour car ma maman m’a toujours dit d’être poli et il me rend la pareille. Ensuite je passe toute la journée avec lui, il m’apprend plein de choses comme la nutrition d’une girafe femelle ou les ragots qui trainent dans le coin. Apparemment, celui qu’il appelle le moine Damien aurait volé 3 mandarines au moine Sylvain. Je note.

Le lendemain le procès de Damien a lieu. Il va surement se faire bannir de la bâtisse car tout le monde aime Sylvain. A un moment du procès, le mec tout vieux me demande mon avis. Alors je dis : « Je pense que si tout le monde avait le nombre de mandarines nécessaires il n’y aurait plus de problèmes de vol de mandarines car personne ne voudrait en voler s’il en a déjà assez ».

La salle se tait puis m’applaudit, apparemment j’ai dit quelque chose de cool car ils commencent tous à s’agenouiller et à crier « White Savior ». Mais ça me fait un peu flipper alors je m’en vais. Je quitte cette jolie bâtisse et je décide de rentrer chez moi car j’en ai assez appris. Je prends l’avion et je suis de retour à la maison.

Mes parents m’engueulent un peu de pas avoir prévenu mais comme je suis de retour avant la rentrée ça va. Puis je me pose devant la télévision. Et là je vois un mec, chauve, vieux, habillé en orange, et qui ressemble beaucoup au vieux de la bâtisse au Tibet. Il commence à parler. Il dit qu’il a trouvé la solution pour résoudre la pauvreté dans le monde et blablabla. Bref, encore des promesses utopistes. Saoulé, je me sers une grenadine. Et wah, oh, woh, je kiffe ma race comme disent les jeunes. Je fais gouter à mes parents, à mes amis, à ma famille et à chaque fois la même réaction : wah, oh, woh. Je me suis dis que j’avais un surement un don. Jamais j’avais réussi à ressentir ça en me servant une grenadine. J’ai le mouv, j’ai enfin le mouv, ce truc qu’on recherche tous au fond de nous, je sens que je l’ai. Je sais faire quelque chose pour la première fois de ma vie. Je ne sais pas d’où ça vient mais j’espère que ça restera toute ma vie.

10 ans après je me demande encore si mon voyage au Tibet est la cause de l’apparition de mon don. Sûrement. J’ai appris que le vieux s’appelait le Dalaï Lama et que le grassouillet souriant était Bouddha. Une prochaine fois je vous parlerais des bouddhistes, mais il faut déjà que je lise mon livre.

Josh – Chronique de l’an 2000

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