Top 2019 / Arthur

Je savais que ce moment allait arriver. Plusieurs fois dans l’année j’ai imaginé la galère de faire le top d’une année culturelle à fond. J’ai redouté ce moment et je l’ai fantasmé. Ça a été une galère et un plaisir. Il y a la peur d’oublier quelque chose qui mérite de ne pas être oublié. La peur de ne plus aimer. Mais c’est sincère. C’est la photo finish d’une année de fou. Je suis sur les genoux. Je déborde comme le fleuve. Et j’aime ça. Vite la prochaine piste, la prochaine pellicule, la prochaine page. 


Musique // Je me suis enfilé un max d’albums et j’ai cassé mes chaussures dans plein de concerts, il y en a que j’ai vu 6 fois sans faire exprès. Et j’ai rayé mes écouteurs. 

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Gallipoli / Beirut 

Il apaise la tension du corps, dans les vibrations émouvantes et florales de ses sonorités. Il a l’odeur, la saveur, la couleur des fleurs d’un autre temps. Il peut accompagner mes larmes, mais je crois que c’est un album pour les déplacements, un album de paysages, mobiles et intimes. Un album BO de la vie. Il a occupé mes regards distraits et mes grands questionnements. 

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When Will the Flies in Deauville Drop ? / Le Villejuif Underground  

Un album qui a les chaussures trouées mais des billets de 1$ plein les poches, un album à l’assaut de la vie quoi, prêt à se battre avec des chiens sauvages. Un album rauque et crépitant. Influencé. Quand les icônes draguent les idoles. Images. Sonorités. Couleurs. Un petit déjeuner d’après nuit blanche sur un boulevard sans voitures. Les gens qui parlent la langue éternelle du rock. Et des poètes, regardez le titre « Subterranean Skies » par exemple. Une langue beat, déglinguée. En témoigne le titre Post master failure, entêtant.

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Les Étoiles Vagabondes / Nekfeu 

On a beaucoup attendu et scruté le retour de Nekfeu, au même titre d’ailleurs que celui de PNL. Parmi les silencieux talentueux et chambouleurs d’époque, j’ai choisi le premier. Je suis moins marqué par la vibe des Deux frères que par celle de Nekfeu, que je me prends depuis 10 bonnes années. Cette décennie avec Nekfeu s’achève par cet album, Les Étoiles Vagabondes. Un album accompagné d’un film, pour raconter sa genèse douloureuse. Le film est essentiel pour apprécier la créativité du travail de Nekfeu. Chez lui la création touche toujours à l’exploration. Celle de soi, des autres, et du monde. L’album témoigne de cette recherche, parfois errance, parfois quête.  

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Noir Métal / Butter Bullets / 24 juin

2019 aura donc été l’année de l’album qu’on attendait des gars de Butter Bullets. Un truc qui se dandine, s’envole, vocifère et poétise, crache et remue. Le duo est dos à dos et attaque le monde entier. Un disque comme ça, il y en a un par an, et encore il faut de la chance. Il faut une éclipse pour que des types aient l’audace de dire vraiment les choses. Eux, l’ont. Il faut écouter Noir Métal de Butter Bullets, c’est un abordage de pirate, et un retour-maison les yeux bandés par l’ivresse. 

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Flag / Fixpen Sill 

Tu écoutes parce que depuis 5 majeurs, difficile de ne pas se soucier de Kéroué et Vidji. Et puis l’album tourne, en descendant d’un train, en marchant, chez toi, il accompagne. Il fait tonne quand il faut, et apaise quand il faut. Finalement, il s’impose comme un incontournable, par la qualité des textes, la richesse des prods, la musicalité globale. Vrai album. 

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Jimy / Aloïse Sauvage  

Même si son aisance, ses facilités, sa bonhomie et son talent nous la rende très familière, Aloïse Sauvage sortait cette année son premier ep. Le talent chez elle prend toutes les formes, et traverse les disciplines, la rendant chanteuse, danseuse, actrice etc. C’est par ailleurs un des concerts les plus marquants que j’ai pu voir cette année, où la prestation scénique traditionnelle est réinventée. 2020 ne peut que lui faire un sourir avec toutes les dents. 

