Top 2018 de Arthur – Culture Collective

 

Une année sur la proue du bateau. Mes acouphènes me parlent des d’albums écoutés et en redemandent déjà, les poches pleines de livres pas encore sortis en format poche, les yeux qui clignotent de tous les films que je me suis envoyé. Les journaux qui s’entassent là où je passe, le martèlement de mes doigts sur les touches de l’ordinateur. 

Quelle année. Je vais vous confier la crème de ce que je me suis envoyé dans les veines pendant ces 365 jours. J’attendais Mercredi comme un gosse pour les sorties cinéma, vendredi à 0h00 pour les albums. 


On commence avec un classement musical. Je pense avoir écouté l’équivalent, crayon en main, d’un album différent par jour. Des trucs très ardus, des trucs très nuls, des joyaux bruts, des déceptions amères. Aujourd’hui, c’est l’heure de tout vous dire. 

Inutile de dire que l’ordre de ce classement est la photographie d’un mood et que l’ordre aurait pu être différent. 

1.Jeannine – Lomepal

Décider de qui a gagné la course de l’année, c’est pas facile. Donner la médaille. Mais là j’ai l’impression de récompenser un vieux copain. Lomepal avait mon âge quand j’ai commencé à l’écouter. Tout était différent. Ce que je place en numéro 1 de ce top c’est aussi le chemin parcouru. 

Et puis il faut dire que cet album est fou. Tiens ça tombe bien c’est la folie qui sert de conducteur littéraire à cet album qui explore le champ littéraire de la pathologie de cette grand-mère, Jeannine, qui ruisselle sur ses membres, entre don et malédiction. 

Mise à nu totale, zizi face au public, comme on le sentait venir sur Flip, entre histoires intimes et chant, Lomepal ne connait pas la pudeur, ne connait plus la pudeur, ça donne cet album, merveille dont je parlais à la radio pour les plus assidus. 

2. UMLA – Alpha Wann

Encore une fois l’impression d’accorder une place de choix à un vieux compagnon de route. Mais son premier album solo a marqué mon année du sceau de sa qualité. Trop fort, reforgeant les mots et les tournures à sa convenance, faisant sienne une langue qui colle à son flow, Alpha Wann est second, avec Une Main Lave l’Autre. 

https://premierepluie.com/2018/09/28/umla-alpha-wann/

3. Jassbusters – Connan Mockassin 

La musique de Connan Mockassin est le cocktail enivrant entre la douceur et la grâce. 8 titres, qui sont un univers entier. Une fièvre, qui se promène. Idéal pour rouler ou pour se balader sans but, heureux ou triste. Quelque chose d’assez inexplicable. 

Des notes, des silences, comme des hésitations. Presque le temps s’arrête pour faire des révérences aux battements du cœur. De l’émotion. 

4. Contre-Temps – Flavien Berger

Un disque de chevalier en armure qui roule dans une bagnole à travers l’ultra moderne solitude. 

https://premierepluie.com/2018/12/19/contre-temps-flavien-berger/

5. The Dog and the Future – Agar Agar

J’ai énormément défendu et vendu cet album depuis sa sortie en Septembre et je ne suis absolument pas fatigué puisque je le place dans mon classement des meilleurs albums de l’année tranquillement. 

Lien vers l’article à leur sujet : 

https://premierepluie.com/2018/12/15/the-dog-and-the-future-agar-agar/

6. Care for me – Saba

Saba vient de Chicago, qui n’en finit plus d’abreuver le monde de son talent et de sa violence. Saba est multiple, entre les coups de feu qui tuèrent son cousin (Life 3/10) et les filles fauchées complètement beat (Broken girls 2/10). Le remède de Saba à la mélancolie, c’est la musique, qui rend clair le sombre des rues. Jazz et gospel viennent tout le temps élargir sa palette hip-hop. L’album est très dense, 10 titres, qui détonnent, inquiètent et rassurent à la fois, mais qui au niveau musical, enthousiasment. 

