COVID-19 : Témoignages à l’international de la jeune génération

2020, et une envie de nouer des collaborations de long terme avec des équipes indépendantes, jeunes et passionnées par la culture sous toutes ses formes. Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration journalistique entre Première Pluie et Samouraï Coop, une société de production coopérative innovante et décentralisée que j’ai intégré en février dernier. Elle rassemble des profils variés et complémentaires autour de la réalisation de contenus audiovisuels, de médias innovants, et de créations originales. Chaque semaine, je publierai un article culturel spécial, à retrouver sur Samouraï News et sur Première Pluie.


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Triste situation, et triste bilan. Aujourd’hui, 20 mars 2020, et depuis le 24 janvier, la France compte 10 995 cas confirmés de COVID-19 et 372 décès dus à l’épidémie. Des chiffres catastrophiques qui sont tout aussi impressionnants dans les autres pays d’Europe et du monde. A commencer par l’Italie, dont le nombre de décès (3405) dépasse celui de la Chine (3245).

Le 16 mars dernier, le Président de la République Française Emmanuel Macron a annoncé dans une déclaration officielle que de sérieuses mesures allaient être prises pour lutter contre la propagation du virus. En effet, depuis le 17 mars, un dispositif de confinement est mis en place sur l’ensemble du territoire français, pour une durée de 15 jours renouvelable. Les déplacements non nécessaires sont interdits, les établissements scolaires, lieux de restauration et culturels sont fermés et de nombreuses entreprises placent leurs employés en télétravail. Toute infraction quant aux règles de confinement sont sanctionnées d’une amende de 135 euros par les patrouilles de police qui surveillent les rues.

Et tout cela entraîne des craintes, des psychoses, des mouvements de foule et de la détresse chez les populations. Chômage technique, licenciement des employés dans la restauration, certains étant étudiants en parallèle. Les retombées économiques sont immenses : les bourses mondiales chutent un peu plus chaque jour, les compagnies aériennes et de tourisme risquent la faillite, et c’est la mondialisation qui en prend un coup.

“Tous les secteurs, toutes les entreprises, tous les pays, tous les marchés, tous les produits financiers, toutes les matières premières sont contaminés simultanément. Rien ne résiste au virus.” – Paris Match

Le monde est bloqué, figé. Les routes et les rues sont vides. Plus personne ne circule, du moins pour la majorité. Et tout le monde se demande ce qu’il va se passer.

Alors, j’ai eu envie d’en savoir plus sur ce qu’il se passe aux quatre coins du monde. Les chiffres dans les journaux, je les ai vus. Les propos à la télévision, je les ai entendus. Mais ce que je voulais savoir, c’était le ressenti de ces gens, surtout des jeunes générations, partout dans le monde. Un point de vue subjectif sur la situation, sur les décisions des gouvernements et sur le ressenti des populations.

J’ai contacté des amis rencontrés en année d’échange, ou lors de mes voyages, et j’ai décidé de vous partager leurs témoignages, par continent pour que ce soit plus clair. Ce sont leurs pensées et leurs craintes, dans des petits paragraphes. De vrais propos sur la réalité des choses, du point de vue des nouvelles générations.

Merci à Pavel, Ivan, Maggie, Alex, Ivana, Lahcen, Zaid, Katie, Theodora, Anya, Fridrik, Jasmine, Kate, Tim, Meric, Elerin, Oriane, Nanna, Eraste, Ana, Kathrin, Isa, Kara et Ilann.


EUROPE

Ivan – Italie

“Je me sens comme dans un monde parallèle. Par exemple, aujourd’hui, je suis allé à l’hôpital pour acheter des médicaments et tout est si silencieux. J’ai arrêté de marcher pendant un certain temps et je regardais ce qui se passait autour de moi et je ne voyais que quelques voitures et des gens qui marchaient tout droit avec des masques. Mon pays, connu pour être un pays drôle et amical, lutte contre le virus avec toutes les mesures possibles, mais nous avons aussi des moments très drôles. Par exemple à Florence, à 18 heures tous les jours, les gens commencent à jouer de la musique avec des haut-parleurs du balcon pour positiver la situation. Dans le nord de l’Italie, il y a plus d’hôpitaux et de meilleures installations que dans le sud. Le problème est que l’infection ne se répand pas de la même manière dans toute l’Italie. La zone la plus dangereuse se trouve dans le nord, plus précisément dans la région appelée Lombardie. Là-bas, bien que les hôpitaux soient assez bons, il ne reste pas beaucoup de places, alors nous avons commencé à déplacer les personnes infectées vers le sud. Aucun État au monde n’a de “lit en thérapie intensive” pour chaque citoyen parce que c’est inutile, donc la situation est vraiment stressante.”

