Les blocus ont débloqué la vie des gens – Chronique de l’an 2000

Tout d’abord bonsoir. Vous avez des aprioris et c’est tout à fait normal. Vous n’allez pas avoir envie de lire ce que je vais écrire, mais vous allez le lire et vous allez avoir envie de le relire. Un jour j’irais vivre en Alaska, je tiendrais le premier ranch de chevals de neige et je prendrais mon hydravion une fois par mois pour me rendre au Costa Rica manger une ou trois crêpes. En attendant j’ai une vie tout à fait normale et inintéressante que je rends intéressante en la vivant. Je ne vais pas faire que la raconter, je vais surtout l’adapter, pour que vous vouliez que mes 27 ans soient repoussés tous les ans. Ciao en italien, hasta mañana en espagnol, chaque semaine en français.


Laissez moi vous présenter mon ami Jean. Enfin ce n’est pas vraiment mon ami, juste un homme, rencontré devant la faculté de ma ville. Cette faculté a été bloquée, comme plusieurs en France, puis débloquée, comme plusieurs en France.

Jean n’a pas vraiment participé au blocus, il l’a regardé de loin comme beaucoup. Il n’aime pas trop s’engager dans ce genre de combats. Mais il a quand même été aux Assemblées Générales, pour observer.

Je ne me suis pas intéressé à son avis sur la question, mais juste à la façon dont ces mouvements spontanés ont véritablement bouleversé la vie des gens, pro blocus comme anti blocus.

Jean pense que les pro blocus défendent de bonnes choses, mais qu’ils ne savent pas vraiment le faire, et que malheureusement, ils s’y sont vraiment pas très bien pris pour se battre contre un gros gouvernement. Jean dit que, pour gagner un combat, il faut un chef, ou un groupe de chefs, des leaders d’opinions, des figures. Là il n’y avait personne, juste des coqueluches qui ont plus servi de jouets de dérisions que de figures charismatiques. Jean aurait même été manifester si un nouveau Martin Luther Roi français avait été là. Parce qu’au final, Jean est un peu comme tout le monde, et il a besoin de se faire emporter. Personne n’a réussi à emporter personne lors de ce combat.

Jean regrette également que cette absence de leaders ait mis en avant des personnes qui n’auraient pas dû être mises en avant et Jean lis, vois et écoute les médias. Et ces médias ont surtout montré les mauvaises personnes.

C’est surtout pour cela que Jean n’a pas participé au blocus, il n’y voyait aucun intérêt, c’était une lutte sans victoire possible et à aucun moment on ne s’est approché de mai 68. Ce fût une petite révolte, plutôt rare, mais qui, selon Jean, sera vite oubliée. Jamais les pro blocus n’ont réussi à diffuser leur opinion, jamais ils n’ont rassemblé les foules, et selon Jean, il n’y a que les foules qui peuvent battre un gouvernement.

Jean a également observé les anti blocus. Jean ne les aime pas trop, enfin ceux qui se montrent mais pas vraiment. Jean a vu beaucoup d’anti blocus sur les réseaux sociaux, mais pas trop dans la vraie vie. Et ceux avec qui il a parlé dans la vraie vie, ils étaient plutôt sympas, ils avaient un avis que Jean ne peut pas comprendre, mais Jean pense que si tout le monde avait le même avis, on vivrait dans une bulle chewing-gum à sauter et à attendre que tout explose.

Jean pense que le blocus a permis aux gens étant en faculté de rester chez eux. Et quand certains de ces gens restent chez eux, ils développent leur bêtise et ils ne la cachent pas. Jean a vu ce que la société pouvait réserver de pire en terme d’humour. Parce que, pour Jean, ces gens se croyaient drôles. Mais bon, Jean pense que ceux qui se montrent sur les réseaux sociaux sont les plus faibles.

Jean m’a dit qu’il était sûr que même ceux qui gueulent le plus contre le blocus sont plus heureux qu’avant. Leur vie bouge enfin un peu alors, oui, ils ne sont pas contents parce que leur cerveau leur dit de pas être contents, mais, pour Jean, leur cœur est tellement en joie de voir enfin leur quotidien basculer.

Et Jean a fini en disant ça :

« Il faudrait plus de petites révoltes car ça rend tout le monde heureux. Il faudrait vraiment plus de petites révoltes pour vraiment n’importe quoi, que ce soit juste ou pas, que ce soit défendable ou pas, on s’en fiche. Les humains ont besoin de ça. Ils aiment le conflit, ils aiment la division entre plusieurs camps, et ils aiment défendre le leur. Les humains font semblant de bien vivre quand la routine suit son cours, mais ce qu’ils aiment, c’est se battre. Avant c’était chiant parce que, pour défendre son idée, il fallait vraiment se battre, donc la plupart avaient peur, mais maintenant, avec les réseaux sociaux, c’est tellement simple de faire semblant de se battre. S’il vous plaît gouvernement, divisez le peuple, c’est la seule chose qui pourra le rendre heureux ».


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Josh – Chronique de l’an 2000

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