Malaisie : Pauline – Carte Postale

Chère Première Pluie, mes doux amis,

Je vous écris depuis la Malaisie où j’y passe deux semaines de voyage, avec Elisa. On a choisi la méthode rude, des sacs à dos, un programme imprimé sur un bout de papier, et les conseils des gens pour nous guider.

On avait peur. Ce que l’on entendait sur ce pays n’était pas des plus rassurants. De la corruption par le gouvernement et la police. Le contrôle et la censure des médias. La peine de mort, pour toute infraction. Les touristes utilisés comme mule pour transporter de la drogue. Le paludisme. L’islam très important, qui malheureusement effraie beaucoup de gens. « Mais vous partez que toutes les deux ? ». « Faites attention, deux jeunes filles européennes, c’est vulnérable ». Ils n’avaient pas totalement tort mais l’on essayait de se persuader que ça irait. Sinon, ce serait la faute du Routard.

A l’aéroport de Kuala Lumpur, la capitale, un mélange d’épices et d’odeur de déchets ne nous ont pas aidé à évacuer le jet lag de 6 heures. Mais on a fini par s’habituer.

Ils s’étaient tous trompés, et heureusement. Toutes nos peurs se sont envolées face à la gentillesse des habitants. D’accord, au début les hommes nous regardaient de travers, bien que nous portions des pantalons. Il fallait s’habituer à la culture, et ça allait.

Ce que j’ai beaucoup aimé ici, c’est le multiculturalisme, la diversité. Et je pense que c’est aussi ce qui fait que nous ne nous sentions pas si étrangères et si européennes à leurs yeux. Au détour d’une rue, tu peux voir alignés un temple indien, un temple chinois et une mosquée.  C’est ce qui fait la beauté du contact humain.

Nous avons pu faire des milliards de choses si belles, et partager des moments inoubliables. Plonger dans la mer avec des requins. Se baigner avec des éléphants. Faire un trek dans la jungle et dormir dans une grotte. Visiter un sanctuaire de tortues. Loger chez l’habitant. Parcourir des centaines de kilomètres dans des bus locaux ou des taxis. Goûter les spécialités, leur riz, leur poulet, leurs nouilles. S’aventurer dans la dégustation de Durians, roi des fruits en Malaisie, à l’odeur imposante et la texture très spéciale. Découvrir les cultures, les états d’esprits, et les nuits blanches sur la plage.

C’est d’ailleurs sur une plage que nous avons rencontré ceux qui ont changé tout notre voyage : Jay, Zaid, Jormin et Ryozo. Des malaisiens, un d’origine chinoise, deux d’origine indienne et un d’origine malais. En plus de toutes les aventures et les fous rires que nous avons vécu ensemble, nous avons eu de réelles discussions, qui s’avéraient être extrêmement passionnantes. Le genre de discussion où tu es tellement concentrée que tu enchaines l’anglais comme si c’était naturel. Grâce à eux, on a pu comprendre mieux comment fonctionnait ce pays.

Il y a de cela quelques mois, de nouvelles élections avaient eu lieu. C’est ce que nous avions fini par comprendre sur les actualités qui passaient à la télévision. Nous avions essayé d’en discuter avec un couple qui nous hébergeait quelques jours, en vain. Impossible de soutirer la moindre information. L’épouse nous avait simplement dit que pour justifier que l’on votait, il fallait se faire pincer l’annuaire, afin d’y laisser une marque sur l’ongle. « J’ai laissé ma main trop longtemps ». Son doigt était noir, l’ongle allait tomber.

Nous avons ensuite reposé la question à nos amis malais, dont on ne doutait pas de l’ouverture d’esprit. Si l’on ne votait pas, on perdait ses responsabilités de citoyen. Ces élections avaient un peu réconforté le pays, le président était mieux que l’ancien apparemment. L’autre avait récupéré tout l’argent de l’état pour sa fortune personnelle. Tiens, ça me rappelle des trucs un peu.

Jay et Zaid n’avaient pas pu voter, ils n’avaient pas 21 ans encore, la majorité électorale. Par contre, ils pouvaient conduire. Mais pas boire, enfin sur le papier. Ni fumer. Pour le coup, tu fumes et tu te fais prendre, c’est la peine de mort. Ou alors, et c’est là tout le vis des pays corrompus, si tu as suffisamment d’argent, tu peux payer une amende énorme et ne pas mourir. C’est ce qui était arrivé à des amis de Jormin. Chouette.

Nous, on a fait les rebelles une fois, en ne signalant pas nos téléphones lors de l’entrée dans la réserve naturelle, la jungle. Pourquoi ? Car il fallait payer 5 ringgits (un peu plus de un euro) par appareil numérique. Ok c’est pas énorme mais je vous laisse m’imaginer, avec mes 15 appareils photo, mes objectifs, ma GoPro et mon téléphone. J’ai déclaré que mon appareil réflexe. Si on se faisait chopper, on risquait 3 ans d’emprisonnement. C’est assez radical mais on aimait le danger. Et puis, c’était pas non plus du niveau du film Midnight Express.

Nous avons aussi parlé de religion, où l’on sentait un climat un peu plus tendu, mais c’était normal. Sur ça, il est difficile de trouver d’énormes points communs. Nous leur avons parlé de tout en France, des attentats, du chômage, des migrants, de l’islamophobie. Ils n’en revenaient pas. “No, I can’t believe it. France is a romantic country ». Ça rendait un peu triste.

Le seul sujet qui reste encore sans progression est la question de l’homosexualité. Mais c’est dans leurs mœurs, leurs religions, et je garde un peu d’espoir. D’ici quelques années, avec l’occidentalisation, le sujet sera sûrement moins tabou.

La Malaisie, ce pays amoureux des Etats-Unis, et où il reste interdit d’embrasser des gens publiquement. Ce pays trop peu méconnu pour sa richesse historique et sa nature dominante. Ce pays qui restera dans mon cœur encore longtemps. Dommage que vous n’y soyez pas avec moi, mes doux amis.

On se revoit bientôt, bisous

Pauline

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Pauline Gauer – Carte Postale

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