Dernier mots sur l’affaire Griveaux – Edito

Aujourd’hui, c’est la bataille d’Hernani. C’est le choc éternel des anciens et des modernes. Imagine-t-on le général de Gaulle envoyer des nudes ? Non. Mais c’était un autre temps. Aujourd’hui, les gens s’envoient des nudes. C’est comme ça. La diffusion d’images à caractère sexuel n’est pas un argument politique. 

Qui est-il ? 

Benjamin Griveaux est un fidèle de la première heure d’Emmanuel Macron. Il a participé à la fondation d’En Marche. Porte parole du mouvement, puis du gouvernement. Il a laissé ses postes pour se porter candidat à la mairie de Paris, qui auront lieu en mars. 

Depuis le début de la campagne, il s’est fait remarquer souvent. Rarement pour de bonnes raisons. Il traitait par exemples ses adversaires d’abrutis, dès le début. Il paie très cher son arrogance. 

Depuis le début de sa campagne, Benjamin Griveaux a eu des idées. Il proposait par exemple de déplacer la gare de l’Est pour créer un central park parisien. Il imaginait aussi l’instauration de managers de rues ou un apport de la ville de 100 000 € pour les parisiens souhaitant acheter un premier appartement. Il a beaucoup été raillé pour ses propositions.

Saint Valentin 2020 (14/02/2020)

Aujourd’hui on apprends la taille du sexe de Benjamin Griveaux. Aujourd’hui on apprends aussi également sa démission dans la campagne à la mairie de Paris, lui qui était le candidat “En Marche” en vue des élections de Mai.

En effet et dans les faits, Benjamin Griveaux a envoyé en 2018 des vidéos de lui, ou plutôt de son sexe et de sa main, à une personne sur messenger. 

Et Jeudi soir (13/02/20), on découvre sur les réseaux sociaux ces vidéos privées.  

Dans la foulée, le lendemain matin, Benjamin Griveaux se retire de la course à la mairie de Paris et déclare : 

« Je ne souhaite pas nous exposer davantage, ma famille et moi, quand tous les coups sont désormais permis, cela va trop loin. C’est pourquoi j’ai décidé de retirer ma candidature à l’élection municipale parisienne. Cette décision me coûte, mais mes priorités sont claires, c’est d’abord ma famille »

On peut donc lire, au matin du 14/02/2020, sur les réseaux sociaux une vague d’indignation face au sexe de Monsieur Griveaux. 

Ce n’est pas tout. 

On peut également lire chez Le Point, dans un article intitulé : Michèle Cotta : « Griveaux, le dégoût, l’écœurement et la colère », que les agissements de Benji constituent : “Pas seulement une offense, mais une insulte collective”, à “ceux qui qui s’apprêtaient à voter pour lui”.

Il est comparé à “Dominique Strauss-Kahn”, dans une indécence que j’espère liée aux 82 ans de Michèle Cotta, la rédactrice du papier. Ce qui témoigne encore une fois d’un choc des générations. Mais quand on ne comprend plus le monde, pourquoi s’obstiner à vouloir le commenter ?

On parle de manque de morale, Griveaux n’aurait “aucune excuse”. 

Mais une excuse pour quoi ? 

Une personnalité politique est une personne avant tout. Une personne qui a des droits et des devoirs qui sont, devinez quoi, les mêmes que ceux des autres êtres humains de ce pays. 

Benjamin Griveaux, sur ce coup là, n’a rien à se reprocher. Il n’a de compte à rendre à personne. 

Benji a une vie politique, discutable et contestable car elle implique des enjeux publics, car elle a une résonance collective.

Benji a également une vie privée. Et ici c’est de ça qu’il s’agit. 

Benji a une bite et Benji se masturbe.

Benji veut se sentir désiré dans l’oeil de la femme a laquelle il envoie cette vidéo. Et tout ça, dans le domaine du privé. 

Benjamin Griveaux est une victime (aujourd’hui) car on a dévoilé des nudes de lui sur internet. 

Aujourd’hui on attaque un homme sur sa vie privée, un homme dans son droit qui ne viole ici aucune loi de l’état français. 

Nous vivons dans une ère où une des reproches principales faites aux politiques est d’être déconnectés de la réalité, de vivre dans un monde lointain du nôtre et de ne pas se rendre compte de la réalité du peuple. 

Dans cette ère, il est hypocrite et incorrect de reprocher quoi que ce soit aujourd’hui à Benjamin Griveaux si l’on se tait à l’annonce d’une énième fraude fiscale, ou d’un énième emploi fictif chez un autre. 

Certaines choses sont illégales, d’autres pas. 

Nous qui voulons un monde plus homogène. Nous qui voulons être représenté par des gens qui nous comprennent et nous ressemblent.

Considérons les hommes politiques comme ce qu’ils sont vraiment, de simples humains.  Pas plus intelligents que vous et moi, pas moins non plus. De simples humains, un simple mari infidèle, une simple victime de revenge porn. Benjamin Griveaux, sur ce coup, ne doit d’excuse qu’à ses proches, n’est coupable que d’adultère, et ce, dans une sphère privée.  

Benjamin Griveaux est le premier à tomber pour ce genre de séquence et on peut espérer qu’il soit le dernier. Bientôt, cela sera normalisé. Il essuie l’âpreté d’être le premier. 

On ne combat un adversaire politique qu’avec des idées. Les coupables sont les diffuseurs, qui font honte à l’idée que nous nous faisons de la politique, dans un pays comme la France.  

Cette séquence témoigne du tabou immense qui subsiste quant au sujet du sexe dans la société. Et d’un fossé profond, et sans doute impossible à combler entre les générations. 


Arthur Guillaumot / Diego Zébina

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