Et à la fin, serons-nous dignes ? – Edito

Photo : @diegozebina sur Instagram.

Ces derniers temps, il y a quelque chose qui a changé pour nous tous, qu’on le veuille ou non. Ces derniers temps il y a un nouveau sens, insufflé en chacune de nos actions et de nos manière d’exister, qu’on daigne le considérer, ou non. Ces dernier temps et plus que jamais, vivre ça veut dire tuer. Il y a des débats sociaux qu’on connait bien et qui squattent le paysage médiatique depuis des années, depuis toujours ou depuis que le Front National est représenté aux deuxième tour des présidentielles. Il y en a qui divisent, et pour lesquels la division leur est de toutes façons immuable. Il y en a d’autres qui en revanche ne devraient pas créer le moindre clivage et en tête de proue, il y a la question de la crise écologique.

Car oui, parler de la crise écologique aujourd’hui relève toujours du débat et d’ailleurs, moins de 10 pays dans le monde ont à ce jour déclaré l’état d’urgence climatique.

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Pourtant chaque semaine, de nouveaux constats alarmants sont dressés par des chercheurs et institutions dont l’impact est pitoyablement moindre, et les faits d’armes des gouvernements dans le combat face à cette crise écologique se font bien trop rares. Les objectifs fixés sur des centaines d’années (cf COP 21) donnent du sursis, et permettent de prendre son temps pour produire des mesures de protection environnementale. Tant qu’une entente internationale n’est pas correctement établie et affirmée sur la question, les gouvernements auront cette réticence à œuvrer pour le bien de la planète. 

Les réformes écologiques, ça n’existait pas avant, et faire plus d’écologie que son voisin, c’est perdre du temps et de l’argent qu’on pourrait mobiliser pour des problèmes sociaux ou économiques. Dans les faits, montrer l’exemple n’apporte pas grand chose de plus que le bien de sa population sur le long terme ainsi que celui de la population mondiale, y compris celle qui en bon passager clandestin ne partage pas les efforts à faire pour la planète. Les gouvernements ont peur  de se prendre une carapace bleue en en faisant plus que leurs voisins en écologie donc, et ne veulent pas se priver du progrès qu’ils ont la capacité de s’offrir. Le déploiement de la 5G, le secteur numérique et ses nouveautés comme les voitures autonomes, ou des réseaux de transport toujours plus perfectionnés et efficaces : autant de choses dont on pourrait se passer et qui promettent de rendre la vie dure à notre planète. Le problème, c’est que faire une croix sur ce progrès, c’est se faire doubler par les autres pays qui les utiliserons pour être les plus concurrentiels possibles. Dans cette course au pouvoir sur la scène internationale il y a un grand perdant, le sol sur lequel vous marchez et l’air que vous respirez.

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Les autres grands acteurs de la destruction programmée de notre planète sont les entreprises dans le sens le plus large du terme, des secteurs industriels à agricoles, des géants du numérique aux fournisseurs de services en tous genres. La quasi totalité des civilisations dans le monde se sont construites selon un modèle qui n’est pas viable sur le long terme et pour cause, nous n’avions auparavant aucune idée de l’impact environnemental de nos actions. Maintenant qu’il est clairement identifié, la reconversion vers un mode de fonctionnement plus responsable ne se fait pas assez rapide ni assez généralisée. Certaines entreprises développent un esprit éco responsable par conviction mais malheureusement, la plupart font seulement mine de le faire pour soigner leur images le plus souvent, on appelle ça du greenwashing. 

L’activité industrielle tue notre planète et continuera de le faire tant que la volonté de profit primera sur la volonté de préserver, et si les gouvernements et les entreprises ont à priori plus de pouvoir que vous, VOUS avez le pouvoir de les changer. 

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Notre emprise sur le gouvernement qui nous dirige est il est vrai assez limitée. Si les bons résultats du parti écologique lors des élections européennes sont encourageants, les français ne sont clairement pas prêts à porter les verts jusqu’à la présidence de la nation et quelque part, ils ont raison. Trop peu de figures charismatiques existent en son sein et son programme est assez limité face à toutes les exigences qu’induisent la gouvernance d’un pays. Quant aux partis à l’électorat plus fourni, des mesures écologiques existent maintenant dans leurs programmes mais restent insuffisantes, et sont là qui plus est dans l’unique but de séduire un électorat de plus en plus sensible à la cause climatique, le plus souvent. Le gouvernement d’Emmanuel Macron est un bon représentant de ceux-ci. Le programme libéral de La République En Marche se verdit quand il le faut, pour répondre à une demande électorale. La jeunesse réclame de l’écologie, on inclue de l’écologie. Ça ne coûte pas grand chose de jouer les chevaliers de la Terre en public face à un Donald Trump mcdonaldisé au maximum, c’est plus compliqué de respecter des engagements dans les faits. De la communication à l’heure de l’urgence.

