Bilan sur les débats autour du blocus de la fac de lettres de Nancy (et d’ailleurs) – Dossiers

Cela fait maintenant plusieurs semaines que l’on parle très souvent du nouveau plan étudiant sur les réseaux sociaux et les pages Facebook des étudiants de Nancy, et plus particulièrement du blocus qui est mené depuis le 22 mars à la fac de lettres.

Deux forces sont en présence dans ce débat : Les pro blocus, qui sont contre ce nouveau plan étudiant et soutiennent ou font partie de ceux qui bloquent les cours à la fac de lettre, et les anti-blocus, qui même s’ils sont bien évidement une partie à aussi rejeter ce plan étudiant, voudraient l’arrêt de ce blocage, qui les empêchent d’étudier et compromet les partiels.

Les deux clans ont leurs idées et les défendent vivement… Attendez non, on dirait bien que le débat se résume (sur les réseaux sociaux) à une bagarre générale sans les poings mais avec des insultes et des généralisations rapides : Les pro blocus sont des « gauchiasses de merde » et les antis blocus des « fachos et des moutons de la droite ».

Au-delà de ce qui se passe aux AG (qu’on analysera et critiquera plus tard), ce débat est assez révélateur de ce dont les jeunes sont capables, ou non. Les arguments sont génériques, beaucoup d’idées reçues (« Vous êtes des ratés de la société bons qu’à vouloir revendiquer tout et n’importe quoi et faire les victimes » ; « Vous mangez dans la main à Macron alors qui veut juste vous la mettre, c’est des gens comme vous qui ont porté Hitler au pouvoir »…). On ne voit quasiment jamais des confrontations à base d’arguments tirés de considérations sur le plan étudiant, juste des provocations. Cela dit les échanges en rapport au blocus sont un peu plus censés, où dernièrement on confronte les chiffres des AG au vote éléctronique ayant eu lieu.

Tout cela en dit plutôt long sur ceux qui font les débats sur le blocus à Nancy, loin de moi l’idée d’en faire une généralité mais cette mouvance malveillante est clairement rependue et à l’heure du bilan imposé par la fin du blocus, il serait peut-être temps de recentrer le débat et de manière objective.

Je vais essayer dans cet article de recentrer le débat comme je l’ai dit, ce blocus a créé trop de discordes et de clivages au sein des étudiants de Nancy et une petite piqure de rappel sur ses tenants et aboutissants ne fera de mal à personne. Pour cela j’ai décidé de rassembler tout ce qui peut être contestable vis-à-vis des actions des pro-blocus et de les confronter aux arguments de Romane Mayer, l’une des têtes de proue du mouvement et à la tête de l’UNEF, que j’ai interviewé. Cet article n’est partisan d’aucun clan, juste de la réalité des faits.

Font suite à cet avant-propos son interview avec mes questions en gras, et les ajouts que j’y ai opéré à posteriori (en bleu), afin de commenter ses propos.

 

Présidente de l’UNEF, tu es une des têtes de proue du mouvement anti-Plan étudiant et donc pour le blocus de la fac de lettres de Nancy, pourrais-tu nous expliquer ce qu’est ce plan étudiant et en quoi il consiste vraiment ?

Le plan étudiant c’est une réforme qui a été instaurée par Madame Vidal la ministre de l’enseignement supérieur. C’est une réforme qui déjà, va instaurer la sélection à l’entrée de l’université, c’est à dire qu’on va mettre des nouveaux pré-requis aux nouveaux bacheliers pour qu’ils puissent rentrer à l’université, c’est un truc qui a été inventé pour faire face au tirage au sort, et pour ça on va fermer les portes de l’université à certaines personnes.

En plus de ça, il va y avoir le contrat de réussite qui va être instauré, un contrat qui va être signé par les élèves à l’entrée à l’université et qui va établir des clauses qui devront être remplies par les étudiants boursiers (telles qu’être présent à tous les CM ou avoir un certain niveau de moyenne), qui se verront supprimer les bourses si celles-ci ne sont pas respectées. En gros c’est fait pour fliquer les étudiants boursiers.

