Periods : « Ce qui est excitant, c’est d’imaginer où on va emmener le projet. » / Interview

Elles sont trois, armées d’un premier ep, lancé en septembre, vocoder 3000. 40 dates après les débuts de l’aventure et un changement dans la composition du groupe. Enverses et contre tous, à la recherche sous les averses, enchaînant les dates, les Periods en ont dans le bide, démontent et remontent, mettant des sons sur des gestes, et l’inverse. La bande son c’est une synth-punk colorée comme rarement. Culottées dans leurs chansons, musiciennes, à la ville comme à la scène, repérées dans toutes les bonnes sélections, rencontre avec avec le futur de la scène fr. 

Qu’est ce que vous apprenez avec la scène ? 

Dana : On se rend compte qu’on aime bien ça. On a envie de jouer encore plus. Là ça a été assez vite. Ça fait donc un an qu’on fait des concerts, ce qui est cool, c’est qu’on joue dans des lieux très différents, des bars, dans des petits clubs, ou dans des salles comme la Gaieté Lyrique, en janvier, ou l’Antipode qui est une MJC. Là on va jouer à La Maroquinerie. On joue dans de meilleures conditions, tout en conservant des dates dans des lieux plus “petits”. C’est vraiment cool.

Ça, pour les musiciennes que vous êtes, c’est important, d’aller jouer, plutôt que de passer du temps à enchaîner les projets ? 

Irène : Déjà, ça nourrit. 

Dana : Moi je sais que je préfère la scène. Même si j’aime aussi composer et enregistrer, mon plaisir c’est d’être sur scène

Paola : Pareil, les concerts. 

Avec le temps, vous avez acquis des réflexes, des trucs ? 

Dana : Carrément. Au début on comprenait rien. 

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De droite à gauche; Dana, Paola et Irène Photo : Pauline Gauer

Qu’est ce que vous essayez de retrouver pour la première fois, avec la scène justement ?

Paola : Le contact avec le public. On veut montrer ce qu’on fait. 

Irène : Ce truc qui fait que c’est pas artificiel.

Dana : La réaction des gens. Tu vois à Rennes, pour la première fois, il y avait des gens dans le public qui connaissaient les paroles. Il y avait des meufs qui dansaient devant, qui jouaient avec leur soutif. Ça c’est trop trop cool. 

Vous avez des repères sur scène ? Genre un regard dans le public ? 

Paola : Moi généralement je regarde les gens dans le public, les réactions. J’aime bien voir ce qu’il se passe. 

Et c’est pas déstabilisant ? 

Paola : Nan. C’est déjà la panique dans ma tête, même si ça se voit pas physiquement. Donc voir la réaction des gens, ça me rassure. 

Avec Periods, sur scène, il y a de l’incarnation en plus de la musique, il se passe quelque chose de fort, par exemple, vous êtes en soutien-gorge sur scène. 

Paola : La première fois qu’on s’est mises en soutif sur scène, on s’est déshabillées devant les gens. C’était pas la même chose. Maintenant on arrive en soutif, on reste après le soutif en concert, c’est cool, c’est naturel. 

Dana : Comme on amène le truc de façon naturel, en arrivant comme ça, tout se passe bien. Il y a même presque jamais de réflexions sexistes. 

“On est musiciennes, on fait de la musique. Oui on est des femmes et il manque des femmes dans la musique, mais on n’est pas que ça.”

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Vous, vous avez l’impression que l’environnement vous est plus favorable sur la jeune scène musicale française ? 

Dana : Les choses commencent à s’améliorer, il y a plus de femmes dans la musique. Mais il en manque encore beaucoup. À chaque fois qu’on fait des balances, on est entourées de techniciens qui sont des hommes. Il faut encore plus d’épaule. C’est comme dans la vie. Quand t’es une meuf tu dois t’imposer plus.

Parfois, on est réduites au fait qu’on soit des femmes. Ça nous gène pas d’en parler, mais ça arrive qu’on nous réduise, dans les interviews et dans les papiers, au fait qu’on soit des femmes. On a parfois envie de dire aux gens “On est musiciennes, on fait de la musique. Oui on est des femmes et il manque des femmes dans la musique, mais nous, on n’est pas que ça.” Ça c’est encore très présent. Mais sans doute que pour faire évoluer les choses, il faut en parler. 

Irène : Peut-être que l’étape d’après, c’est que quand des filles sont sur scène, on ne se dise plus que c’est des filles. Que ça devienne neutre. Là ça progresse, mais on a encore beaucoup de commentaires sur le fait qu’on ne soit que des filles, on ressent que ça reste différent. Alors que ça devrait juste être normal. 

« Pour beaucoup de groupes, c’est nuancé, mais nous, notre musique, j’ai vraiment l’impression qu’il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas. »

Comment les gens réagissent à votre musique ? 

Dana : Avec les dates qu’on a enchainé en janvier, j’ai cette impression que dans notre musique, il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas. C’est vraiment deux groupes scindés. Alors que pour plein de groupes c’est plus nuancés. Le fait qu’on s’en foute, qu’on soit très libres dans nos paroles, bah même si les gens ont envie qu’il y ait plus de femmes, je pense que ça dérange quand même. 

Comment est-ce que vous travaillez ? Est-ce que c’est pas compliqué à trois de prendre des décisions ? 

Dana : Souvent, l’une de nous amène une idée, qu’on travaille ensemble. 

Paola : Là, on a fait notre premier morceau avec Irène. Donc Dana est arrivée avec une mélodie qu’elle avait composée depuis un moment déjà. Et puis on teste des choses. On fait les choses au feeling. 

Dana : C’est vraiment un travail à trois. 

Et pour l’écriture ? 

Dana : Ça par contre c’est moi. 

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Qu’est ce que vous trouvez transgressif ? 

Dana et Paola : Irène vas-y. 

Irène : Ah ouais d’accord, c’est de la philo donc c’est moi ? 

Il y a beaucoup de musiciens qui sortent un truc qui est d’abord incompris, et 10 ans plus tard ils sont reconnus. Ceux qui gardent leur fibre à eux malgré les réactions, je trouve qu’ils sont transgressifs. Rester authentique. Si tu portes vraiment ton projet, même s’il est mal vu, ça paiera plus que d’aller suivre des tendances. 

« Ce qui est excitant, c’est d’imaginer où on va emmener le projet. »

Vous avez beaucoup douté ? 

Dana : C’est vrai qu’on doute beaucoup. Les moments de doute permettent d’avancer. Le groupe a beaucoup évolué. Au début on réfléchissait pas. On pensait pas faire autant de dates. Ce qui est excitant, c’est d’imaginer où on va emmener le projet. Même s’il y a des doutes il faut continuer. 

Qu’est ce que ça vous évoque la Première Pluie ? 

Dana : Ça m’évoque un nouveau morceau qu’on vient de composer, où je dis plusieurs fois le mot pluie. On va le jouer pour la première fois et l’enregistrer bientôt.

Irène : Moi ça m’évoque un haïku. Les petits poèmes japonais. 

Paola : Moi j’ai pensé au mois de Mars.


Interview : Arthur Guillaumot / Photos : Pauline Gauer

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