Isa – Espagne

“En Espagne, les gens ne prenaient pas du tout la situation au sérieux et ils en riaient, certains le font encore. Le gouvernement a donc pris des mesures très strictes. Je vis à Malaga, qui est la deuxième ville la plus touchée après Madrid, du moins pour l’instant, nous verrons comment cela se passe. Les gens ici ont surtout peur. Les rues sont vides, il n’y a que des voitures de police qui patrouillent dans la ville et qui donnent des amendes aux quelques personnes qui décident de sortir. Le gouvernement a mise en place autre chose il y a quelques jours : si vous devez sortir, vous devez être seul. Si vous sortez avec quelqu’un, cela peut vous coûter entre 600 et 1000 euros. Pour ma part, je me sens bien, j’aimerais sortir bien sûr, mais j’essaie de ne pas y penser. C’est mon 9ème jour à la maison et je sais qu’il y en a encore beaucoup d’autres à venir, alors c’est comme ça. De toute façon, j’ai une terrasse et je peux profiter du soleil, donc ce n’est pas si mal. Quand je pense aux gens de mon quartier qui ont ces petites maisons sans balcon, je me rends compte de la chance que j’ai. Cela va être difficile, mais nous devons garder à l’esprit que nous devons rester chez nous, en sécurité. Il y a eu des émeutes à côté de chez moi. C’est un quartier très pauvre et cela me rend triste qu’ils doivent rester enfermés dans ces maisons.”

Ilann – Portugal

“Au portugal, le gouvernement a réagi assez vite je trouve, même si pour le peuple c’est loin d’être suffisant. Je vis dans une région très industrialisés Leiria, au centre du portugal. Dès les premiers cas signalés, la ville est devenu déserte, les écoles ont fermé, l’état verse environ 65% du salaire à un membre du couple pour garder les enfants. On nous recommandait de ne pas sortir sauf en extrême nécessité etc. C’était les premières grosses mesures. Les gens qui le pouvait restaient chez eux, et très vite la plupart des commerces ont fermés. Malgré tout, le virus a continué sa propagation et mercredi dernier (18 mars) le président a déclaré l’état d’urgence. Ce n’était pas arrivé depuis la révolution du 25 avril 1974. Autour de moi, les gens n’ont pas confiance en ce qui concerne les structures hospitalières du pays. Ils ont peur d’une nouvelle crise économique, ils ont même peur pour la démocratie du pays. Nous n’avons pas d’interdiction formelle de rester chez nous, mais vu que toutes les structures et les commerces ont fermé, ici à Leiria, on est quasiment à l’arrêt total. Seuls les usines et les commerces de nécessité sont ouverts. Personnellement, j’attend que la situation passe, en évitant les risques inutiles. Et j’espère que économiquement parlant le Portugal s’en sortira.”

Jasmine – Angleterre

“En ce qui concerne la situation actuelle autour du coronavirus, être étudiante en dernière année d’université est étrange. Pour la plupart d’entre nous, nous nous sommes sentis perdus, car nous avons l’impression que notre expérience universitaire est soudainement terminée. Nous nous sentons volés, comme si notre temps avait été écourté, que nous n’avons pas fait les adieux que nous voulions et que nous sommes partis sans savoir ce qui allait suivre. C’est de plus en plus stressant, car nous n’avons pas non plus été informés si nos devoirs, projets et examens sont toujours en cours, si bien que nous sommes tous dans un étrange état de flou avec l’université en ce moment. Le stress est d’autant plus grand que le gouvernement britannique n’a pas pris de mesures, surtout pour les étudiants universitaires comme moi. Aujourd’hui, les transports publics à Londres commencent à être retardés, et il semble que cela va bientôt s’étendre à d’autres régions du Royaume-Uni. Pour les étudiants, c’est particulièrement inquiétant car la plupart d’entre nous ne possèdent pas leur propre véhicule et c’est notre seul moyen de transport. En outre, le gouvernement et les entreprises ne soutiennent pas les travailleurs de la restauration, ce qui est le cas pour la majorité des étudiants universitaires, car la plupart d’entre nous est maintenant sans salaire et certains n’ont pas non plus de sécurité d’emploi. C’est une période déconcertante pour tout le monde au Royaume-Uni, mais nous, les étudiants de dernière année, sommes particulièrement stressés car nous n’avons aucune idée de ce qui va se passer ensuite.”

