Triple émoticône cœur – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Il fait froid. C’est pas moi qui vous le dit. C’est un homme que j’ai croisé dans un couloir souterrain, il y a quelque minutes. Étrange remarque mais les gens sont comme ça ici. Je continue ma route, et je me faufile dans le RER alors que les portes se referment déjà.

La rame est presque vide. Il y a un enfant qui pleure et sa mère qui tente de le rassurer. Je m’assois et regarde un peu tout ce monde qui m’entoure. 

Les gens sont beaux. Les gens sont doux. Les gens ont des cernes qui débordent de fatigue. Mais c’est bientôt Noël.

Il y a un jeune homme en face de moi, debout collé à la rampe centrale. Il tient des tonnes de sacs remplis de cadeaux plus ou moins emballés. C’est touchant.

Il porte une casquette bleue. Je distingue mal son visage, qui retombe sans cesse sur son écran de téléphone. Il sourit environ toutes les deux minutes, il semble impatient. Peut-être un amour un peu trop fort, ou une amitié qui dure depuis des années. Peut-être un “Pense à prendre du pain ce soir.”, ou un “Demain, 18h, dans un café Place d’Italie ?”. Peut-être simplement le sourire d’une passante quelques minutes plus tôt.

En tout cas, c’est Noël. J’ai de la neige dans les yeux et les rires dans la rame se sont cristallisés. Le jeune homme n’a pas quitté son téléphone des yeux. Il semble concentré à réussir sa deuxième vie. Celle avec wifi et triple émoticône cœur. Smiley qui pleure. Et rien autour. La vraie vie, ce sera pour plus tard. Celle avec les gens qu’on aime, un sapin et les fameux cadeaux en dessous.

Tout le monde semble seul dans cette rame, à part la mère et l’enfant qui ne pleure plus. Certains s’envoient peut-être des messages à distance, sans savoir qu’ils font partie de la même masse de gens dans ce même métro. Un petit monde où l’on ne recroise jamais personne. Surtout quand on a les yeux perdus dans son téléphone.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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