Pour finir, l’autre « gros titre » du nouveau plan étudiant, ça va être de créer des « enseignements modulaires capitalisables ». En gros on ne pourra plus faire qu’une licence d’histoire, mais un peu d’histoire, de socio, de géo par ci par là. Ça va faire en sorte que le gouvernement puisse casser la compensation des matières, qui permettait à un élève qui avait 8 dans un UE et 12 dans l’autre d’arriver à une moyenne de 10. Ça empêcherait aussi d’aller aux rattrapages.

Le plan étudiant, c’est aussi mieux accompagner l’orientation au lycée (2 profs principaux par classe pour mieux accompagner les élèves, 2 semaines dans l’année dédiée à l’orientation, l’examen approfondi du projet d’orientation de l’élève en conseil de classe et le déploiement du dispositif « étudiant ambassadeur » : des étudiants ambassadeurs qui vont rencontrer les lycéens pour répondre à leurs questions). A voir comment ce dispositif va être appliqué et à quelle échelle.

Il y a en plus Parcoursup qui remplace APB, la suppression de la cotisation de 217€ pour la sécurité sociale pour tous les étudiants, et la création de nouveaux centres de santé au sein des universités.

 

J’ai vu qu’il existerait à l’avenir avec ce plan étudiant des prérequis pour certaines facs de droit à Paris qui consisteraient à juger les admissions des étudiants en partie sur la base des voyages qu’ils ont effectué dans le passé. Ce cas de figure là (pour ne pas faire de généralités) profiterait aux plus riches et à la reproduction sociale, mais as-tu d’autres exemples de prérequis ?

Ouais, il y a toujours en fac de lettre celui des lettres de recommandations faites par les profs, et donc qui profiteraient aux élèves bien vus par les profs ou encore pour STAPS, le fait qu’avoir le BAFA et avoir fait 2 ans d’UNSS soit un plus, or ces deux prérequis sont payants, et donc défavoriseraient les plus pauvres. Pour les facs de psycho il y aurait aussi comme prérequis d’être empathique, on jugerait donc si les élèves sont empathiques ou pas.

 

Peux-tu nous parler de comment s’est effectué ce blocus, comment vous organisez-vous et qu’est-ce que vous faites, concrètement ?

L’interview a été faite hier, je ne l’ai pas adaptée à la situation (la fac a été débloqué cette nuit à 5h par les forces de l’ordre), car cet article s’attachera peu aux réactions post-déblocage.

Alors le blocus a été à la base lancé par l’UNEF et le Local libertaire pour bloquer la fac de 22 mars au soir (le 22 était une grosse journée de mobilisation pour les cheminots etc). On a bloqué les entrées pour en bloquer l’accès dans un premier temps et on est allés manifester. Le lendemain c’est l’administration qui a décidé de fermer les portes. Les premières AG (assemblées générales) ont commencé, on était d’abord très peu mais dès la deuxième on était plus d’un millier, jusqu’ici on y a toujours voté la poursuite du blocus, même si c’est l’administration qui bloque les portes encore maintenant.

On occupe la fac nuit et jour, on dort dans les salles du rez-de-chaussée qui sont ouvertes, on a une cuisine, tout le monde ramène de la bouffe et on a même une caisse où tout le monde donne un peu d’argent pour en acheter, on fait des tours de ménage également.

On s’organise aussi en comité, c’est-à-dire qu’on ne fait pas rien de nos journées, on ne passe pas notre temps à fumer des pets sur l’herbe contrairement à ce qui se dit. On rédige des tracts que l’on va distribuer, on vie en communauté et on s’organise bien. Pour l’instant on a pas trop eu de répression, que ce soit de la part des anti bloqueurs ou des forces de l’ordre donc ça se passe plutôt bien.

Tous les jours on a des ateliers (sur l’histoire, la sélection en Angleterre, etc) faits par des intervenants ou simplement des gens callés sur le sujet, on partage beaucoup de choses et d’un côté c’est vraiment enrichissant pour tout le monde.

 

Comment va-t-il aboutir selon toi ?

