Kehinde Wiley, le peintre des invisibles

2020, et une envie de nouer des collaborations de long terme avec des équipes indépendantes, jeunes et passionnées par la culture sous toutes ses formes. Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration journalistique entre Première Pluie et Samouraï Coop, une société de production coopérative innovante et décentralisée que j’ai intégré en février dernier. Elle rassemble des profils variés et complémentaires autour de la réalisation de contenus audiovisuels, de médias innovants, et de créations originales. Chaque semaine, je publierai un article culturel spécial, à retrouver sur Samouraï News et sur Première Pluie.


C’est en 1977 à New York que naît Kehinde Wiley, un peintre reconnu pour ses portraits contemporains originaux. Le plus célèbre : le portrait officiel de Barack Obama, en 2018.

A l’époque, Barack Obama souhaite dépoussiérer et moderniser l’image du Président américain, en faisant appel à un peintre d’origine américano-nigériane et ouvertement gay. De plus, son style qui change de l’ordinaire ne laisse pas le Président indifférent.

« Il aime élever les gens ordinaires à travers sa peinture. Son premier instinct pour mon tableau a été le même, me mettre dans ces paysages, avec un sceptre, un trône, sur un cheval… J’ai dû lui expliquer que j’avais assez de problèmes politiques comme ça sans qu’il me fasse ressembler à Napoléon » – Barack Obama.

A travers ses œuvres à grande échelle et dans un style photoréaliste, Kehinde Wiley met en valeur des hommes et des femmes de communautés marginalisées. Positions héroïques, sceptres et trônes, il use du style Rococo en s’inspirant de tableaux des années 1700 et 1800 et des peintres classiques. Son obsession : les enjeux de pouvoir, le luxe et la grandiloquence des symboles de la domination masculine orientale.

“Ce qui m’inspire généralement, ce sont les peintures européennes classiques de la noblesse, de la royauté et de l’aristocratie. Mon but était de pouvoir peindre de manière illusoire et de maîtriser les aspects techniques, mais ensuite de pouvoir fertiliser cela avec de grandes idées. J’ai été formé pour peindre le corps en copiant les peintures des anciens maîtres, donc d’une manière étrange, c’est un retour à la façon dont j’ai gagné mes galons – en passant beaucoup de temps dans les musées et en regardant la peau blanche.” – Kehinde Wiley

Car oui, ce qu’il ressent depuis toujours, c’est que l’Histoire de l’Art a été écrite par des hommes blancs, pour des hommes blancs. Cela condamne alors les personnes de couleur aux rôles d’esclave exotique, de maure ou de servante mulâtresse. Tout de suite, il en fait son engagement premier : représenter cette communauté dans l’art moderne.

“Ce qu’il y a de plus toxique, c’est qu’à cet âge-là on ne s’insurge pas contre l’absence de corps noirs dans les tableaux, ça paraît presque normal. Je suis allé au Los Angeles County Museum of Art quand j’étais enfant. […] J’ai pensé à l’absence d’images noires dans ce musée. Il y avait quelque chose d’absolument héroïque et de fascinant dans le fait de pouvoir ressentir une certaine relation avec l’institution et le fait que ces gens me ressemblent à un certain point. Je pense qu’il est important de se déstabiliser, et je le fais parce que je veux voir des gens qui me ressemblent.” – Kehinde Wiley

Kehinde Wiley veut créer des collisions entre Histoire de l’Art et culture de la rue, en abordant les sujets de l’identité raciale et sexuelle. L’artiste présente ces “invisibles” la plupart du temps exclus de ces représentations du pouvoir, comme des héros.

“Je trouve tous mes modèles dans les rues de New York. J’ai une équipe de tournage avec moi, des exemples de mon travail et généralement une jolie femme avec moi parce qu’il y a quelque chose de homoérotique dans toute cette interaction. Moi, en tant qu’homme, je parle à un autre homme et je prédispose à l’échange ou au désir d’une certaine beauté.” – Kehinde Wiley

La beauté. L’esthétique. Ce sont des mots qui comptent aussi pour l’artiste, véritable poète visuel. Ce qui le démarque des autres, ce sont ces fonds de couleurs complexes qui contrastent avec le personnage. Des inspirations d’architectures islamiques et de design de textiles africains qui attirent nos yeux sur ces fresques lumineuses. Un véritable bijou grandeur nature.

Ses oeuvres sont à retrouver ici : http://kehindewiley.com/


Pauline Gauer

Laisser un commentaire