Alex – Pays de Galles

“Honnêtement, tout cela est vraiment horrible, et cela ne pouvait pas arriver à un pire moment pour moi, un mois avant mon dernier examen universitaire. Mais maintenant, cet examen final va être en ligne avec le reste de mes cours ce trimestre. Ce qui n’est vraiment pas idéal, et il n’est pas possible de recevoir le même soutien que si je recevais un enseignement en classe. Les réunions avec mon directeur de thèse doivent désormais se faire par Skype, et il n’est plus possible d’avoir une véritable conversation où les professeurs voient réellement mon avancement. Je ne pense vraiment pas que le soutien que nous obtiendrons en ligne soit aussi efficace qu’en personne. C’est pourquoi je suis vraiment ennuyé et cela me cause beaucoup de stress. Un stress qui vient s’ajouter à celui que je ressens déjà à propos de la situation actuelle dans le monde et de la sécurité et de la santé des membres de ma famille (surtout ceux qui sont à risque). Et pour moi, quelqu’un qui vit seul, l’isolement me rend vraiment solitaire. Heureusement, j’ai Ana, ma copine au Brésil que je peux appeler à tout moment et à qui je peux parler. Il y a tellement d’incertitude quant à l’avenir et au moment où tout cela va se dissiper. Je vois encore des tas de gens à ma fenêtre comme s’il ne se passait rien, alors que je me sens vraiment mal à l’aise quand je sors et que je fais très attention à ce que je touche. Et le fait que notre université n’ait décidé de rien faire jusqu’à hier, alors que partout ailleurs, des endroits étaient fermés, m’a vraiment mis mal à l’aise car je ne voulais pas manquer les cours mais je ne voulais pas augmenter mes chances de contracter le virus et de le transmettre à quelqu’un qui est en danger. Je ne me sens pas non plus à l’aise d’aller travailler parce que si le risque d’attraper le virus est tel que je suis maintenant incapable de gagner de l’argent pour payer des choses comme la nourriture, ce qui est un gros obstacle à mes projets d’avenir. J’ai donc eu du mal à accepter ce qui se passait, en plus du stress des échéances qui ne seront pas repoussées, même après ce qui s’est passé et le manque de soutien disponible maintenant. Et cela a également affecté mes projets d’avenir après la fin de mes études universitaires, des projets où je pourrais me détendre, rendre visite à mes amis et me faire de nouveaux souvenirs, et rien de tout cela ne se produira maintenant, ce qui ajoute au poids croissant qui pèse sur mes épaules. Des moments très difficiles que je n’aurais jamais pensé devoir vivre.”

Kate – Pologne

“Je suis irlandaise, et j’ai quitté La Haye, aux Pays-Bas pour m’installer à Varsovie il y a deux semaines pour travailler. Le fait d’être dans un environnement totalement nouveau pendant l’épidémie de coronavirus a été très étrange. La Pologne a été l’un des premiers pays d’Europe à fermer complètement ses frontières. Bien que le nombre de cas confirmés soit très faible par rapport à l’énorme population, le gouvernement a reconnu que le système de santé polonais ne pouvait pas gérer une situation comme celle de l’Italie et a donc privilégié une approche stricte. La durée officielle de la fermeture est de 10 jours. Tout le monde travaille à domicile et les rues sont presque vides. Il est fort probable que ce confinement soit prolongé. C’est étrange en tant qu’expatrié car, techniquement, j’aurais pu partir pour retourner en Irlande ou à La Haye pour ce confinement afin de passer du temps avec mes proches, mais je craignais de ne pas pouvoir y retourner, surtout depuis les Pays-Bas où il y a de nombreux cas. La distance sociale n’est pas idéale mais nous n’avons pas d’autre choix et nous savons que c’est mieux pour le long terme.”

Pavel – République Tchèque

“Tout d’abord, je voudrais décrire la situation actuelle. La République tchèque est actuellement en mode de quarantaine, ce qui signifie que les gens sont censés être chez eux et sont autorisés à sortir, principalement pour travailler, faire les courses, aller à l’hôpital, au bureau de poste et pour d’autres nécessités. Néanmoins, ce n’est pas aussi strict qu’en Italie et nous sommes donc autorisés à nous promener dans les parcs ou à faire une excursion dans la nature, mais tout rassemblement de personnes est interdit. Mon sentiment à ce sujet : les premières précautions prises par le gouvernement ont été un véritable choc, mais plus tard, j’ai réalisé que ces mesures devaient être prises. Aujourd’hui, il est même facile de renoncer à un grand nombre de mes droits (voyager, se réunir, avoir une vie sociale, etc.) pour le bien de la société. Je me sens vraiment responsable de ne pas propager le virus si je l’ai et de protéger les personnes âgées, donc je respecte les règles d’hygiène et je porte un masque de protection partout à l’extérieur de la maison. Néanmoins, beaucoup de gens ont des difficultés à comprendre la gravité de la situation actuelle. Cela n’a pas tellement changé ma vie car je suis en dernière année de licence et donc j’écris ma thèse à la maison pendant la majeure partie de mon temps de toute façon. Le gouvernement nous soutient vraiment, même s’il fait des erreurs. Le coronavirus a uni toute la population, nous nous entraidons et de nombreux mouvements de bénévoles ont commencé à aider les personnes qui en ont besoin. En résumé, il n’est pas si difficile de s’habituer à une quarantaine et à un manque de droit si la santé est en jeu.”