Et bien ce blocus en fait il est assez compromis, étant donné que des représentants de la fac nous ont appelé pour nous dire que si on ne libérait pas le campus bientôt, les forces de l’ordre allaient nous sortir, pour que les cours et les partiels puissent se passer dans les meilleures conditions possibles. Dans tous les cas nous on est déterminés à faire entendre nos voix jusqu’au bout puisqu’on est légitimes

 

Que penses-tu des débats que l’on peut voir sur les réseaux sociaux, notamment sur les groupes d’étudiants de Nancy ?

Euh.. Ben ces débats ils ont pas trop de sens quoi, on invite tout le monde à venir aux AG et à y donner son avis. On voit que beaucoup d’anti bloqueurs attaquent violemment sur les réseaux sociaux de manière personnelle, Dahman tout comme moi sommes beaucoup pris pour cibles, alors qu’en soit c’est un mouvement collectif, on n’a pas à attaquer ad-hominem les gens.

Tous les débats sur les réseaux ne valent rien et on y fait plus attention, les AG sont faites pour être le vrai espace de débat et c’est là que tout devrait se régler.

 

Est-ce que les antis bloqueurs sont respectés dans les AG ? J’ai pu voir que dans celles des facs de Tolbiac ou Montpellier par exemple, les antis bloqueurs ne sont pas respectés au niveau du temps de parole et souvent hués étant donné que les débats se déroulent sur les campus, terrains occupés par les bloqueurs, qu’en dis-tu ?

C’est respecté dans le sens où on donne le micro à tout le monde, mais ce sont des AG vivantes et comme dans toute AG vivante des gens se font huer/insulter, comme c’est parfois le cas au parlement par exemple. Le respect come l’irrespect va des deux cotés

Cela dit, les AG sont organisées par les bloqueurs sur leur terrain, et leur déroulement n’est en réalité pas très démocratique. D’abord les anti-blocus se font beaucoup plus huer et interrompre que l’autre camp quand ils prennent la parole et sont plus vite arrêtés. Ils ont le droit à 2 minutes de parole en moyenne, quand les pro blocus en ont droit à 5 en moyenne, voire plus.

De plus, certaines personnes présentes dans le clan des pro blocus n’ont rien à voir avec la lutte étudiante. On y voit des adultes non-inscrits à la faculté qui soutiennent les bloqueurs ainsi que beaucoup d’étudiants d’autres campus (qui du coup ne se font pas compromettre leurs partiels à eux, contre partie du blocus devant être partagée par tous ceux fréquentant les AG). Du coté des anti blocus, on voit plus d’étudiants, principalement scolarisés sur le campus de lettres. Certains sont scolarisés en sciences, syndiqués à l’UNI, ou membres de Fedelor, mais de manière moins prononcée cela dit.

Quoi qu’il en soit cette situation n’est pas correcte, la question de la continuité ou pas du blocus devant se régler essentiellement entre étudiants concernés par celui-ci, même si la présence d’autres étudiants pourrait aussi être tolérée dans d’autres conceptions, à voir.

 

L’engagement politique des jeunes est ici une clé de ce débat. L’une des principales critiques qui est faite des bloqueurs est qu’ils participent à la mobilisation pour avoir leur Mai 68, pour le coté aventure du truc, qu’en pense-tu ?

Je pense que ce n’est pas spécialement vrai, on fête les 50 ans de mai 68 bientôt et ça raisonne beaucoup, et là on voit une mobilisation étudiante comme il y en a eu rarement en France donc ça rentre un peu en accord avec ça, il y a plein d’étudiants qui pensent qu’on va vivre le « grand soir » et d’autres non mais ça ça appartient à chacun, après ça fait jamais de mal de rêver à notre mai 68.

Je ne pense pas que ça soit vraiment le cas mais que ça soit plus une émulation de vie, on essaie de créer quelque chose de nouveau.

L’engagement politique et social est là, mais on ne peut pas faire abstraction du fait que certains étudiants (peut-être sont-ils une bonne partie des pro blocus, peut-être pas) se soulèvent effectivement pour une émulation révolutionnaire pure et simple et la palpitation qu’elle apporte, plutôt que pour une émulation de vie. Le quantifier se révèle être assez compliqué.

