Les fleurs qui fanent – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Tôt le matin. Les doigts gelés par le vent. Une voiture passe et c’est une mélodie d’été qui file en courant d’air.

Un pas devant l’autre, mes bottines noires sur le quai du métro 1. L’attente. Impatiente. Je me souviens de ces vacances à la neige. Nez rouge et lèvres gercées.

Il y a du monde aujourd’hui. “Mouvement social”. Je m’assois face à elle, une jeune femme d’une trentaine d’années. Elle semble triste, presque fragile. Un regard pensif à travers la vitre, comme dans les films. Visage porcelaine. Elle se fond dans le décor des livres de Marjane Satrapi. Un air de femme iranienne, aux étoffes colorées et au sourire absent.

Nature morte, une fleur et puis un vase, dans une pièce vidée de tout. Une fleur d’un rouge vif. Rouge à lèvres dans des mains si douces.

Cette femme je l’appellerai Marjane, comme dans Persepolis. Les yeux découragés. Comme tiraillés entre l’envie de s’effondrer et la méfiance des gens autour. Tout se lit dans le regard.

Le manque d’un amour parti tard un soir et jamais revenu. Les draps vides. Le cœur néant. Les dîners seule, face à un mur qui déteint. La peinture jaune qui se décolle au fil du temps et des petits-déjeuners.

Marjane a bouffé la mélancolie un jour. Et elle en pleure quelques gouttes à chaque réveil.

– Vous descendez ici ? – L’homme à côté d’elle.
– Je crois bien.

Elle avait pensé : Emmène-moi. Je me meurs ici. Les murs sont gris et les soirs trop courts. Partons. Nous irons voir la mer. Je détacherai quelques boutons de mon manteau pour enfin respirer. Emplir mes poumons de sable chaud. J’ai des fleurs sous les pieds, mais elles fanent trop vite sur ce macadam aux mille mégots. Porte-moi. Traîne-moi. Déshabille-moi en chemin. Tant que nous partons. Après, j’écrirai une carte postale à ma sœur, pour lui dire que tout va bien. Parce que tout va bien si tu m’emmènes. Ne me laisse pas.

– Je crois bien.
– Comment ça vous croyez bien ? Vous descendez ou pas ?

Foutus. La mer et le sable entre les orteils. Les fleurs qui ne fanent plus. Et la carte postale qui s’envole au vent.

Vibrations du métro. Brouhaha de la rame qui se remplit de monde. Fin de la scène. Fin de l’acte.

Marjane toujours seule et toujours perdue au milieu d’une tempête. Ses yeux qui boivent la tasse. Silence. Noir.

Rideau.

Marvin-Dessin-2


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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