Kathrin – Autriche

“Je vis à Vienne, en Autriche, et depuis jeudi dernier (12 mars), le COVID-19 a frappé notre ville. Ce n’était pas le premier cas à l’époque en Autriche, mais le gouvernement a parlé et agi plus sérieusement face à cette pandémie. Je pense que la situation en Italie a finalement secoué notre pays et qu’il était temps de commencer à prévoir une situation équivalente. La vie a radicalement changé depuis lundi. Beaucoup de gens ont sous-estimé le Coronavirus, c’était “une maladie” en Chine, puis en Asie, finalement c’était “la même maladie” en Italie, mais notre société ne pensait pas qu’elle pourrait atteindre notre État « protégé ». Maintenant, c’est devenu un problème en Autriche. Les derniers jours ont été différents de ce que nous avons tous vécu dans notre vie. Le siège social, la quarantaine, le chômage, la surcharge de travail – voilà les sujets qui sont abordés aujourd’hui. Et nous sommes reconnaissants. Reconnaissants pour tous les travailleurs qui maintiennent notre système. Malgré tout, le COVID-19 a fait quelque chose de bien en ce qui nous concerne,  dans la communauté. Nous nous aidons les uns les autres, nous luttons contre la même chose. Comme le temps est ensoleillé et chaud en ce moment, les gens vont faire leur promenade tout en gardant leur distance sociale, et on rencontre tant d’autres personnes et on se dit « Hé, c’est agréable de voir ces gens marcher juste avec leur famille ou leurs proches ». Et au même moment, on se sent mal d’avoir fait notre petite promenade – c’est un sentiment vraiment controversé. Tous les jours semblent être un beau dimanche tranquille.”

Eraste – Allemagne

“Je ne sais pas vraiment comment expliquer la situation en Allemagne. Je pense que je la qualifierais simplement d' »incertaine », car tout le monde attend la prochaine étape… Pour ralentir la propagation du virus, le gouvernement a décidé d’interdire les voyages et de tout fermer, sauf l’essentiel comme les supermarchés, les hôpitaux et les pharmacies. Hier encore, Angela Merkel s’est adressée à la nation pour annoncer des mesures supplémentaires et conseiller à tout le monde de rester chez soi. Cependant, nous ne sommes pas encore totalement isolés – mais je suppose que nous le serons bientôt, puisque la Bavière a décidé de le faire. Nous verrons bien. Pour être honnête, je n’ai pas peur du virus ou de la situation, mais je suis conscient de sa gravité, car nous pouvons tous constater son impact sur la santé des gens, l’économie mondiale et notre mode de vie en général. Nous restons tous chez nous. Je viens de commencer un stage, mais je dois maintenant travailler à domicile, comme la plupart des gens dans notre entreprise et en Allemagne en général. C’est juste difficile de voir comment apparemment tout s’écroule et nous ne pouvons rien faire d’autre que de rester à la maison et d’attendre que ce soit fini. J’ai l’impression de regarder un film : Je ne peux rien faire d’autre qu’observer et attendre la fin qui, je l’espère, sera bonne. Mais je suis plein d’espoir et je suis convaincu que la situation finira bien et que l’incertitude sera terminée un jour. La seule question qui reste est « Quand” ?”

Tim – Pays-Bas

“Il a fallu beaucoup de temps au gouvernement néerlandais pour réaliser que ce virus allait avoir un impact sur le pays à l’échelle où nous nous trouvons actuellement. Lorsque l’épidémie s’est produite en Chine et plus tard en Italie, nous n’avons pris aucune mesure, donc il était très facile pour notre pays d’être infecté. Une fois que la première personne porteuse du virus a été diagnostiquée aux Pays-Bas avec la corona, la maladie s’est littéralement propagée comme un feu de forêt. En raison de la rapidité des mesures prises par le gouvernement, le virus a eu un impact assez important sur les Pays-Bas. De nombreuses entreprises, comme les magasins de détail, les compagnies de transport, les compagnies aériennes et même les compagnies d’assurance, vont probablement finir par s’effondrer. Je n’ai pas peur du virus lui-même, car il ne m’affectera pas plus que ce qu’il pourrait faire à d’autres personnes. Mais c’est très ennuyeux d’être mis en quarantaine, de ne pas pouvoir sortir pour boire et manger et d’avoir une relation à distance. C’est assez effrayant de vivre cette pandémie, car personne ne sait où elle va mener. Ces mesures sont-elles suffisantes pour empêcher le virus de se propager ou est-ce juste le début de quelque chose de bien pire?”