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Not Waving, But Drowning / Loyle Carner 

Cet album me fait un truc viscéral, qui me donne envie de cueillir des oranges en vélo. De nager pendant des heures. De regarder du foot anglais. De manger une pizza, de créer un groupe de musique et d’écrire des lettres. C’est pas possible, c’est trop fort. Loyle Carner malaxe une matière argileuse éternelle, la vie, avec un flow idéal, et de saison. Qu’est ce qu’un album de la météo des cœurs ? Sûrement celui où l’on ferait le point, en avril sur la vie, avant d’aborder l’été, l’été promesse. Il y a quelque chose de profondément intime et juste dans ce magnifique album. 

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ZUU / Denzel Curry 

T’es là, tu ne sais pas quoi écouter pour être trop chaud dans la rue ? Bon tu mets Alpha Wann comme d’hab. Mais si Alpha Wann fait grêve, tu lances ZUU, de Denzel Curry et normalement tu vas avoir envie de croquer la vie, comme disent les pubs. C’est un jongleur, qui fait un petit de toi ce qu’il veut même en un seul morceau. 

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Noir / Yseult 

Cette année, Yseult sortait son ep Noir. Un ep qui chante ce que le coeur a, et ce que le corps entreprend d’endurer. L’universel intime chantée par une déesse, forte de ses émotions. Elle se promène dans ses émotions, comme dans une pièce, où elle a rangé ses dernières années. Des douleurs, des couleurs, des odeurs, des mots, ceux qui combattent et relèvent. 

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3 jours à Motorbass / Lomepal 

Lomepal doit toujours faire des acoustiques maintenant. À ce jeu là il est trop fort. Il fait ce fameux pont entre le rap et le chant, tu vois, le fameux, celui qui le fait passer sur France Inter et Skyrock à la fois. Lomepal ne claque jamais aussi bien la beauté cinglée des mots de Jeannine, devenue Amina que dans le film 3 jours à Motorbass. Studio mythique et atmosphère hors du monde. 

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Citadelle / Izia 

Izia a sorti son grand album, celui fait avec la matière vive de la vie, la mort, l’amour, la vie. La naissance de son enfant, la mort de son père. Des émotions qui montent trop vite, comme un alcool fort, des émotions contradictoires, qui s’affrontent. Comme un dragon rouge et un dragon bleu dans la citadelle, justement. Si tu lances ce disque, tu vas passer par plusieurs états, accroche toi, c’est irrésistible.


Cette année j’ai aussi écouté à fond  : Soliloquy / Lou Doillon Parfum / DI#SE ; Confessions / Philippe Katerine / Hollywood’s Bleeding / Post Malone ; les failles / Pomme ; Traum und Existenz / Kompromat ; Radio Suicide / Makala ; La Promesse / Jaune ; Les Primitifs Modernes / La Maison Tellier ; Projet Blue Dream / Freeze Corleone ; Nibiru / Osirus Jack ; Fever / Balthazar ; Hallelujah! / Frédéric Lo ; Noir / Yseult ; Serfs Up! / Fat White Family ; À terre ! / Olivier Marguerit ; Midlife / H-Burns ; Thirst / Sebastian ; Antidote / Shay ; Transatlantique / Séverin ; Noir Ivoire / Kurt 20:20 ; 98 / Wallace Cleaver ; Ventura / Anderson Paak ; i;i / Bon Iver ; Why Me ? Why Not / Liam Gallagher ; Tristesse Business saison 1 / Luidji ; BOYZ / Prince Waly, et tellement d’autres…


Cinéma // Des sales vides des séances tard, en arrivant en retard en plus des retours sous la pluie les yeux sur mes chaussures qui sont pourtant les mêmes, c’est le cinéma qui nous change

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Martin Eden / Pietro Marcello 

C’est le film que j’ai préféré cette année. Un film taillé sur mesure pour mes goûts : du cinéma italien, du vrai, du bon, l’oeuvre fulgurante et légendaire de London, Martin Eden, qui squatte ma table de chevet depuis toujours, et enfin une action transposée dans la baie de Naples. Le film s’est avéré largement à la hauteur de mes attentes. Il est tout brûlant et plein de fièvre. Il donne la rage, la même rage que celle qu’on obtient, en fusion, quand on tourne la dernière page de Martin Eden, celle de vivre, quoi. 

