Les gens qui gueulent – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Du bruit partout, dans tous les sens.
Les gens parlent. Les gens crient. Les gens gueulent.
Les gens transpirent les brunchs et la poussière de la rue.

Au milieu des vagues, deux visages qui se regardent. Pas un bruit. Pas un mouvement ne se fait sentir sur ces deux petites silhouettes, assises côte à côte.

C’est une maman et sa fille. La gamine porte une doudoune rose légèrement délavée, avec une tache sur le côté droit. Ses yeux se ferment tous les deux minutes environ, avant de se rouvrir dans cet endroit qui semble nouveau, sauvage, déstabilisant.

Mais il y a maman. Et quand il y a maman, tout semble toujours aller bien. Maman est belle. Elle porte une longue robe noire qui revêt l’entièreté de son corps. Par dessus, une écharpe de la même couleur que ma veste. Rose poudré pour les débuts de printemps.

Sur sa tête s’est posé comme un voile sombre aux minuscules strass perlés. Ils semblent avoir été posés un par un sur le bout de tissu. Une nuit étoilée, comme nos étés sur la plage.

Il paraît que tu fais peur aux gens, maman, avec ton voile sur les cheveux. Je vois ça comme une cape de super héroïne, qui fait fuir les méchants. Au milieu de ce wagon rempli de gens qui parlent forts, qui ouvrent grand leur bouche pleine de dents pour rire de ton tissu sur la tête.

Tu es forte, maman. Plus forte que tous ces gens qui gueulent parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire.

Deux regards complices, qui veulent dire “Je suis là. On rentre bientôt.” Je crois que ça rassure. Je crois que ça rappelle le goût des pains au lait / chocolat noir le vendredi après l’école.

Le train arrive à Châtelet. Les gens qui gueulent se ruent tous en même temps vers les portes automatiques qui peinent à s’ouvrir. Ils se poussent. Ils se broient. Les gens qui gueulent, gueulent, et les deux silhouettes restent assises, soudain seules, dans le fond du RER.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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