Anya – Lettonie

“Rapidement, le gouvernement letton a demandé à ses citoyens de considérer l’isolement et le travail à domicile. Nous avons fermé nos frontières le 17 mars, ce qui a obligé de nombreux étudiants étrangers à acheter des vols extrêmement chers. Toutes les écoles et la majorité des bureaux locaux et sociétés de production sont fermés, malheureusement de nombreuses personnes sont laissées en congé sans solde pour une période incertaine. Les entreprises sont en pleine crise, car c’est du tourisme que nous dépendons le plus et la majorité de nos citoyens dépendent du travail à l’étranger. Certaines banques offrent de petits crédits à 0% pour les personnes qui traversent une crise financière en raison du manque de travail. À ma connaissance, la majorité des espaces publics (magasins, gares, etc.) fournissent des désinfectants et des gants. Personnellement, je me sens mal à cause de la panique générale et du fait que mes deux parents ont été influencés financièrement par le virus. Ma mère a perdu une opportunité d’emploi, et le salaire de mon père a été réduit de 40 % en raison de la fermeture de ses activités avec la population. La soutenance de ma licence et la remise de mon diplôme vont probablement être annulées ou reportées. De plus, je suis censé faire des recherches pour mon diplôme, qui était censé être basé sur l’entretien de groupe, donc je ne sais toujours pas si cela va se faire.”

Elerin – Estonie

“La situation en Estonie pendant l’épidémie de coronavirus est pour l’instant assez calme pour la plupart des citoyens. Nous avons identifié moins de 300 cas pour l’instant, mais le pays se prépare à ce que la situation s’aggrave d’un jour à l’autre. Le gouvernement a agi très rapidement après avoir vu comment la situation s’est aggravée en Italie. C’est pourquoi le gouvernement a appelé à une situation spéciale dans le pays il y a 7 jours (12 mars). Cette situation spéciale a contraint toutes les écoles, les universités, les activités de loisirs comme les cinémas, les théâtres, les gymnases et bien d’autres encore de fermer leur porte. La plupart des grands magasins ont réduit leurs heures d’ouverture, mais pour l’instant le gouvernement n’a pas fixé de limites à ce sujet. Le plus important est peut-être que le gouvernement a de nouveau instauré le contrôle des frontières et que tout le monde n’est pas autorisé à entrer dans le pays. Le président, le premier ministre et les organisations de santé ont tous recommandé aux gens de rester chez eux, de s’isoler et de sortir le moins possible. Les gens prennent cela très au sérieux, beaucoup de bureaux sont devenus des bureaux à domicile. Les écoles elles, ne ferment pas non plus. Elles se poursuivent en ligne via toutes sortes de sites et de méthodes d’apprentissage sur internet. Cela fait maintenant cinq jours que je m’isole à la maison. J’ai été complètement seule pendant cette période et jusqu’à présent, cela ne me rend pas folle. On a vraiment l’impression que la vie s’est arrêtée partout autour de nous, comme si le monde était un endroit complètement différent où tout le monde prenait du recul et demandait un rappel à la réalité. Je suis très heureuse de voir de nombreux musiciens, entraîneurs, etc. faire des concerts et des séances d’entraînement en direct sur Facebook. Même si nous ne sommes pas comme les Italiens, qui sortent et chantent sur leur balcon, nous restons ensemble en ces temps compliqués et confus. La pandémie permet à la société de tout mettre en perspective, de réévaluer les priorités et de continuer à vivre plus près de la réalité qu’auparavant.”

Nanna – Danemark

“La situation actuelle au Danemark est que toutes les écoles, jardins d’enfants, etc. sont fermés et ce, depuis jeudi dernier (12 mars) En outre, la plupart des entreprises ont renvoyé leurs employés chez eux pour travailler. Mercredi, notre Premier ministre a annoncé de nouvelles restrictions, à savoir : seuls les groupes de 10 personnes sont autorisés. Et la plupart des magasins, à part les supermarchés et les pharmacies, devraient fermer. Mais nous n’avons pas encore de couvre-feu. L’humeur de la population est mitigée. Beaucoup de personnes sont paranoïaques et ont peur. Alors que d’autres sont un peu plus calmes. Personnellement, je n’ai pas peur. Mais bien sûr, c’est très frustrant d’être dans une situation aussi inconnue, et de ne pas savoir quand cela va changer. Ce qui impressionne beaucoup de gens, c’est de voir comment la population se serre les coudes. Beaucoup s’engagent comme volontaires pour aider la cause sanitaire. C’est agréable à voir.”

