Le bal d’été – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Des traits. Des marques. Des creux.
Toute une vie qui passe dans ses yeux.

Et il nous regarde. Tous.
Ces générations qu’il ne comprend parfois pas. Ces gens qui ont encore tout devant eux.

« Profitez. Profitez de ces jours de soleil et de ces soirs de pluie. Profitez des verres en terrasse, des bisous de vos enfants, des caresses de vos amants. Le temps passe vite. On se dit que l’on aura le temps de lire tous les livres, de voir tous les endroits du monde. Pourtant, on a pas le temps. Personne n’a le temps. Vous courez dans les correspondances entre le RER B et la ligne 6. Vous courez dans la rue. Vous courez dans la vie, à celui qui aura la plus belle femme, le poste le mieux payé, la photo la plus aimée sur Instagram. Profitez mes enfants, des vraies choses de la vie. Regardez par la fenêtre quand vous vous levez le matin. Regardez la personne à côté de vous quand vous vous couchez le soir. Contentez-vous du vent dans vos cheveux et du bruit rassurant de la bouilloire des lundis matin. »

Il y avait tout ça dans son regard. Surtout lorsqu’il l’a posé dans le mien. J’ai senti toute cette peine, d’un coup. Mon cœur s’est arrêté quelques secondes. Il avait l’air perdu. Comme s’il ne savait plus où il était. Qui étaient ces gens autour de lui qui parlaient fort. Quelqu’un d’une autre époque, vêtu d’un grand manteau noir froissé. Mais ça l’importait peu.

Je le trouvais élégant. Il avait l’air d’avoir choisi soigneusement des vêtements, un à un. De s’être brossé les quelques cheveux qui lui restaient, un à un aussi. Et d’être sorti pour aller danser. Avec qui ? Où ça ?

J’étais curieuse. J’aime m’imaginer où vont les gens. Flâner sur les quais peut-être, ou profiter du chant des oiseaux dans les parcs.

Vivement le printemps. Et vous monsieur, j’espère que vous avez bien dansé.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

Laisser un commentaire