POLOGNE : Pauline – Carte Postale

Chers amis, chers lecteurs de Première Pluie,

Je n’ai pas pu vous contacter avant, car je n’ai plus de téléphone. C’est d’ailleurs ce qui fait la beauté de ce voyage. Faire tomber son téléphone dans un évier la veille du départ : je n’ai pas eu le choix de faire sans. Mais ça fait du bien, c’est ce que je voulais. C’est sûrement cliché mais les réseaux sociaux me font mal. Ils détruisent la confiance en moi que j’essaie de construire, et m’empêchent de profiter du monde. Et on le sait tous.

Depuis, je me suis remise à lire plus souvent, je prends plus de temps à regarder les étoiles et j’écoute encore plus les feuilles qui bougent au vent. Car oui, pas de musique, pas de maps non plus, et c’était un peu ma crainte.

Je m’étais préparée différemment. Un petit carnet toujours sur moi, où j’avais écrit et dessiné tout ce que je devais savoir. Ce n’est peut être pas grand chose pour certains, mais partir dans un autre pays toute seule c’était déjà une première, alors ne pas avoir de téléphone compliquait la chose.

Je suis donc partie seule, avec mon sac à dos, un carnet et mon appareil photo pour filmer tout ça. A ce moment-là commençait la journée la plus fatigante de ma vie. Je n’avais pas dormi de la nuit. Je partais de La Haye à 7h, après m’être rendue compte que mon téléphone ne marchait plus, sans même avoir le temps de mettre au courant les gens. J’avais passé la matinée à demander ma route en anglais à des néerlandais fatigués, mais j’avais l’habitude. J’avais pris un tram, puis un bus, marché un peu puis pris un second bus direction l’aéroport. Je décollais pour Gdansk, au nord de la Pologne. Il pleuvait là-bas, je me rendais compte que ça allait être plus compliqué que ce que j’avais imaginé : personne ne parlait anglais.

J’échangeais quelques euros contre des zlotys. J’avais pris une navette mais impossible de reconnaître l’arrêt “Central Station”, puisque c’était du polonais. J’essayais de m’orienter sur la carte et un couple m’avait indiqué mon arrêt. Dommage, je les avais écouté et m’étais retrouvée n’importe où, sauf à la Gare Centrale. Un arrêt de bus vide, au milieu de terrains vagues. Une station essence désaffectée et aucune voiture en vue. Il s’était mis à pleuvoir et j’avais fini par rire toute seule de la situation, sur le bord de la route. J’avais marché longtemps, carrément au pif. J’allais en direction du toit de l’église que j’apercevais, me disant que je m’approcherai du centre-ville. Il s’en est passé des choses avant que j’atteigne mon auberge de jeunesse : j’avais marché une heure au bord d’une nationale, puis pris un tram dans la mauvaise direction. Et enfin miracle : un lit. La découverte pouvait enfin commencer.

Je ne sais pas si j’aime Gdansk parce que j’aime être seule parfois, ou si j’aime être seule parce que j’aime Gdansk. Quelle douce ville, un peu comme hors du temps, et au milieu de rien. J’en connais tous les recoins, les barmans me connaissent, je suis sûrement la seule fille qui va au restaurant toute seule avec son carnet et son appareil photo.

Pendant ces quelques jours, j’ai pu parler aux gens, découvrir leur vie présente et passée. Écrire des tas de trucs dans mon carnet aka maps aka ma calculatrice de conversion d’argent aka absolument tout. Mon téléphone ne m’a pas manqué, d’ailleurs il ne me manque plus. J’avais juste besoin de parler un peu, d’être soutenue un minimum, alors je parlais aux copains dans mon lit le soir.

Il faisait froid, et Gdansk est belle. Il y a des traces de moments douloureux sur les murs, des histoires du temps d’avant, dans les églises et dans les rues. C’est une atmosphère spéciale : les larmes se mélangent à l’odeur des fleurs. C’est une ville humble, figée dans le temps et vivante à la fois. Je m’y sentais bien, loin de toutes les petites choses de la vie.

J’ai fait un détour par Sopot aussi, ville au bord de la mer. Les bijoux en ambre se mélangeaient avec la couleur du sable. Un train comme avant.  Je ne sais pas, il y a une dimension différente, comme si nous n’étions pas en 2019. Comme si Trump et Bolsonaro n’étaient pas encore nés. Comme si les icebergs n’avaient pas encore commencé à fondre en même temps que le cerveau de certains hommes politiques. Hors du temps. Un goût de chocolat au caramel sur les lèvres.

Mes chers amis, cette aventure était folle, bien plus que tout ce que je n’aurais pu imaginer. J’aurai croisé la route de jolis sourires et de visages fatigués. J’en aurais appris sur beaucoup de choses : entre humains du monde, on se comprend sans mot, et les regards en disent bien plus.

J’ai l’impression que mon rêve commence. J’ai l’impression que la personne que j’ai toujours rêvé d’être est en train de naître au creux de moi. Et putain, j’en suis fière. J’aime ce que je fais, j’aimerai ce que je ferais. De toute façon, pas le choix. J’ai du mal à croire que j’arriverais à m’adapter à quelque chose qui ne me rend pas heureuse.

Hâte des nouvelles aventures. En attendant, je vous laisse avec ces images.

On se revoit vite.

Pauline Gauer

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