Fridrik – Islande

“Par rapport à sa petite taille, l’Islande a été assez durement touchée par le virus. C’est une petite société avec un système immunitaire de groupe isolé et où tout le monde se connaît. Dans de telles situations, les rumeurs deviennent courantes et les gens sont enclins à une hystérie paranoïaque – blâmant les touristes et les voisins. L’atmosphère est assez inconfortable et pourtant tout le monde fait de son mieux pour y faire face. Malgré cela, tout le monde est profondément fier du sérieux et de l’efficacité avec lesquels l’État, le système de santé et même les entreprises privées ont lutté contre la pandémie. Des centaines d’échantillons sont prélevés chaque jour, l’interdiction des rassemblements publics a été respectée et les compagnies de téléphone ont même fourni aux gens un accès gratuit et illimité à Internet pour les inciter à se mettre en quarantaine. Le principal problème, cependant, est l’impact qu’elle a eu sur l’économie islandaise qui dépend du tourisme, en particulier avec la fermeture immédiate des frontières américaines avec l’Europe (qui représentent environ 40 % de toutes les recettes des vols et du tourisme, et quelque 10 % du PIB global de l’Islande). Cette situation a fait monter le chômage en flèche et, compte tenu du climat froid de l’Islande, on estime que le virus va durer un certain temps et bien au-delà de la haute saison touristique.”

Ivana – Croatie

“Mon point de vue sur toute cette situation est que le résultat est largement influencé par nos propres actions et je pense que nous devons rester informés et suivre les lignes directrices qui nous sont fournies et limiter la panique car cela ne profite à personne. En Croatie, nous devons nous assurer que les personnes à haut risque (personnes âgées, cancéreux, etc.) sont protégées. En ce moment, il y a 67 cas ici en Croatie, ce qui n’est pas trop mal comparé à d’autres pays d’Europe. Il y a eu quelques jours où les supermarchés ont été vidés mais ils se sont remplis rapidement donc il n’y a pas vraiment eu de pénurie. La plupart de mes amis sont partis dans leur ville natale car les cours ont été suspendus pendant deux semaines ou sont organisés en ligne donc je m’ennuie un peu par moment, mais nous avons trouvé des moyens de sociabiliser grâce aux serveurs Discord et au chat vidéo. Il était important que les cours se poursuivent car une grève des enseignants s’est produite l’année dernière et il n’était donc pas question de perdre d’autres heures de cours ici. Cette épidémie m’a surtout touché en ruinant plusieurs projets de voyage, mais j’essaie d’en tirer le meilleur en me concentrant sur les choses que je peux faire de chez moi.”

Theodora – Grèce

“Tout ça, c’est vraiment étrange. La situation est vraiment difficile. En Grèce, le gouvernement reprend les mesures de l’Italie parce qu’il a peur du nombre de personnes malades. Ce n’est pas si mal pour moi parce que je suis chez moi depuis une semaine et j’essaie de trouver des moyens d’en tirer profit. Mais il fait si beau toute la semaine et je ne vois le soleil que par la fenêtre. Le gouvernement oblige à rester à la maison mais vous pouvez vous promener jusqu’au supermarché ou la pharmacie. Mais je reste à la maison parce qu’il y a des gens dont nous devons nous occuper. Nous sommes jeunes et en bonne santé, mais cela ne veut pas dire que nous ne serons jamais à leur place.”


ASIE

Meric – Turquie

“Le principal problème ici en Turquie est que les gens ne sont pas conscients de la mortalité de ce virus.  C’est également le cas des jeunes et des personnes instruites.  Dans les zones rurales, le problème est encore plus important car les personnes âgées pensent qu’il s’agit d’une attaque extérieure contre la Turquie, et elles refusent de rester chez elles en croyant que les prières et autres les protégeront.  L’absence d’autorité de l’État en la matière aura malheureusement des conséquences mortelles.  Les précautions ont été prises relativement tôt, officiellement nous avons 191 personnes infectées, et deux patients ont perdu la vie.  La plupart d’entre nous ont maintenant peur de ce qui va se passer. Beaucoup de gens, dont moi-même, ont réalisé à quel point la situation est dangereuse lorsque le gouvernement a fermé les écoles en Turquie.  Il y a des tonnes de désinformation sur Internet ; cependant, les élèves utilisent surtout Twitter pour se tenir au courant des actions du gouvernement et pour suivre l’actualité. Bien que nous ayons nos problèmes de distance sociale et autres, j’ai commencé à réaliser que les gens sont devenus plus conscients depuis ces derniers jours car les rues d’Ankara semblent vides.”

Zaid – Malaisie

“Il y a environ 4 jours, le nombre de personnes infectées par le COVID-19 était d’environ 400 en Malaisie et la nuit dernière (16 mars), il est passé à plus de 650 ; c’est la vitesse à laquelle le nombre augmente. C’est une catastrophe absolue ici. Je n’ai jamais rien vécu de tel auparavant. En gros, du 18 au 31 mars, la Malaisie a été déclarée comme environnement contrôlé, ce qui signifie que l’on ne peut sortir que pour faire des courses, aller à la station-service et pour les principales priorités. A part cela, on doit rester à la maison. C’est comme ça ici, Pauline, tout le monde est en « vacances » jusqu’au 31 mars. C’est comme ça que ça se passe ici. Honnêtement, je me sens neutre. Il y a des moments où je sens que c’est trop dangereux dans certaines grandes zones comme Kuala Lumpur, mais parfois j’ai l’impression qu’en banlieue, ce n’est pas aussi mauvais que ça pourrait l’être. Il a fallu du temps au gouvernement pour mettre en place ce système alors qu’il aurait pu le faire il y a longtemps, mais qui suis-je pour dire ce qui est bien et ce qui est mal ?”

