L’océan – Métro Polis

Couverture : Apostrophe M

Paris, la vie qui court et moi au milieu de tout. Discrète dans un coin du métro, je m’imagine la vie des autres. Ceux qui n’ont pas de prénom, pas de sourire souvent, mais qui transportent des sentiments, et des objets qui attirent l’attention. A quoi pensent-ils ? Que font-ils lorsqu’ils descendent de la rame ? Sont-ils heureux ?

Chaque semaine, j’écris sur la vie de ces gens dont je ne sais rien, et confie le pinceau à l’illustrateur Apostrophe M.


Elle part. Sa valise à la main, son chien dans l’autre bras. Elle part vers l’océan.

Ce matin dans le miroir, elle a fixé cette longue écharpe bleue autour de son cou. Un bleu azur. Un bleu dans lequel les bancs de poissons rencontrent d’autres bancs de poisson. Elle s’était souvenue des automnes à La Rochelle, avec son grand-père et sa sœur Anne. Pêcher des crabes. Plonger encore habillés dans une eau encore chaude pour la saison. Marcher le long de la plage et poursuivre les mouettes. Une fois, Anne avait trouvé un coquillage en forme de cœur. Il était resté longtemps au dessus de la cheminée, avant de disparaître avec tout le reste, dans un carton, au milieu des cartons.

Par la fenêtre de la voiture, l’océan était devenu vert, puis gris. Des murs et des murs qui filaient à une vitesse folle. Grand-père était parti le premier. Puis ça avait été le tour de Anne. Et elle, la dame à la valise, était restée dans ce petit appartement près de Bastille, pendant toutes ces années.

Elle avait sorti les coquillages sur sa table de nuit, et avait fini par les jeter après quelques semaines. Tout prenait la poussière, même les souvenirs. Et ce matin, cette écharpe tout au fond du tiroir qui venait de tomber à ses pieds. Elle avait oublié. Ce bleu pourtant, c’était celui des vagues et elle en était sûre.

Dans le métro, avec sa valise à la main, et son chien dans l’autre bras, elle n’arrêtait pas d’y penser. C’était comme un appel. Un sauvetage en pleine mer. Le cri de la tempête du haut d’un phare. Elle doit partir, voir l’océan. Il est tard maintenant, elle n’a plus toute sa tête mais pourtant, un infime sentiment la pousse encore à le faire. Elle part, sa valise à la main et son chien dans l’autre bras. Les clés sont encore sur la porte du petit appartement. Il reste la table de nuit, vide, et tous les autres meubles. Personne ne se rendra compte de son départ car elle n’a plus personne. Elle part rejoindre ceux qu’elle aura toujours, le long de l’océan, avec le bruit des vagues.


Pauline Gauer & Marvin Gomis

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