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Le daim / Quentin Dupieux

L’absurde, c’est un truc que tout le monde croit pouvoir faire mais que personne ne maîtrise aussi bien que Quentin Dupieux, aka Mr Oizo. Ce film c’est la classe, Jean Dujardin en grand Jean Dujardin. Je pense qu’on peut se dire que c’est n’importe quoi et à chaque n’importe quoi, je voulais que ça soit encore plus le bordel, qu’il aille encore plus loin, et il le faisait. J’aime les gens qui doutent, les gens qui craquent, les gens qui vont au bout.

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Les Misérables / Ladj Ly 

Il fallait des épaules, un oeil, un coeur, du vécu, des couilles, des tripes et trois fois ça pour appeler un film Les Misérables. C’est le titre juste, parce que le film est grand, fort et honnête. Une claque, de l’eau froide, tout ça. On vit dans un monde. Fou.

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Tu mérites un amour / Hafsia Herzi 

Parfois, devant un film, on se détache un peu de l’histoire pour se concentrer sur les détails. C’est ce charme qui me fait placer ce film dans mon top de l’année. Les détours qu’on peut prendre en regardant ce film sont en fait de jolies aventures qui nous ramènent toujours vers des doigts, des mains, des fesses, une assiette, un minois. 

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Les invisibles / Louis-Julien Petit 

Il y a des petits malins qui utilisent la notion de “film important”. Je me fiche d’être un petit malin : Les Invisibles est un film important. Il dit ce qu’il se passe, la vraie vie, et c’est dur de transposer ça au cinéma. Le kit des films français importants de l’année dans ce top ça serait et Les misérables. Tu vois ces deux films et si tu es pas trop bête tu comprends un peu mieux le pays. Et si tu es un peu honnête, tu ne dis pas juste que tu es ému. @emmanuelmacron

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Parasite / Bong Joon Ho

Impossible de passer à côté cette année. Il est dans par ailleurs dans tous les tops de fin d’année donc je suis pas du tout en train de jouer au connaisseur ou à l’original. Mais là c’était impossible de l’éviter. Iceberg qui regarde dériver le monde. Grinçant comme le plancher sur lequel on est tous en train d’attendre la chute. On regarde nos ridicules, nos terreurs, nos erreurs, nos foutaises, sereins sur les volcans. Film sur nous. 

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Une jeunesse dorée / Eva Ionesco 

Tout un tas de trucs qui ont l’air cool, comme la transgression et qu’on ne connaîtra jamais, compilés dans un film sur des années précises racontées comme des souvenirs à emmener partout pour se cacher du vent. Eva Ionesco filme des couleurs, des instantanéités fulgurantes et fermes. 


Littérature // La moiteur de l’été, des journées à juste descendre au courrier pour aller chercher les nouveaux livres à lire, ma première préparation de rentrée littéraire, faut avoir faim, j’ai faim et mal aux yeux 

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Le nom secret des choses / Blandine Rinkel 

Je le confesse, j’aime les romans d’apprentissage. Dans le roman de Blandine Rinkel, la narratrice arrive à Paris, après le bac, venue de chez elle par le train, installée dans le sens de la marche. Comme venue faire son droit dans un roman du 19ème, sauf que là elle fait sa vie. Elle découvre et apprend, surtout des gens, et d’une grande figure, celle d’une Elia. Paris l’a prend, lui chuchote des trucs, qu’elle note. Et se renseignant sur les choses, qu’elle ne connait pas encore, elle s’apprend toute seule et sur elle. Elle grandit vite et se réinvente, se métamorphose.

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Chroniques d’une station service / Alexandre Labruffe 

Il faut en prendre quand on en a besoin de ces petites miettes d’histoires qui se suivent et s’assemblent. Pas des ragots, pas des rêves, pas des apparitions mais un peu de tout ça. Quelque chose de mieux que l’ennui. Ça se lit à la vitesse que l’essence coûte chère. 

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Occident / Simon Liberati 

Lent ? Oui un peu, en revanche c’est une douce lenteur, pas loin de la langueur. Des questions ? Oui plein. Être un homme et s’interroger sur ses sentiments. Sur la paternité. Sur le désir et toutes ses formes. Un livre à l’os, intime, pas impudique, un roman comme Simon Liberati sait en faire. C’est un vrai raconteur. Il dit, il peint ? Oui peut être, jamais dans l’estompe.  