7. Les rescapés – Miossec

Je connaissais de loin la discographie de Miossec, sans m’y être vraiment aventuré. Je crois que c’est un grand album, il m’a beaucoup interpellé, il a le charme de ces disques qui vous restent. 

Il y est question du temps, des corps qui prennent la claque du temps, des mœurs, qui prennent aussi la claque du temps, du rythme de la vie. L’écriture est à un très haut niveau, ferme et tranché. Kerouac  disait « un jour je trouverai les mots justes et ils seront simples ». La grande force de l’album réside dans les mélodies, qui restent. Miossec raconte des aventures de rescapés. 

8. Mojo – Claire Laffut

En 2019, il y aura particulièrement trois filles à suivre, Alice et Moi, Aloïse Sauvage et Claire Laffut. Cette dernière a fait paraître cette année un EP archi envoutant, Mojo. 4 chansons seulement mais semble préfigurer la large palette des émotions littéraires de Claire Laffut, entre une fessée et la Gare du Nord. 

Sous le charme. 

9. Sainte Victoire – Clara Luciani

J’ai fait un pile ou face entre Brol et Sainte Victoire. Quelques lignes pour dire que j’ai aimé l’album d’Angèle. Il est très loin des écueils dans lesquelles ils auraient pu tomber, il aborde avec une lucidité qui a l’allure d’une caresse matinale des sujets lourds ou légers. Immense réussite et sacrée dame. Mais pour l’heure c’est la grande Clara Luciani qui se classe 9ème, avec sa grenade qui a explosé sur l’année, berçant nos oreilles de sa voix grave, envoûtante. 

https://premierepluie.com/2018/12/07/sainte-victoire-clara-luciani/

10. White Bronco – Action Bronson 

C’est rare d’avoir du style, c’est donc évidemment encore plus rare de le faire durer. La recette d’Action Bronson, c’est sûrement une curiosité doublée d’une hyperactivité chronique. Des pulsions animales qui donnent un rendu artistique très propre comme toujours. Flow aiguisé et des délires qui ressemblent aux détours du pays de l’oncle Sam. White Bronco est affamé de tous les vents annonciateurs d’horizons. Ici, le feat avec A$ap Rocky auteur d’un Testing très costaud cette année et qui aurait pu être dans ce top.

 


Je ne sais pas trop quoi en penser, mais j’étais souvent seul dans les salles (en séance de 22h) pour voir les films dont je vais vous parler, les mercredis de sorties. 

1. Mes Provinciales de Jean-Paul Civeyrac 

Avec Mektoub my Love, voilà mon film préféré de l’année. Un film d’une littérature à peine croyable. Un roman d’apprentissage. Le 19ème romanesque et romantique qui rencontre les thématiques modernes. Le film est en noir et blanc. Un jeune homme monte à Paris pour étudier le cinéma. Il ne pige rien, prend les vagues. Un alter ego beat brûlé de la vie, des filles, des filles, des filles. Des rues, des ruelles, des boulevards pour l’éternité ou alors le lendemain. Immense réussite, douce et douloureuse, qui donne envie d’arriver à Paris pour la première et de vivre les découvertes. Claque. 

1bis. Mektoub my Love : canto uno d’Abdellatif Kechiche 

Un autre temps, pas si lointain, le vent dans les robes, dans les cheveux. Les vacances, la jolie peau des filles. Les fruits murs, un agneau qui naît pour qu’on le filme. La vie, dans la discothèque locale, les femmes qui dansent, les hommes qui dansent. L’insouciance. Comme avant quelques chose, comme un beau souvenir, la carte postale nostalgique du temps d’avant. Les amours d’été, dans un sud qui rend tout possible, dans les lumières de la vie. La couleur. Les soleils sensuels de la mélancolie. Chef d’oeuvre visuel qui fait appel, pendant les 3 heures que durent le film, aux 5 sens. Kechiche au sommet. Des acteurs plein de vie, plein de réel, de peau, de souffle, de corps. 

