Je suis couché au milieu de la place Carnot. Et le monde tourne

La place Carnot est une place très étrange, une grande étendue de cailloux avec des voitures qui tournent autour.

Quelques fois par an ya un cirque ou une fête foraine qui se pose sur les cailloux. Le reste du temps la place est chauve.

Comme je disais, je suis couché. J’entends un groupe de trois filles passer dans mon dos :

Fille 1 : Si ça se trouve il va mal attends?

Fille 2 : Non il va bien c’est bon on y va

Fille 1 : Ça va ?

Moi : Oui ça va, et toi?

Fille 1 : Bah oui mais toi t’es couché par terre, t’es sur que ça va ? T’as un endroit ou dormir au moins ?

Une des trois leur faisait signe de ne pas me parler, comme si je puais. D’ailleurs je ne puais pas à ce moment présent.

– Oui oui pas de problème, j’ai un appartement et tout, merci de t’inquiéter mais ça va, vraiment.

– T’es hight ou quoi ?

– Je suis sobre

J’ai donc essayé d’expliquer à la jeune fille qui me parlait et qui utilisait l’anglicisme high pour dire défoncé tout ce que je trouve étrange sur la place Carnot.

– Mais qu’est ce que tu fais couché au milieu du coup

– Je teste des trucs, je réfléchis, je regarde les gens qui passent et je réponds aux filles qui me parlent.

– Ah d’accord. On va au chat noir nous ! Faut venir danser !

– C’est par là que se trouve mon logement, mais je vais rester couché encore un peu.

Alors elles sont parties, et la troisième fille, celle qui ne voulait QUE partir était bien contente.

Je n’ai aucune infime tendresse ni quoi que ce soit pour cette troisième fille, parceque lorsque l’on voit un mec couché au milieu d’une place, on est en droit de s’interroger et donc de lui demander. Laisse ton amie bienveillante tranquille.

Alors elles sont parties

Puis je suis resté encore couché quelques minutes, quelques personne se sont fait du mauvais sang puis je disais : « ça va, je suis juste couché sur la place » et ils allaient mieux, et allaient mal baiser leur femmes en pensant à moi qui ne baise personne, allongé sur la place.

Ensuite j’ai entendu des mecs courir vers moi, eux étaient 4. Les mecs traînent en bande.

Alors ils m’ont entouré, m’ont demandé si j’allais bien en se moquant du fait que j’étais couché par terre. Ils m’ont dit qu’ils pensaient que j’étais un syrien, après ils ont ri. Mais c’était pas drôle.

Ils disaient beaucoup de choses rapidement et de façon incohérente, mais ils avaient l’air très heureux.

J’ai eu envie de les aimer, finalement j’étais tout foufou au fond de moi. J’avais envie de voir en eux la folie des petits hommes qui en deviendront des grands. Je les imaginais écrivain, boxeur, meilleur ouvrier de France.

Il arrive, sur cette terre, que certaines personnes s’emballent un peu trop vite. On est en plein là dedans.

J’ai été déçu. C’est ce qui arrive quand l’hypersensibilité d’un moment seul couché sur un sol de cailloux inutile vous fait rêver à une humanité de héros, de gens biens, de mecs qui ne pissent pas une goute sur la lunette des WC.

Ces 4 mecs que j’ai rencontré hier soir avaient la fâcheuse attitude de se rapprocher, parfois, le plus possible de la jeunesse dépeinte par ces connards de la cinquantaine à la télévision. Ces énervants personnages portant des pantalons de costumes beaucoup trop grands pour leurs jambes déjà beaucoup trop grosses.

J’étais couché, ils discutaient, et je suis devenu ce vieux connard de la télé en les écoutant se moquer avec une méchanceté puérile des différentes personnes qu’ils avaient croisé dans la soirée, sur internet la veille, dans leurs vies en général.

Mais j’ai pas arrêté de les aimer. Ils avaient cette folie de l’enfance et cet émerveillement par rapport au monde dont je parlais dans la photo de la semaine d’il y a 7 jours.

Ils m’ont déçu, ils ne pouvaient que me décevoir. J’ai visé trop haut. Ils m’ont donné de quoi réfléchir, de quoi écrire également. Ils avaient une âme.

La photo c’est quand ils sont partis en courant d’un côté pendant que je décidais que cette soirée de rencontre avait assez duré.

Nous terminerons notre réflexion sur cet élargissement : Celui qui essuie les quelques goutes d’urine avec du papier hygiénique et laisse les toilettes propres peut il être considéré comme une sorte de héro ?

J’espère que oui.

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