Wallace Cleaver – Culture Collective

Wallace Cleaver. Il est rappeur, à un moment où le rap est riche de directions et de croisements. Postulat artistique : oui. Textes : oui. On comprend tout de suite qu’il a consommé avant de proposer. Il amène sa touche, épaulé par sa sœur, avec qui il signe ses clips et une bonne partie de ses visuels.

J’ai eu la chance de le voir développer son concept. Et depuis que je l’ai rencontré, sur les bancs de la fac, comme on dirait dans un papier classique, il a largement commencé à écrire son histoire. D’élève casqué de son habituel bonnet, il est aujourd’hui, près pour signer sa feuille d’émargement dans le jeu des grands.

On parle à bâtons rompus, quelque part où la ville ne nous trouve pas


– Déjà, question Laurent Delahousse, Wallace Cleaver, ça vient d’où ?

– Pour le rap ça vient de mes premiers textes, ambiance entre potes dans un grenier de campagne, mais c’est même postérieur au rap. Je me baladais sur des sites d’économie ricain et je voyais des Wallace qui avaient des tours entières et qui entreprenaient de ouf. Je me suis dit Wallace, ça sonne bien, c’est pas banal. Et Cleaver, c’est lucide. Disons le boss alors aha, mais le boss lucide sur son état.

 

-Tu parles d’un grenier, un grenier où tu aurais commencé à rapper, c’était il y a cb de temps ?

-En réalité J’avais 13-14 ans quand j’ai commencé a écrire, mais le dénouement est venu avec la rencontre d’un de mes potes de ma campagne : « Lancelot du lac ». On s’est rencontré, j’ai su qu’il rappait aussi, on a échangé des lines, puis on a commencé à se mettre dedans. On était les deux seules personnes qui rappait dans un rayon de 30 km aha. Il m’a d’ailleurs beaucoup influencé dans son écriture et influences. C’est clairement mon rappeur préféré avec Kurt 20:20. J’espère qu’un jour vous le découvrirez. Ecrire est un truc, une sorte d’obsession qui m’a pas lâché depuis, quel que soit le support.

 

– Comment tu envisages le texte ?

-Comme une recherche perpétuelle, entre Proust, Alpha Wann, Nakk Mendosa, Oxmo, et bien plus encore, comme on disait. Recherche d’assemblage, réinvention de la langue. Quelque chose comme un grand atelier poterie où la phrase est un moulage à la main. J’aime la recherche du bon mot au bon endroit, comme j’aime la nature déstructurée de la musique.

 

-Il y a un truc qui chez toi me semble complémentaire du texte, c’est l’aspect visuel, que tu travailles avec ta sœur, sur tes clips notamment, tu peux m’en dire plus ?

-Très important en effet, mais c’est familial même au-delà de ma sœur, ça me vient de ma grand-mère, on a baigné ensemble dedans, depuis enfant. Via une association, elle apprenait les rouages de la caméra et du film aux jeunes d’école de quartier autour de la France. Grâce à cette association, j’ai eu la chance d’interviewer Oxmo Puccino quand j’avais 12 ans et je crois que j’en suis marqué au-delà du rap.

J’ai appris comme ça, que le visuel est un texte aussi puissant que le texte. Je m’en suis rendu compte jeune ce qui fait que j’ai déjà du recul. Le visuel c’est quelque chose de très intime ( comme la musique par ailleurs ) et c’est pour ça que je le travaille avec ma sœur, sur ce projet du W. Le visuel dit tout de toi quand il est vrai, donc il faut qu’il soit pertinent, sensible, et qu’il éclaire le texte. Je crois que nous avons réussi à le faire sur Arsène. Et puis c’est fait à la main, on a bricolé notre travelling de 10m avec des rollers par exemple, le lampadaire a été fabriqué aussi. Toute est parti de l’intérieur, c’est d’ailleurs pour cela que nous l’avons tourné dans notre campagne, pas loin de Chambord, accompagnés de personnes y habitant. 

 

-Ce nouveau son, qui sort demain, il raconte une histoire. Qu’est-ce que tu peux nous raconter toi à propos de ce son et de ce clip ?

-Grossièrement, c’est une femme qui braque une banque. Mais c’est plus complexe. Déjà, il y a cette idée du nom de mec, pour une fille. Histoire de genre qu’on voulait explorer. Ça dit quelque chose comme « n’importe qui, n’importe quand ». C’est l’histoire d’une fêlure, d’une tête qui tourne, d’une intériorisation trop profonde des sentiments. Un accident sur le périph ou un coup de feu dans la nuit. Chacun aura une lecture personnelle, mais on a semé des références partout. 

 

-Où est ce que tu vois le beau ? On a l’impression que tu vois le Beau comme Baudelaire, dans ce qui est vrai.

-Je crois que le beau n’est pas forcément vrai, par-contre le vrai est forcément beau. Donc oui, c’est un peu baudelairien.

 

-Tu te situe où dans le rap ?

-Entre celui qui crée, celui qui donne et celui reçoit. C’est une boucle qui me tient à cœur. J’ai consommé, je consomme encore et j’ai créé, je créerai encore. Je pense pas que le créateur soit au-dessus, il fait partie de milliers de subjectivités qui emportent vers une objectivité, une vérité qui l’invente et qu’il invente. Le rap est riche, j’arrive au milieu, on dirait une pléiade, genre les écrivains du 19ème.

 

-Jul serait un Balzac ou un Théophile Gauthier, qui produisaient des pages à la pelle, d’autres seraient plus Flaubert, à travailler des années sur des tournures ?

-Tellement, et là encore, c’est des chroniques du quotidien. Le rappeur chronique son temps. Jul raconte une vraie réalité d’une routine ou d’une vie quotidienne marquée de détails. Mais je ne pense pas être à même de pouvoir le dire. D’autres personnes en sont beaucoup plus au courant.

 

-On s’approche de la fin de l’interview, question importante, c’est quoi la suite ?

-La suite ? Réfléchir. Il va y avoir un prochain clip, après Arsène, je te l’annonce. Te dire quoi ? Je ne peux pas, les idées sont plantées et fleurissent.

 

-Un projet ou juste différents clips ? Un retour du garden club ?

-Bien sur, le Garden Club n’a pas dit son dernier mot loin de là donc c’est en construction. Il y aura un projet solo, sans aucun doute. Appelons ça projet parce que je ne vois pas un album, ni même tout les noms caractérisants un projet. J’appellerais cela comme Une sorte d’essai.

 

-Dernière question, tradition chez nous, ça t’évoque quoi la Première Pluie ?

-La naissance d’un futur beau temps.


 

Arsène, le deuxième son en solitaire de Wallace Cleaver, accompagné d’un clip co-réalisé avec sa sœur, sort demain à 18h. 

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Pour le moment, découvrez ou redécouvrez son premier clip, fe.tys :


Arthur – 

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