 

Avec la convergence des luttes comme celles dont font acte les cheminots en ce moment, cette contestation n’est pas plus sociale que purement étudiante maintenant (tout comme mai 68) ?

Bien sûr, et c’est ce qu’on attendait, parce que la particularité de Macron c’est qu’il s’attaque à tout le monde en même temps. Si on ne s’attache qu’à nos intérêts d’étudiants et pas aux autres ça ne marchera pas, tous les syndicats doivent s’unir (syndicats de la SNCF, Etudiants…) pour être plus crédibles dans leurs luttes. On pense que la convergence des luttes est la clé du succès pour tous même si pour l’instant ça n’a pas l’air de trop fonctionner.

 

On dit que ce plan étudiant est une victoire symbolique de la bourgeoisie dans la lutte des classes sociales rendant plus compliqué l’accès aux facs. En effet 60% des enfants d’ouvrier ont un diplôme inférieur au bac quand chez les enfants d’enseignants, de cadres, de professions libérales et de chefs d’entreprises, ce taux tourne autour de 10%. Ce clivage n’est certes pas négligeable, mais on est en droit de se demander tout simplement : Comment des élèves ayant des résultats mitigés au lycées peuvent-ils réussir à la fac ? Le niveau n’y est en aucun cas plus faible qu’au lycée…

C’est ça la grosse question. Il y a des étudiants qui ne réussissent pas à la fac parce qu’ils n’avaient pas les clés en main pour ça. Nous on pense que plutôt que de leur fermer les portes de l’université en réaction, il faudrait qu’il y ai plus d’aide et d’accompagnement, il faut mettre des moyens dans l’enseignement supérieur, ce que Macron ne fait pas. Il ne faut pas réserver l’université à des élites, des études montrent que mélanger des élèves bons et d’autres moins bons profitait aux élèves moins bons qui seraient tirés vers le haut sans pénaliser les autres.

En plus même si dans les cours du lycée qui sont très généraux on a du mal, on peut tout dégommer à la fac, qui est plus spécialisée pour chacun.

Il faut tout nuancer, ce n’est pas en diminuant le budget alloué à l’éducation qu’on arrivera à ça, il faut au contraire construire ou rénover des bâtiments, rajouter des profs au lieu d’en supprimer, rajouter des TD au lieu d’en supprimer toujours. Il y a plein de raisons qui peuvent faire que les lycéens qui ont du mal au lycée réussissent très bien à la fac.

Le débat est là, difficile de contester cela. L’éducation doit être une priorité (y compris pour les dépenses) dans toute société et elle se doit d’être bienveillante.

 

L’Etat répond à ça que cela coûterait très cher (comme les réorientations, actuellement très nombreuses à la fac et qui représentent un manque à gagner énorme), qu’est-ce que tu réponds à ça ?

Je réponds que l’argent investit dans l’enseignement supérieur est investi pour plus tard et qu’il y aura un retour, un capital culturel et intellectuel. Le gouvernement ne se rend pas compte que plus ils ont des gens diplômés, plus il y aura des gens forts dans la société qui pourront faire de grandes choses.

Quand on voit que l’Etat a supprimé l’ISF et que ça profite donc aux plus riches l’excuse des économies que l’on doit faire ne tient pas aux vues du manque à gagner qui est créé à la suite de ça. C’est toujours aux mêmes classes sociales à qui on demande de faire des efforts (retraités, cheminots etc). Ne pas investir dans la fonction publique et l’enseignement supérieure alors qu’on favorise les plus riches est inacceptable.

Pas faux, la mise en parallèle de la suppression de l’ISF avec le prétexte de la dette et des économies que l’on doit effectuer montre une incohérence indéfendable.

 

Les facs de Tolbiac et de Montpellier se sont fait évacuer assez récemment et l’on y a constaté des dégâts assez importants provoqués par les étudiants pro-blocus en leur sein, qu’à tu à dire de ceci ?

Déjà, les CRS ont aussi fait des dégâts en intervenant voire même plus, ils ont fait des dégâts humains en plus de matériels ; notamment avec la personne de Tolbiac qui est dans le coma.