Si l’ampleur de la tâche peut paraître décourageante, nous avons le devoir d’affirmer le plus fort possible que nous ne voulons pas d’un monde qui fait état de fonctionnement en faisant mine d’ignorer qu’il court à sa perte. Greta Thunberg a réussi à partir de rien, en manifestant d’abord seule tous les vendredi en n’allant pas à l’école, pour protester contre cette urgence climatique qu’on ignore. Maintenant nous connaissons tous son nom et elle a su insuffler un nouveau vent de contestation à cette lutte. Un mouvement qui dit qu’il n’attendra pas que les Etats sacrifient leur futur pour entretenir leur prospérité au mieux sur le moyen terme. Un mouvement qui ne les laissera pas les endormir jusqu’aux années 2100, quand il sera trop tard. Car oui, la situation actuelle nous promet une augmentation de la température terrestre de 6°c d’ici à 2100 si nous ne faisons rien. 6°c, ça peut paraître assez peu, mais si nous atteignons ce stade, la survie de l’humanité sera déjà très compromis. Plus d’explications sur ce rapport du CNRS ici.

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La situation est ultra critique et vous le savez très bien. Les gouvernements et entreprises ont leur grand rôle à jouer dans ce combat pour la préservation mais le nôtre est plus grand encore. Pensez-vous avoir réellement entamé un processus pour avoir un impact positif sur ce combat qui nous concerne tous ? Participer aux marches pour le climat ne suffit pas, partager des posts d’indignation sur les réseaux sociaux  quand la forêt amazonienne brûle non plus. Parfois c’est aussi nous qui sommes indignes, et c’est aussi nous qui faisons du green washing en nous servant de l’écologie pour nous donner une bonne image. La valorisation de cette conscience écologique n’a pas simplement produit une volonté généralisée de se battre pour notre planète, mais celle (pour un certain nombre de gens) de se donner bonne conscience dans la mesure du possible, sans être prêt à faire de réels efforts.

Tant que ces efforts nous ne ferons pas, nous serons indignes. Tant que nous serons de ceux qui achètent le nouvel Iphone chaque année par soucis de représentation, nous serons indignes. Tant que nous serons de ceux qui achètent trois fois plus de vêtements neufs qu’il ne nous en faut pour renouveler au mieux notre penderie, nous serons indignes. Tant que nous continuerons à avoir une alimentation beaucoup trop composée de viande et de produits issus de l’importation, nous serons indignes. Tant que nous sauterons sur tous les bons plans proposant des weekends à Rome à 80€ l’aller-retour en avion, nous serons indignes. Tant que nous continuerons à jeter nos clopes par terre en sachant pertinemment qu’un mégot pollue jusqu’à 500 litres d’eau, nous serons indignes. Vous n’avez pas choisi ces modes de vie que l’on vous a imposé. Vous n’avez pas choisi la structuration de votre civilisation. Afin de devenir irréprochables nous devrions tous revenir à des modes de vie primaires, à des années lumière de ceux que l’on a bâti aujourd’hui. Nous savons tous que cela est impossible, mais nous savons aussi que notre mode de vie doit changer au plus vite si nous ne voulons pas mettre à sac notre planète. Il est donc temps de se bouger maintenant.

Car si ce ne sont pas les civils qui commencent à adapter leurs comportements dès maintenant et montrer qu’ils veulent migrer vers des comportements vraiment eco responsables, ce ne seront certainement pas – ni les gouvernements, ni les entreprises – qui le feront. Vous êtes leurs cibles, et par extension ceux qui peuvent les forcer à changer. 

Changer ses comportements de manière durable doit se faire pas à pas, nous avons été forcés à entretenir ces modes de vie destructeurs jusqu’ici et nous devons nous renouveler, dès maintenant. 

Première Pluie compte bien aider ceux qui sont prêts à faire des efforts en leur offrant la meilleure documentation possible pour changer leurs habitudes et comprendre la situation actuelle. On compte sur vous pour changer vos habitudes, influencer vos proches, et être fiers de vos efforts. 


Romain Bouvier

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