Sehee – Corée du Sud

“Je pense que la situation s’améliore ici et que le gouvernement gère plutôt bien sur le plan intérieur et avec les pays étrangers. Il ne refuse pas les étrangers et ne ferme pas les aéroports. Beaucoup de Coréens sont fiers de notre système médical et l’apprécient vraiment. C’est donc une force puissante qui fait que les Coréens essaient de prendre soin d’eux et des autres, ce qui nous permet d’aider le gouvernement et le système. Les choses se stabilisent lentement, et si le système continuait de fonctionner ainsi, je crois que ce sera bientôt fini. Et bien sûr, je pense que nous devrions continuer de travailler de notre côté, comme nous le faisons maintenant.”


AMÉRIQUE DU NORD

Maggie – Canada

“Je suis étudiante en Ontario, au Canada. Le coronavirus est arrivé lentement ici, alors que nous le voyions exploser dans d’autres pays, mais il est certain qu’il y a un peu plus d’un mois, nous avons eu notre premier cas. Aujourd’hui, nous voyons chaque jour un grand nombre de nouveaux cas et des gens commencent à mourir. Le gouvernement provincial a réagi cette semaine en déclenchant une urgence provinciale et en fermant les écoles, les restaurants, les bibliothèques et les grands rassemblements. Le gouvernement fédéral a également fermé les frontières à tous les non-Canadiens et non-Américains. La peur n’a cessé de croître et les gens continuent d’accumuler de la nourriture et des articles d’hygiène, ce qui se traduit par des stocks limités sur les étagères des magasins. De nombreuses personnes luttent pour nourrir leur famille, car ils ont des enfants à la maison et sont sans travail. Heureusement, le gouvernement national a réagi et commencera à indemniser les gens pour toute perte financière. Toutefois, le plus étonnant est le nouveau groupe communautaire Facebook de ma ville, auquel des milliers de personnes se sont jointes pour demander de l’aide ou pour aider les autres en leur proposant des balades, des courses ou des conseils. Avec des grands-parents âgés et un parent atteint d’une maladie auto-immune, je suis très inquiète de la situation et j’ai l’impression que les gens ne la prennent pas assez au sérieux. Trop de gens continuent à vivre sans précaution. J’espère que nous tous, ici au Canada, verrons bientôt la gravité afin de prévenir l’horreur que nous voyons dans d’autres pays.”

Kara – Etats-Unis

“Toutes les universités de mon État sont passées à un version uniquement en ligne pour le reste du semestre. De nombreux étudiants n’ont pas pris le virus au sérieux au début et ont utilisé leur temps libre pour faire la fête, mais ils commencent maintenant à se rendre compte de la gravité de la situation. Nous avons été mandatés par nos universités pour retourner chez nos parents, ce qui ne réjouit pas la plupart des gens, mais nous en comprenons le raisonnement. Bien sûr, beaucoup de gens font des provisions d’armes et de munitions parce qu’ils ont peur que des gens affamés entrent par effraction chez eux pour chercher de la nourriture. C’est frustrant parce que ces mêmes personnes sont généralement opposées à tout effort du gouvernement pour aider les personnes moins riches à acheter la nourriture dont elles ont besoin. Ce qui est bien, c’est que la plupart des gens gardent la distance sociale obligatoire et essaient de faire leur part du travail pour minimiser les dégâts.”


AMÉRIQUE DU SUD

Oriane – Bolivie

“En Bolivie, il y a actuellement 12 cas confirmés de Coronavirus, mais on peut imaginer qu’il y en a beaucoup plus, étant donné que les gens ne font pas le test ou ne se déclarent pas. Très rapidement, le gouvernement a pris d’importantes mesures pour empêcher le virus de se propager dans le pays : fermeture de tous les établissements d’enseignement, bars, restaurants, clubs, arrêt des vols en provenance et à destination de l’Europe, et maintenant la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes. Les horaires de couvre-feu nocturne s’allongent de jour en jour, mais pour l’instant, aucun confinement n’est imposé à l’échelle nationale. Un confinement total serait un désastre social et économique, car la plupart des Boliviens gagnent leur vie au jour le jour. La majorité des internationaux tentent de quitter le pays avant la fermeture des frontières. En tant que coordinatrice volontaire d’une ONG bolivienne travaillant avec les enfants à Cochabamba, je vois des volontaires partir tous les jours. Nous sommes tous confrontés à un grand dilemme entre retourner dans notre pays d’origine, qui compte généralement plus de cas de coronavirus, ou courir le risque d’être coincés en Bolivie. Aujourd’hui, j’ai pris la décision de rester.”