 

Ce n’était qu’une rumeur lancée par les manifestants et relayée sans preuves, notamment par l’UNEF, ça a été prouvé.

Je ne sais pas, je n’y étais pas alors je ne peux rien dire là-dessus, je ne sais pas si c’est quelque chose qui s’est passé et qui a été caché ou qui est juste faux. Mais il y a quand même eu de blessés on a vu les photos qui ont circulé, avec des étudiants traumatisés qui ont eu la peur de leur vie.

Par rapport aux soi-disant dégâts qui ont été commis : A Tolbiac c’était relativement propre, il y a des sacs de couchage et beaucoup d’affaires qui trainent partout mais il faut pas oublier qu’ils se sont fait réveiller à 5h et qu’ils n’ont absolument pas eu le temps de ranger. Les photos ont été postées pour créer le buzz et ça a marché. Oui il y a eu des tags qui ont été faits, mais Tolbiac à la base était déjà une fac bien encrassée et ça personne n’en parlait avant les bloqueurs, on leur met tout sur le dos. Ce site n’a jamais été safe, et les tags qui ont été faits même si c’est subjectif de dire cela, sont de beaux tags, avec de beaux messages et de belles citations, ils sont une trace que les étudiants ont voulu laisser. Puis ce ne sont pas 3 tags sur un mur qui vont t’empêcher d’étudier mais les murs qui sont prêts à tomber et l’amiante sur les murs, et ça, ce n’est pas la faute des étudiants. La fac a été très bien autogérée par les étudiants qui l’ont occupé.

Beaucoup de chose à dire là-dessus. D’abord que cette rumeur fut lancée pour influencer l’opinion publique et relayée avec plaisir par les manifestants, qui auraient dû adopter un sens des responsabilités plus aigu. Cette manœuvre était très indélicate et les a au final desservit, comme on pouvait s’y attendre.

Les forces de l’ordre (même s’il existe souvent des excès de CRS) ne sont pas là que pour casser des étudiants contrairement à ce qui est véhiculé. A Nancy, le déblocage de la fac s’est fait seulement après cette consultation électronique en faveur de celui-ci. Un certain respect a été entreprit de la part de la ville de Nancy, de la faculté ainsi que des forces de l’ordre, qui avaient le pouvoir d’effectuer ce déblocage au début même du mouvement mais qui ont laissé s’instaurer la discussion.

 

En ce qui concerne les dégâts qui ont été faits à Tolbiac : ceux-ci ne sont que partiellement défendables. Ma réponse aux propos de notre interviewé :

Le problème est qu’il y avait vraiment beaucoup de tags directement en rapport au blocus qui ont été constatés après déblocage, ça fait un peu gros de dire qu’ils ont simplement laissé une trace et ça les dessert complètement, à une telle échelle cela reste de la grosse déclaration et on ne peut pas vraiment défendre ça, les bloqueurs auraient pu réfléchir à comment cela allait être reçu avant et c’était plutôt prévisible.

C’est simplement ce que les étudiants ont voulu afficher sur les murs et un tag c’est quoi ? Tu mets un coup de peinture dessus et c’est terminé. Les étudiants seraient prêts à repeindre les tags qu’ils ont fait s’il faut j’en suis sûr. Ce qui ne se repeint pas par contre c’est toutes les violences qu’ils ont pu subir et ce qu’ils se sont pris sur la gueule. On veut centrer le débat sur les « dégradations » faites par les bloqueurs pour orienter l’opinion publique sans parler de pourquoi on ne manifeste ni sur les problèmes qui existaient dans cette fac avant par exemple.

D’accord pour le débat qui n’est plus centré, mais il en va de la responsabilité des manifestants d’avoir un peu de jugeote et de réfléchir aux conséquences qu’auront leurs actes, notamment sur l’opinion publique. Cela ne marche pas comme ça pour la repeinte des tags, tout cela doit se faire de manière professionnelle et va couter cher, vouloir laisser une trace de son passage alors que l’on peut être certain que celle-ci va être effacée après manifestation est idiot, un simple gâchis d’argent en plus d’un manque de responsabilité.

