Dernière pluie – Juillet (1998)

C’est la dernière pluie. Je suis assise par terre, contre un mur. 8h08, gare de Rotterdam. Il fait encore sombre mais la gare s’éclaire quelques secondes à chaque nouvel éclair. J’étais sous cette pluie il y a encore quelques minutes. Elle a nettoyé mon pantalon plein de café.

Bientôt, elle ne sera plus que des gouttes de pluie sur les vitres d’un train. Peut être qu’elle sera larmes.

C’est la dernière pluie mais j’essaie de ne pas y penser. J’en ai vécu des choses ici. Tous ces réveils trop tard. Boire son café dans une cuisine mal rangée. Aller faire les courses en pyjama.

J’ai rarement traversé autant de choses en si peu de temps. Des kilomètres et des kilomètres de route en faisant du surplace.

Les gens sont incroyables, les garçons toujours aussi nuls. Mais on s’habitue.

Ce matin, j’ai quitté tout ça. J’avais le soleil dans les yeux, qui se reflétait dans mes larmes. C’était peut être beau, ou c’était juste triste. J’ai cette valise trop lourde de souvenirs à côté de moi.

Il a fallu dire adieu à tout ça, à cet immeuble au bord de la gare, à ces ascenseurs en panne. Plus d’allers et de retours pieds nus dans les escaliers. Plus de nuits blanches dans cette véranda mal éclairée.

Derrière moi, je laisse mes amours et mes souffles coupés. J’ai appris tant des gens. Ils ont sûrement appris de moi aussi. Au moins le nom des papillons et comment naviguer, la nuit, quand le lit se transforme en bateau. J’ai surplombé la ville avec des personnes que je n’oublierai jamais. J’ai surmonté toute cette douleur, je crois. Les plaies se pansent tous les jours un peu plus.

Je me rappelle ces nuits sur un vélo, entourés d’immeubles en feu, et ces matins trop tôt sous la couette.

On s’était dit une nuit qu’on irait à la mer. On ne l’a jamais fait. Mais rien n’est fini. Je vais revenir. Vous reviendrez. On se donnera sûrement rendez-vous dans un café. On mangera des stroopwaffles dans mon lit, en regardant un film. Trop de thé. Trop de cartes. Trop de pastis. Et trop de pluie sûrement aussi.

Je ne vais pas mentir, vous me manquez, tout me manque déjà. J’ai le sentiment que je reviens demain. Qu’on se fera encore des soirées crêpes dimanche prochain, et qu’on ira à Delft manger des glaces.

Certains d’entre vous sont déjà beaucoup trop loin. C’est ça de s’attacher à des gens qui vivent de l’autre côté des océans. Mais les poissons feront les messagers, et les bateaux existent.

Beaucoup de larmes et de sourires que j’emporte avec moi. J’ai eu deux fois le cœur brisé par vos au revoir. J’espère qu’on se reverra. Je vous attends à Paris. On fera la fête Rue de la Roquette. On dansera sur nos souvenirs. On ne dormira plus jamais.


Pauline Gauer, triste

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