Les jours heureux, Chapitre 4 – JUILLET (1998)

JUILLET (1998), le titre d’une chanson de Fauve et le début de ma vie. Cette vie qui oscille entre beaucoup trop de choses à gérer pour un si petit cœur, mais ça va. JUILLET (1998), c’est une histoire pour l’instant sans fin, mais qui en aura une. C’est un mélange de vérité, et de beaucoup de rêves. C’est la sincérité et l’invention. C’est des sourires et quelques pensées tristes, qui naissent au fur et à mesure que je cligne des yeux. On verra ce qui se passera, on verra ce qui arrivera. Mais de toute façon, « C’est pas grave ce soir rien peut me toucher. Je flotte au dessus du sol les planètes sont alignées. »


La Haye,

Tout est différent. La langue, les gens, les paysages. Ici, il n’y a de jugement sur rien.

On vit dans le même immeuble, et on ne dort jamais. Il y a toujours des voix qui résonnent et des rires qui traversent les murs. Les ascenseurs sont toujours en panne, il y a 23 étages, mais la vie est belle. J’ai un appart depuis août, un vélo depuis septembre, et un abonnement de sport très peu payé. Pourtant je vous assure que j’y vais.

Les copains eux, ils viennent de partout. Des frontières proches et lointaines, de l’autre côté des océans. Ça donne des conversations passionnantes, des incompréhensions parfois, mais surtout un amour infini. On partage tous cette envie de découverte et de tolérance. Les british pleurent pour le brexit, les brésiliens pour Bolsonaro et les américains essayent d’ignorer l’existence de Trump.

On a construit une immense famille, qui s’est dispersée dans le monde en janvier dernier. Certains sont plus loins que les étoiles, d’autres ont besoin d’un visa pour revenir voir leurs copains. Et ça, ça fait pleurer putain. Les aller-retours dans les escaliers en pyjama. Les soirées où on était 200. Les potes bloqués dans les ascenseurs à 1h du matin. Et puis les voyages, les vacances au milieu des cours. 

Je prends mon café le matin dans la véranda. Le soleil se lève. J’écoute France Inter. Ce deuxième semestre, c’est un peu comme si j’étais nulle part. Ni dans le sud, ni à Nancy, ni aux Pays-Bas. Je cours de partout. Les gens ne me voient plus. J’ai fini par ne plus me voir non plus. La vie défile comme des lampadaires au bord d’une autoroute. Déjà avril.

J’ai envie de partir mais d’avoir toujours cet endroit où revenir. Gueuler sur mes colocs qui ne font pas le ménage. Partir à la mer en vélo. Manger des cookies à l’université quatre fois par jour.

Je suis dans un bus, douze heures de route, de nuit. Je rentre de France. La semaine prochaine, les copains reviennent. La semaine d’après, je pars en expédition toute seule en Pologne. Une première pour moi. Chez Première Pluie, on peut passer des soirées à chercher des noms pour les premières fois. C’est ça qui nous tient en vie, les premières fois. Alors ici, ce ne sera pas le premier envol, ni le premier voyage, ni la première découverte. Ce sera plutôt la première solitude heureuse. Une sorte de test pour les projets futurs. Si je réussis ça, et qu’au bout du compte je suis heureuse, alors je sais ce que je veux. J’ai hâte d’y être, mais j’ai d’abord hâte de maintenant, et de demain.

Ce soir, on va à la plage voir le coucher de soleil. J’aimerai que les gars soient là, des fois. Avoir mes copains des Pays-Bas, et mes frères de Nancy. J’ai cette intime pensée qu’au final on se retrouvera tous un jour. On prendra des bateaux, des avions ou des trains, et on se rejoindra. On pensera à toutes les conneries qu’on faisait. On se dira sûrement « on était jeunes » avec cette amertume de la nostalgie. À ce moment-là, j’aurai les larmes aux yeux et quelqu’un dira « Pauline ! Encore ?! ».

On ne changera pas, j’espère. Parce que s’il l’on continue sur notre lancée, à se soutenir peu importe d’où l’on vient ou ce que l’on mange, je vous promets que le monde deviendra bien plus beau. 


Processed with VSCO with e6 preset

Pauline Gauer – Juillet (1998)

4 commentaires

Laisser un commentaire