Les gens qui dorment – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Soirée froide. Il est 18 heures et mon écharpe ne fait que de tomber.

Dehors la grève, dehors la pluie. Dehors c’est l’hiver et j’aurais bien mis deux paires de chaussettes de plus.

Je rentre, enfin. Longue journée et le klaxon incessant des voitures qui résonne dans ma tête. Dehors, tempête. Dans le métro, je reste debout. Je lève les yeux du sol, je cherche de nouveaux regards. Ceux qui réchauffent, ou ceux que l’on évite. Peu importe.

Je pose mes yeux sur un homme, puis détourne le regard. Je crois qu’il dort. J’ai beau fixer le paysage, il y a encore le reflet de son visage qui se dessine sur la vitre. Je crois qu’il dort. Ou bien il est bercé par la musique qui s’échappe de son casque.

Visage apaisé, qui vibre contre la fenêtre du métro. Un homme d’une cinquantaine d’années. Manteau beige sur un sweater crème, et une sacoche noire qui contient sûrement cent mille trésors.

Il se réveille en sursaut à chaque arrêt du métro. “Attention à la marche en descendant du train”. Le tableau de bord annonce Saint-Michel. Encore loin de chez moi. Lui, peut-être pas. Dans tous les cas, il ne le sait pas puisqu’il dort. Je me demande s’il comprend que des gens le regardent.

A-t-il eu une longue journée ? Ou commence-elle à peine ? Personne ne semble se soucier de ceux qui dorment. La dernière fois que j’ai dormi comme ça, c’était il y a au moins mille ans. Le temps où on avait le temps. Le temps où les jours faisaient plus de 24 heures. Le soleil et les tournesols en arrière plan. Georges Brassens en fond sonore.

J’aurais aimé entendre la musique qu’il écoutait. Juste par curiosité. Du rock’n’roll ou un bon vieux jazz. Mélodies soporifiques dans un coin du métro. Peut-être dort-il encore ? J’irai voir, demain, s’il dort encore contre cette vitre sale.

Dehors, il pleut, et je suis rentrée maintenant.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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