Ana – Brésil

“Le sujet du COVID-19 au Brésil a été très difficile à traiter. Le président Bolsonaro, même s’il se déplace en plein milieu de la pandémie, ne respecte pas les protocoles internationaux recommandés par l’OMS et amène le coronavirus dans le pays, avec sa délégation. Néanmoins, le président tente de cacher son irresponsabilité et son incompétence derrière une guerre de récits confus, favorisant la désinformation du public en diffusant de fausses nouvelles. Les personnes qui finissent par souffrir le plus dans cette situation sont les personnes des classes populaires, notamment la population vivant dans les favelas. Nous manquons de responsabilité sociale quand on voit nos supermarchés et autres petits établissements commerciaux augmenter le prix de tous les aliments, des désinfectants pour les mains et autres produits d’hygiène personnelle pour réaliser des profits plus importants. Nous manquons de responsabilité sociale au point de voir de nombreux jeunes continuer à fréquenter les fêtes et les pubs, le cinéma et d’autres lieux que l’on nous conseille d’éviter uniquement parce qu’ils n’ont pas d’empathie et de respect pour les plus vulnérables. Tant de gens n’ont pas d’eau à boire dans leur maison. Imaginez pour se laver les mains ? Beaucoup de maisons dans les favelas sont très petites. Imaginez devoir partager une seule chambre avec six personnes pendant la quarantaine ? Et même les sans-abri ? La plupart des gens au Brésil ne peuvent pas se permettre de ne pas aller travailler car ils ont besoin d’argent pour manger et pour subvenir aux besoins de leur famille et leur employeur refuse de leur accorder un congé payé. En résumé, la situation au Brésil est chaotique : des médecins qui vivent dans un désordre total, qui doivent gérer le manque de structure, de matériel et d’équipement, des jeunes sans aucun sens de la communauté, un gouvernement complètement non préparé, ignorant et dépourvu de tout principe moral et de toute responsabilité sociale. Personnellement, je m’attends à une catastrophe majeure au Brésil, et chaque jour j’espère me tromper. L’autre jour, le président Bolsonaro a déclaré que c’était un « fantasme », inventé par les médias dominants pour effrayer les gens, une stratégie de l’industrie pharmaceutique pour faire des profits, car ils auraient inventé le virus, l’auraient répandu dans le monde entier et auraient ensuite vendu son remède à un prix élevé.  Ce type est fou et tellement irresponsable envers la vie des Brésiliens.”


AFRIQUE

Lahcen – Maroc

“Je suis guide de voyage. Aujourd’hui déjà, j’ai passé toute la journée avec des clients français, vingt-cinq personnes. Je les ai accompagné pendant une semaine de Trek à Merzouga et ils ne trouvent pas de vols pour rentrer chez eux. Après le décès de mon père il y a 2 ans j’ai décidé de quitter ma vallée en Haut Atlas Marocain pour les études de mon petit frère et ma petite sœur, et aussi pour travailler pour eux. J’ai déménagé à Marrakech pour l’avenir des deux. Alors là avec ce virus, tous mes groupes sont annulés alors je n’ai plus de travail. J’ai décidé de retourner à la vallée, j’ai même pris un crédit pour pouvoir nourrir ma petite famille. Le gouvernement marocain a fait un grand effort inattendu mais une partie du peuple ne respecte pas toutes les conditions.”


OCEANIE

Katie – Australie

“En ce moment, en Australie, il y a une panique totale et beaucoup d’anxiété. Je travaille dans une pharmacie et ces dernières semaines ont été folles et les clients repartent du magasin avec des stocks entiers. Les gens sont également devenus très agressifs et avides lors des achats et cela s’est largement manifesté par des bagarres entre les clients. Le gouvernement a interdit les groupes de plus de 500 personnes dans un seul endroit, tout en conseillant de rester chez soi, ce qui a fait perdre leur emploi à beaucoup de gens et a créé une incertitude pour les petites entreprises. Dans l’ensemble, je pense que le gouvernement a agi très lentement sur cette question par rapport à d’autres pays, et que les gens deviennent très avides et paniqués lorsqu’ils font leurs courses. Il n’y a plus rien sur les étagères de ma pharmacie ou des supermarchés.”


Pauline Gauer

2 commentaires

  1. Ewen BARD

    Bonsoir, serait-il possible d’obtenir les versions originales dans les langues maternelles respectives de ces très beaux témoignages? SVP merci! Prenez soin de vous!

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