Cela dit il est vrai que les médias n’avancent pas le fait que l’estimation des dégâts a en partie été faite sur les dégâts déjà existants avant le blocus, ce qui est assez grave étant donné que cela manipule l’opinion publique.

Pour finir l’argument selon lequel les étudiants ont eu la peur de leur vie lors du déblocage ne devrait pas exister lui aussi, il faut être préparé quand on s’attache à une telle lutte, c’est tout.

 

Hormis ce blocus, quelles seraient selon toi les solutions les plus efficaces à apporter à ce débat ?

A vrai dire je n’ai pas vraiment de solution, mis à part à faire de plus en plus de manifestations même si les blocus marchent mieux. Il faudrait bloquer encore plus de facs puisqu’apparemment il n’y a qu’en faisant des grèves que les cheminots se font entendre et pour nous, les blocus sont la meilleure manière d’avoir un vrai impact.

 

S’il y avait de simples modifications à apporter à cette réforme sans lui dire forcément NON, ça serait quoi ?

Pour moi cette réforme il faudrait la jeter à la poubelle toute entière, la seule chose qui pourrait être à peu près bien c’est l’année de césure en conservant ses bourses qu’elle propose (faire une année où on arrête d’étudier si on a un projet associatif en continuant à toucher sa bourse).

Le centre de la loi basé sur la sélection à l’entrée de l’université n’est pas acceptable, on ne peut pas discuter avec les gouvernements et vouloir juste des concessions.

 

Mais la loi propose des choses en faveur de l’orientation au lycée (2 professeurs principaux pour plus de suivi, 2 semaines dans l’année consacrées à l’orientation, ambassadeurs étudiants pour aller à la rencontre des lycéens…), tu veux jeter ça à la poubelle ?

Pour ces choses-là pourquoi pas ça peut être bien, mais si on injecte plus de moyens dans les lycées encore une fois sinon cela ne sert à rien. On ne veut pas qu’on dise aux élèves « tu iras là parce que c’est mieux pour toi », mais « Si tu veux aller là, on va t’aider à y arriver ». C’est sûr que l’on ne va pas cracher sur ces propositions si elles sont bien menées.

Rejeter ce plan étudiant en bloc est bien trop radical, il a du bien à apporter malgré les mesures contestables dont il est constitué.

 

Pour finir, est ce que tu te réclame d’un parti politique ?

Je me réclame juste de l’UNEF et pas d’un parti politique. Je veux plus être axée sur une lutte sociale que politique quoi.


La consultation électronique proposée par l’université de Lorraine a mené au déblocage de l’université à 5h ce matin. 2456 étudiants étaient contre la poursuite du blocus et 1026 pour, soit une majorité de près de 70% pour ce déblocage. Or, les pro-blocus appelaient à ne pas participer à ce vote. Deux personnes ont été emmenées en garde à vue mais l’une d’entre elles en est rapidement sortie. Plus compliquée pour l’autre, interpellé pour outrage et rébellion. Les débats continuent à propos de la justification ou non de cette décision de l’université de Lorraine, toujours vifs mais dans l’ensemble très argumentés, pour le coup.

 



 

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Romain Bouvier, expert en casques de trottinettes.

2 comments

  1. wha, merci de cet article sincèrement. A force d’être hyper médiatisé c’est vrai que l’on en perd l’essentiel, et que chaque article, déclaration, petit détail est à chaque fois surmédiatisé et utilisé dans l’intérêt juste d’une personne ou d’un « côté », que l’on trouve beaucoup plus rarement des articles clairs qui traitent véritablement le sujet plutôt que n’importe quoi pour faire le « buzz » et décrédibiliser telle ou telle opinion. Donc merci pour cet interview qui permet d’avoir beaucoup plus de vision sur une action qui est quand même au coeur de l’actualité et qui fait grand débat, ça fait plaisir de voir un article aussi net et bien construit !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup ça fait vraiment plaisir ce petit commentaire ! Et c’est justement ce qui était recherché, le débat se perdait et c’était assez embêtant de ne voir presque aucun article sérieux là dessus. Merci pour ton avis, et ravi d’avoir pu t’aider !

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