Génération Instagram – Introduction

Instagram. Quatrième réseau social le plus utilisé en 2018, derrière Facebook, YouTube et WhatsApp. Quelle ascension depuis 2010, bien que certains utilisateurs ressentent un déclin proche de l’application.

En 2010, j’avais 12 ans, je rentrais en 5ème. Les premiers smartphones tactiles arrivaient peu à peu dans les poches des jeunes. Et je ne pense pas qu’Instagram ait commencé à être populaire à ce moment-là. C’était l’époque des wizz sur MSN, nous étions trop peu habitués au partage public d’informations et de photographies.

Dans les années qui ont suivi, certains photographes déjà plutôt réputés sur Facebook, ont migrés sur Instagram. Je pense par exemple à Elliot (@elliot.aubin) ou à Marie (@bhrnphotographie). Quant à moi et sûrement beaucoup d’autres, j’avais téléchargé l’application en 2013, pensant avoir trouvé une galerie photo personnelle, qui proposait des filtres de couleurs extrêmement incroyables : oui, c’est une période sombre de ma vie. Quand j’ai compris ce qu’était finalement cette application, je me suis dis que je pourrais peut être partager mes photos avec d’autres gens.

Le style de l’époque : les photographies Tumblr, à base de portraits avec la main sur le visage, d’écritures swags sur les poignets, et de citations bien kitches en description telles que “La mer est faite pour nager, le vent pour souffler, et moi je suis fait pour t’aimer.” plus communément appelées aujourd’hui “bonnes grosses disquettes”.

Vraies images de 2014 :

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De plus en plus de monde sont arrivés sur l’application, qui a commencé à prendre une réelle ampleur. Certains se sont peu à peu démarqués, et ont rapidement atteint les 1000 abonnés. A ce moment, c’était quelque chose d’exceptionnel, surtout pour nous, des ados de 15 ans qui se retrouvaient tout à coup à gérer une communauté. Nous avons rapidement eu des retours sur notre travail, et peu à peu, on a tous progressé ensemble. Je me souviens de commentaires de Coralie (@coraliedegeneve) qui me disait à l’époque “Tes photos sont bien mais tu devrais rajouter des effets sur VSCO Cam”, c’était le début de tout.

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Car oui, Instagram était un réseau de partage. Et de nombreuses amitiés se sont créées à travers lui. C’était vraiment fort, et assez inattendu. Je passais mes soirées en skype avec Pierrick (@vantroostpierrick), Jules (@julesgalinat), Marie (@bhrnphotographie), Guillaume (@guillaumegarat) ou Nicolas (@nicolasstajic). On rêvait tous de se rencontrer, on publiait des photos, des textes, on s’envoyaient des lettres. Certains étaient même en couple à distance.

On s’aidait, tous ou presque. Instagram fonctionnait avec un système de publicités pour des comptes, de “commente ma dernière photo et je passe sur ton compte”, ou de “SFS” (shoutout for shoutout, une publicité en contrepartie d’une autre). C’était devenu banal. On organisait ensemble des concours photos, que l’on appelait “contests”, sur des thèmes précis, on faisait gagner toutes sortes de choses.

C’était aussi l’époque des meet up, où l’on rencontrait les gens qui suivaient notre travail. Oui, on avait des “fans”. C’était un peu comme les youtubeurs aujourd’hui. Et qui dit fans, dit comptes fans. J’en avais, comme beaucoup. Je n’ai jamais trop compris cet engouement autour de “simples” ados qui faisaient des photos avec leur appareil bridge. C’était fou.

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Puis, Instagram a peut-être commencé un peu à vriller. Les amitiés ont quelques fois dérapé, et la passion a laissé place à la course aux likes, aux abonnés, voire à l’argent. Les partenariats sont alors nés, d’abord auprès des photographes que nous étions, avant de devenir aujourd’hui une pratique des célébrités de télé réalités. Nous nous rappelons tous des collaborations avec Daniel Wellington, accessibles lorsque l’on atteignait les 10 000  abonnés. Nous devions faire des photos de produits, en contrepartie de produits gratuits, de publicité ou même de rémunération.

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C’est à partir de là qu’Instagram a commencé à perdre son authenticité, et à devenir un réseau basé sur l’apparence, le surfait, le faux. Un monde de filles postbads, ou de vies parfaites, comme on le connaît aujourd’hui. Je ne sais pas si ce réseau social est mort mais je pense qu’il perd de son sens.

Aujourd’hui, chacun poste encore un peu son travail, mais je ne suis pas sûre que ce soit notre principale occupation. Nous avons d’autres passions, d’autres projets à l’extérieur aussi. On continue encore un peu d’utiliser ce réseau pour notre visibilité, et nos inspirations. Et puis, c’est une habitude que l’on a prise.

Merci Instagram de censurer nos photos lorsqu’il y a un bout de sein sur une post artistique, alors que des tonnes de violeurs et des gens louches trainent encore sur ce réseau. Merci Instagram pour cette algorithme qui nous bride notre visibilité, qui empêchent les gens de voir le travail de photographes auxquels ils sont abonnés. Merci Instagram d’avoir été racheté par Facebook, et d’être aujourd’hui beaucoup trop commercial. Merci Instagram de faire croire à des gamines que la vraie beauté réside dans des photos de filles retouchées, immortalisées dans des positions qui les rendent plus minces, plus jolies, plus parfaites. Merci Instagram de parfois nous faire perdre confiance en nous, quand il n’y a plus aucun retour sur notre travail, quand notre ambition de faire découvrir ce que l’on fait perd tout son sens quelques fois.

Mais merci Instagram d’avoir été là pour nous, de nous avoir porté. Je pense que les autres seront de mon avis, je n’en serais pas là si je n’avais pas eu ce compte. Alors merci Instagram d’avoir cru en nous, de nous avoir apporté de la visibilité, des opportunités, de l’expérience et de la crédibilité. Merci Instagram pour toutes ces amitiés incroyables, Guillaume, Justine, Marie, Jules, Charlotte. Merci à Coralie, Jade, Alexandra, Maëlys, Mathilde, Claire, Emma, Elisabeth et tous les autres.

Je leur laisse à présent la parole, pour qu’ils vous racontent leur version de l’histoire, chaque samedi. Une histoire courte mais si intense, qui ne risque pas d’être rayée de nos vies.

Avec ce reportage, je tiens à te faire honneur, Instagram, et à toute la génération d’adultes et de photographes émergents que nous sommes. La génération qui sait tout faire de ses mains, sans être en permanence sur son téléphone. La génération 1.0 de beaucoup de choses.

Merci.

Pauline, aka @expectbadweather, anciennement @_xpaulinex_photographie (un truc comme ça), @darksxde, @pxulinegxuerphoto et @lightingforest. On sent qu’il y avait de la recherche.

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Pauline Gauer – INTERVIOU

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