3. Dogman – Matteo Garrone 

J’ai été marqué par ce film. Bouleversé au début, puis marqué. L’histoire d’un dogman, entre le toiletteur et le promeneur-gardien de chiens, dans une banlieue oubliée du sud de Rome. Gentil, il est la proie du méchant, qui lui fait commettre un acte qui l’envoie en prison. Il sort, victime de son environnement. Pensant mériter reconnaissance pour avoir payé une dette qui n’est pas la sienne en allant en prison, il réclame. Lui ce qu’il veut c’est faire plaisir à sa fille en allant faire de la plongée. On le moque encore. Un gentil qui pète les plombs. Le film est sublime, les images prennent dans le ventre comme un sale coup de poing qui coupe la respiration. 

 

4. Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré 

La couleur d’un film est très importante pour qu’on le garde en mémoire. Ici je me souviens des superbes couleurs, pâles comme la maladie mais aux allures de pastels de ce film. Duo Lacoste/Deladonchamps incroyablement touchant. Quelque chose que Christophe Honoré dit de son jeune âge, quelque chose qu’il rajoute avec ce film à la thématique du sida, déjà servie ces dernières années. Superbe film, des scènes à pleurer, à la hauteur de la beauté de son titre, c’est dire. 

5. Le monde est à toi de Romain Gavras

Des bras cassés font un concours de bras cassés qui pousse tout le monde dans une aventure épique, burlesque. Les thématiques de tous les codes du quartier rendues risibles par Romain Gavras, virtuose, avec un panel d’acteurs et d’actrices alléchant. Des personnages complètement clownesque et la vie qui devient le bordel. 

6. En Liberté de Pierre Salvadori 

Il y des mecs qui disent que la comédie française va mal. Evidemment, si on regarde Aladin, c’est le fond de la piscine. Mais la France a une carte maîtresse : la comédie dramatique, au top cette année. Un humour de plus en plus hype et raffiné, avec des comédies comme Au poste ou ici En Liberté, on se marre énormément aussi dans Le monde est à toi ou Le grand bain, grande année.

Ici, un prisonnier innocent qui sort et qui compte bien mériter la peine qu’il vient de purger. Délire total et absurde poussé juste comme il faut, Pio Marmaï et Adèle Haenel ravissants. 

7. Le grand bain de Gilles Lellouche

Des hommes complètement beat qui se rincent ambiancent dernière aire d’autoroute avant de rencontrer Godot. La fêlure de mecs qu’on croise tous les jours et qui vivent avec des problèmes aux allures de tumeurs à noyer, à noyer dans un grand bain, en natation synchronisée, servie par un plateau d’acteurs et d’actrices impressionnants. 

8. Leto de Kiril Serebrennikov 

Je suis un rockeur comme vous le savez tous et j’ai été très touché par cette histoires de jeunes rockeurs russes sous l’URSS, pas nés au bon endroit mais qui décident qu’ils sont nés au bon endroit quand même. Un film sur la liberté, sur ce qu’est vraiment la transgression. Un film pulsionnel, ambiance noir et blanc, ambiance faire tomber les murs et revoir les codes. 

9. La Douleur d’Emmanuel Finkiel

Marguerite Duras incarné par une immense Mélanie Thierry, de loin dans son meilleur rôle. L’histoire d’une attente démente, celle de l’homme aimé, raflé. L’attente du retour, une attente lourde, sa douleur. 

10. Pentagon Papers de Steven Spielberg

La presse est menacée, nous sommes en 2018. Dans ce film on replonge dans les coulisses du Washington Post des années 1960, d’un journal qui décide de changer le cours de l’Histoire. Ce film porte deux grandes thématiques, la liberté de la presse et le dessin de la lutte féministe. 

Bonus : L’Homme fidèle de Louis Garrel

Je viens tous juste de voir ce film, donc il n’a pas assez maturé en moi pour que je sache exactement où le placer. Un cinéma d’auteur, qui a la gueule des meilleurs heures de la Nouvelle Vague, qui semble tellement bien se réinventer avec ses codes à notre temps. L’histoire d’un homme fidèle aux amours, qu’il soit hasardeux et entrecoupé, chez Marianne (Laeticia Casta) ou du domaine du fanatisme qui rencontre l’idole avec Eve (Lily-Rose Deep). 2 idées de l’amour explorées, exploitées, aux dépens d’un Abel (Louis Garrel) marionnette troublée pour grande dame, c’est beau. 


