La foule – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Foulard vert qui détonne de tout le reste. Sombre, fade, presque délavé.

La rame est bondée. Les gens collés les uns aux autres, qui s’écrasent. Qui se broient. Qui se brisent.

Des joues contre des vitres.
Des sacs contre des corps.
Des croche pieds et des garçons un peu trop collés aux filles parfois.

Certains la regardent mal, cette femme au foulard vert. Je n’ose pas trop la regarder. J’ai peur qu’elle se sente différente, observée. Alors je regarde ceux qui la regardent. Des hommes âgés, vestes noires, visages aigris. Sûrement une vie de frustrés. Qui sentent la transpiration et l’ignorance.

Pourquoi il faut toujours qu’il y ait des gens qui jugent. Des gens qui ont peur. Pourquoi c’est toujours les mêmes histoires.

Un regard sur un bout de tissu.

Et tout s’écroule. Et les grands cons finissent par gagner.

Elle se fait toute petite, la femme au foulard vert. La femme tout court d’ailleurs. Forte j’espère. Belle. La seule que je retiens de cette foule, de ces vagues brunes et amères.

J’y respire mal. Sous mes pieds, des algues qui tentent de m’attirer vers le son. Je bois la tasse. La femme au foulard vert aussi. Nos deux mains qui se serrent. Le menton vers le ciel. Il faut que l’on respire.

Sortons d’ici. Sortons de cette houle. Un pied en dehors du métro. De l’air qui emplit nos poumons. Maintenant il faut marcher, éviter les courants d’air, trouver la sortie.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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