Marguerite Duras, Ecrire au 20ème – série d’été

Marguerite Duras, de son nom civil Marguerite Donnadieu naît en 1914 et meurt en 1996. Elle passe toute son enfance au Viêt Nam alors sous contrôle français, entre Saïgon et le Mékong. Elle rejoint la France quand elle obtient son bac. Elle étudie les mathématiques, les sciences politiques, le droit. Le tournant de sa vie s’avère être la guerre. Occupation allemande, son enfant est mort-né, elle ne s’en remettra pas. L’année suivante en 1943 elle publie son 1er roman, Les impudents, en 1944, son mari est déporté.

L’œuvre de Duras est profondément marquée par la douleur, le deuil, l’attente, sa vie personnelle tient une place immense, en témoigne la récurrence du Viêt Nam qui la hante. 1950 est l’année de l’un de ses grands romans, Un barrage contre le Pacifique, qui a la figure de son enfance. En 1984, L’amant, son immense roman, autofiction de formation obtient le prix Goncourt. En 1985, La douleur raconte son attente du retour de son mari déporté, et avec le recul elle comprend que son amour pour lui avait déjà changé, la passion laissant place à l’attente. (film 2018, La douleur réal Finkiel, Mélannie Thierry immense en Duras) 

Marguerite Duras est par ailleurs une immense figure publique. Outre le succès, elle connaît des phases de silence, d’alcoolisme, ou d’engagements. Une grande histoire d’amours et de désamours avec le parti communiste français et ses figures. Un engagement aux côtés de Simone de Beauvoir et de Jeanne Moreau en 1971 pour le droit à l’avortement. Une tribune dans Libération restée étonnante dans l’affaire du petit Grégory, Sublime, forcément sublime Christine V. Elle se multiplie sans cesse, se réinvente, metteuse en scène, réalisatrice, Gérard Depardieu, qui lui ressemble, se lie profondément avec elle. Elle signe en 1959 pour Alain Resnais le scénario d’Hiroshima mon amour

Figure majeure du 20ème.  


Tristesse : 

« On se sourit. Je lui demande si c’est habituel d’être triste comme nous sommes. Il dit que c’est parce qu’on a fait l’amour pendant le jour, au moment de la culminance de la chaleur. Il dit : que l’on s’aime ou que l’on ne s’aime pas, c’est toujours terrible. Il dit que cela passera avec la nuit, aussitôt qu’elle arrivera. Je lui dis que ce n’est pas seulement parce que c’était pendant le jour, qu’il se trompe, que je suis dans une tristesse que j’attendais et qui ne vient que de moi. Que toujours j’ai été triste. Que je vois cette tristesse aussi sur les photos où je suis toute petite. Qu’aujourd’hui cette tristesse, tout en la reconnaissant comme étant celle que j’ai toujours eue, je pourrais presque lui donner mon nom tellement elle me ressemble. »

L’Amant, Marguerite Duras, 1984


La vision si juste et lucide de l’écriture selon Marguerite Duras : 

« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. »

Ecrire, Marguerite Duras, 1993


Duras, c’est un style d’écriture dont on ressent la tristesse, elle saccade comme un pleurs qui n’en est pas un du tout, elle saccade pour toucher : 

« Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C’est moi. Elle l’avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c’est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l’accent de la Chine. Il savait qu’elle avait commencé à écrire des livres, il l’avait su par la mère qu’il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu’il avait été triste pour elle. Et puis il n’avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c’était comme avant, qu’il l’aimait encore, qu’il ne pourrait jamais cesser de l’aimer, qu’il l’aimerait jusqu’à sa mort. »

L’Amant, Marguerite Duras, 1984


Marguerite Duras, en interview en 1984


Arthur – Culture collective 

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