 

C’est bon vous le savez je lis beaucoup, mais cette année j’ai lu particulièrement beaucoup de livre datés de l’année qui vient de se terminer, voilà ce qu’il fallait en retenir selon mes yeux et mes goûts. 

1. Nage Libre – Boris Bergmann 

Voilà pourquoi ce livre est ici en tête : 

https://premierepluie.com/2018/12/17/nage-libre-boris-bergmann/

2. Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu 

C’est un roman qui parle la langue éternelle et universelle des jeunes désœuvrés qui traînent en été, dégoutés de s’ennuyer dans un bled et en même temps qui maudissent la rentrée. Ambiance Des morceaux de moi. Zone cassée du monde. Les étés qui s’enfilent, les bandes blanches, la vie qui va. Ce livre a eu le prix Goncourt et je trouve ça cool. 

3. Si nous ne brûlons pas – Justine Bo

Pourquoi j’aime ce livre : 

https://premierepluie.com/2018/12/05/si-nous-ne-brulons-pas-justine-bo/

4. Sujet Inconnu – Loulou Robert

En publiant un livre par an depuis le sublime Bianca, Loulou Robert s’impose en moi comme une évidence. Ex-mannequin elle devient une très grande romancière, c’est super fort. Ici l’histoire de comment on s’en va de là où l’on ne veut pas être. Violemment, avec la rage. On sent la pulsion, on sent les poings serrés qui boxent à fracasser des mâchoires. 

5. Qui a tué mon père – Edouard Louis 

Edouard Louis publie ce saisissant texte, et devient l’un des plus intéressants penseurs français, rénovant, avec ses compères, la figure de intellectuel de gauche. L’histoire de son père, brisé, usé, exploité, jeté par le monde du travail. Fondamental pour comprendre ce qui se joue en ce moment. 

6. Les Enfants du Vide – Raphaël Glucksmann

Un livre d’idées. Qui part de la confession d’un père désabusé de voir ses enfants se replier chez les vendeurs de peur. De là, Glucksamann dit la France qui peut s’inventer en plus belle. Nous l’avons rencontré :

https://premierepluie.com/2018/12/04/place-publique-tribune/

7. Dos au mur – Nicolas Rey 

Confession d’un menteur, repenti. Émouvant. Le prochain Nicolas Rey sort en Janvier, je viens de le finir et je peux vous dire que je vais rencontrer ce sacré mec. 

https://premierepluie.com/2018/12/10/dos-au-mur-nicolas-rey/

8. Forêt obscure – Nicole Krauss

Quelques chose de la métamorphose sur laquelle il est impossible d’enquêter, qui est quoi ? Quelle est la direction, on suit, on lit, on s’y prend. 

9. Le Lambeau – Philippe Lançon 

L’histoire de la reconstruction de l’un des survivants de Charlie Hebdo, défiguré pendant l’attaque. Porté par un style qui irait chercher n’importe quel cœur. Entre souvenirs et futurs. Bien bouleversé, ça va faire 4 ans, on oublie rien, on aime la presse. On repense à tout, il nous explique, c’est intime. 

10. Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert

Comment l’adultère de sa femme écrivaine pousse le narrateur à enfin se lancer dans l’écriture qui se refusait jusque là à l’inspirer ? Une théorie littérature/séxualité aussi burlesque que fondée. Un style qui claque, et des délires ravissants. 


Ce top est terminé. 2019, j’ai hâte, d’écouter le prochain disque, de voir le prochain film, de lire le prochain livre. Hâte de rencontrer les artistes, j’espère aller à un aussi grand nombre de concert, hâte d’interviewer ces filles et ces mecs qui ravissent nos goûts. Hâte quitte à m’y flinguer la santé. La culture est le truc le plus important, hâte de vous en parler, comme une confidence

Arthur

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s