 

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Sérotonine / Michel Houellebecq 

Houellebecq ? Usé ? Houellebecq ? Réac ? Je n’en sais rien, moi je lis les livres de l’écrivain. Et Sérotonine est un très bon tonneau. 4 ans après Soumission et le gros bordel. Sérotonine est un diagnostic, un constat. Houellebecq, écrivain des échecs, magnifieur de ratés, sculpteurs de défauts, prêtre des défaites, n’a rien perdu. Il sait. Je me souviens de lui, pendant la campagne de 2017, venu avouer qu’il ne comprenait pas la société et que c’était grave pour un écrivain. Eh bien il a démontré qu’il avait passé du temps à sentir les gens. 

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77 / Marin Fouqué 

77. 77 c’est le territoire. 77 c’est peut-être le roman le plus ambitieux de l’année au niveau de la langue. Un vrai roman du style, mais pas seulement, parce qu’il a une histoire dans le bide, ce bijou beau. Des trucs à dire des mots comme ça, qui se déploient, un flow, un vrai. 

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Onanisme / Justine Bo

La force d’un roman comme Onanisme, c’est sa capacité à devenir un état. Un état mental et physique. Justine Bo règle notre atmosphère au burin de son stylo. L’air devient moite. Quelque chose de poisseux vous attrape. C’est dans l’air et au plus près du corps. Quelque chose chose du temps, aussi. 

Est-ce la moiteur de l’été ? Celle de la friture du mcdo du kilomètre cinquante trois de la départementale neuf cent quatorze ? Celle de la bière qui colle encore en ce lendemain de sacre de l’équipe de France de football ? Ou alors est-ce la moiteur de la mort ? Celle des doigts qui touche les parois du bunker, ou la gâchette d’un revolver ?

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Cavale ça veut dire s’échapper / Cali 

Cali a fait un beau roman de son adolescence à Vernet. Il y développe, plus encore que dans ses chansons, ses souvenirs. Ils ont le goût et la beauté de tout ce qui ne reviendra plus. Avec une force de prose assez rare, il conte ses aventures de jeune apprenti punk, à l’ombre des ruelles rassurantes de sa ville. Compagnons de blagues et de musique à l’abordage des amoureuses dans la cour du lycée. Le cœur qui bat très vite. Les heures à pleurer dans une chambre. C’est un roman d’une poésie pure sur toutes ses pages.

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Par les routes / Sylvain Prudhomme 

La route, c’est aussi la diversité des chemins, qui sont autant de possibles. Par les routes est un roman qui compte les chemins qu’on peut emprunter et qui prend les autres. Ceux de la vie amitié forte, tendresse cheveux en bataille, aimer tout le temps, aimer plusieurs fois. De l’auto-stop, de bagnoles sur rencontres, Par les routes, c’est un changement d’air définitif.


Exposition // Se balader et regarder les gens être émus, interpellés, choqués. C’est vivant.

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Francis Bacon en toutes lettres / Beaubourg 

Je ne vais en citer qu’une mais je n’aurai pas pu ne pas la mettre, celle-là. C’est le peintre qui m’a donné le goût de la peinture moderne. J’ai été fasciné très tôt par les déformations qui font en fait des visions mieux de Bacon. J’étais impressionné à Pompidou, de voir ces œuvres pour de vrai, ça vous fait ça parfois ?  Des corps qui fondent, des proportions décomposées, qui font voir mieux la vérité. J’en dirai plus bientôt. Et sur De Vinci ? Oui, il faut aller à l’exposition De Vinci.


Festival // Beaucoup d’événements cette année mais c’était beau comme le printemps, c’était la jeune scène, c’était la tête dans le bain 

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Le Printemps de Bourges / Bourges 


Cette année a été la plus intense de ma vie. Culturellement et pour tout le reste. Je crois que j’ai dit ça l’année dernière. J’espère que je le redirai l’année prochaine. Merci pour la chance de faire, dire, voir, écouter, etc, tout ça. C’est beau. 

Arthur 

 

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