Jardin public – Photo de la semaine

Je me promenais à l’aveugle, comme je le faisais souvent. Cette fois ci j’étais arrivé dans un petit parc de quartier que je ne connaissais pas. Ça n’était pas très bien aménagé, « peux mieux faire », c’est la remarque que je me suis fait en analysant les lieux. La végétation était belle, mais pas très bien entretenue. Les fleurs de printemps pointaient leur nez mais s’ennuyaient d’abeilles qui ne venaient plus depuis longtemps. Malgré ça, au milieu de ces tours d’immeubles, cet endroit transformait ces visions grises en un refuge paisible, comme une oasis au milieu d’un désert. 

Au fond du petit parc il y avait un banc, c’était le seul de ce jardin à vrai dire, comme si de loin il disait aux passants : « Vous pouvez me visiter, mais je n’accueille personne ». Le banc était occupé par un couple à l’âge avancé – je pouvais le voir à leurs cheveux blanc – ils me tournaient le dos, j’avais du temps devant moi, alors je restais là un moment à les contempler puisque j’en avais le loisir. Je ne sais plus vraiment pourquoi ils m’avaient tant fascinés pour que je reste immobile à les regarder… Peut-être parce que comme le jardin, ils semblaient étrangers à cette ville, à cette vie. Ils lisaient ; tous les deux lisaient leur existence entre les lignes d’un livre abimé. J’entendais la voix tremblante mais assurée de la dame qui récitait chaque mot comme s’ils avaient été un poème. J’entendais le sourire de son époux à chacun de ses points virgules et l’éclat de ses yeux quand elle tournait une page. J’écoutais leur histoire.

À un moment – je ne savais plus combien de temps cela faisait que j’étais là, le soleil était descendu du haut des immeubles – la femme s’était tue, elle avait lu le dernier mot du livre. Les oiseaux du jardin avaient arrêté de chanter, et quelques abeilles venaient butiner une fleur. Le couple se leva en silence puis il disparut au fond du jardin, par un passage que je n’avais pas vu en arrivant.

Je me retrouvais seul. C’était à moi de m’asseoir sur le banc maintenant.


« Photographier des inconnus, en inventer l’histoire…» Mélange des regards et des sens, lui à la photo moi, Mélina, aux mots, dans le cadre de la Photo de la semaine, on vous propose avec Axel Benaben une collaboration entre image et écriture.

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