Berlin à travers un appareil photo jetable

Berlin. J’attendais ce moment depuis longtemps. C’était le week-end qui sauve, les vacances entre deux vagues. Alors, j’avais décidé d’acheter deux appareils photo jetables, pour mon copain, Marvin et moi, pour immortaliser nos vacances. On est partis un samedi matin, et on a traversé Paris en RER.

C’est ce même samedi matin qu’on a failli raté l’avion. Beaucoup de stress, et un peu de larmes, mais au final on y est. Une mer de nuage derrière le hublot, et une heure plus tard, on pose les pieds en Allemagne.

 

Il pleut, mais ça fait du bien d’être ici, et on commence à s’approprier nos petits appareils. On a trouvé l’hôtel : immeuble ancien, petite chambre avec vue sur la cour intérieure, deux lits simples séparés d’une table de nuit et une télévision que l’on allumera sûrement jamais.

 

Puis, avec nos manteaux trempés, on arpente les rues et on prend des bus sans même vérifier le sens, mais tout semble se dérouler comme prévu. Il est déjà tard pour un premier jour. On s’aventure dans l’incroyable et l’impressionnant Mémorial de l’Holocauste, au centre de Berlin. On se perd, dans les dédales de ce labyrinthe, entre ces murs immenses qui ne laissent place qu’à un ciel plein d’étoiles. Perturbant comme sensation.

Il est tard. Le bus nous dépose à la gare routière, à quelques minutes de l’hôtel. C’est un endroit singulier, presque familier. Le lieu des mille taxis qui klaxonnent, des kiosques qui vendent des bières à 1€ et des magasins immenses de marques inconnues. Au milieu de tout ça, entre deux murs de verre, une pizzeria qui vend des parts à l’unité. Délice du soir, et il est temps de rentrer.

 

Deuxième jour, et réveil tôt. Tout juste le temps de prendre un brownie et un chocolat chaud au Mc Café. J’ai bu la première moitié dans le métro, la deuxième a finie sur le quai de la gare.

 

Bien sûr, on arrive les premiers devant Berliner UnterWelten, une association qui propose des visites souterraines de bunkers et abris de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre Froide. Nous, on est venu pour explorer des bunkers antinucléaires du temps de la Guerre Froide. Un véritable parcours le long des lignes de métros, incroyablement terrifiant.

 

Il pleut toujours. Nos pieds flottent dans nos chaussures remplies d’eau. On marche vers le Mauer Park, une friche devenue marché, au milieu des quartiers résidentiels populaires de Berlin. Le sol est boueux, il fait gris et l’atmosphère devient spéciale. Dans ce marché au puce, il y a toute sorte d’objets anciens, de livres en allemand et de gens qui semblent tirés de vieux films à l’eau de rose et de meurtres élucidés à la première moitié de l’histoire.

 

J’ai aperçu un photomaton sur le bord de la route, il y en a partout dans la ville. On décide de garder un petit souvenir : du noir et blanc avec un peu de grain, très mélancolique.

Il est tard maintenant et on a pas mangé depuis au moins mille heures. Au détour d’une rue, il y a un petit écriteau néon qui nous indique un restaurant vietnamien, très typique. Mais au moins, on y a bu des bières immenses, et ça c’est déjà plus typique.

Le soleil commence à tomber et on s’avance vers le Mur de Berlin, l’East Side Gallery. Des dizaines de gens déambulent sur des kilomètres et se photographient contre le mur couvert de graffitis. J’avais pour défi de ramener un bout du Mur à mon père, alors j’en ai acheté un pour deux euros dans un kiosque pas très loin. La honte, mais c’est quand même marrant. Et puis, après réflexion, le Mur faisait 155 kilomètres de longueur à la base, donc il en reste forcément et les bouts du Mur que tous les magasins vendent sont sûrement véritables.

 

Il fait déjà nuit quand on rentre. Dans le métro, des mamies en face de nous déjà bien amochées boivent des bières et rigolent avec des contrôleurs. Puis, Nous deux, si petits au milieu de ce vacarme, on s’endort sur la banquette.

Retour à l’hôtel. Les chaussures sèchent sur le radiateur, et nous sur les lits qui ne font maintenant plus qu’un.

 

Troisième jour, toujours un chocolat chaud dans la main, et mon appareil photo dans l’autre. Avec nos doudounes et notre parapluie, on marche en direction de Kreuzberg, un quartier alternatif aux multiples habitations colorées. Il pleut toujours alors on s’installe dans un petit café au milieu de rien. Je prends un thé citron gingembre. Un gros chat roux et blanc s’installe sur mes genoux et je me dis que les vacances ça a quand même du bon.

 

C’est une journée étrange. Le temps gèle nos corps et nos envies. Il faut que l’on retrouve un peu de chaleur humaine, alors direction AlexanderPlatz, la place principale de Berlin, avec tous les grands magasins et une horloge astronomique au centre.

Ici, il y a le Humana Shop, la plus grande friperie d’Europe. Et évidemment qu’à cet endroit, il y avait un point sur ma carte. C’est immense, intimidant et on y trouve des merveilles. J’ai eu un coup de cœur pour un petit sac à main portefeuille et une veste de costume fleurie, à des prix plus qu’abordables.

 

C’est l’hiver et les jours sont courts. Il fait déjà nuit lorsque nous arrivons au Checkpoint Charlie, le plus connu des postes-frontières de Berlin qui permettait, pendant la Guerre Froide, de franchir le Mur entre le secteur Ouest, américain, et le secteur Est, soviétique. C’est intriguant comme endroit : la reconstitution d’un moment de l’Histoire, au milieu d’une route, entre un musée et un Mc Donald.

 

Le métro nous amène à l’hôtel, et c’est notre dernière nuit ici.

 

Ce matin, nous découvrons une petite rue, donnant sur une cour intérieure. Les murs sont remplis de tags et de collages historiques et artistiques. Un petit escalier en collision mène vers un sous-sol à la porte fermée, qui cache un bar aux multiples monstres, malheureusement fermé les mardis.

 

En milieu d’après-midi, nous arrivons à la Topographie de la Terreur un musée gratuit et en semi plein air, construit sur l’ancien siège de la Gestapo et des SS. A l’intérieur, les murs sont couverts de témoignages et de photographies à en avoir des haut-le-cœur, sur ce que l’on apprend en cours, et sur ce que l’on apprend sur le moment.

Plus tard, on s’arrête dans un petit restaurant local pour goûter aux spécialités berlinoises : des curry wurst, des saucisses à la sauce tomate et au curry et une soupe de pois maison. Sans oublier les bières, l’une d’elle s’appelant Allgäuer, presque comme mon nom de famille.

 

Nos sacs à dos sont lourds avec tout ce que l’on a acheté. Et pourtant, on marche jusqu’en haut du Viktoria Park. Il y a beaucoup de vent. D’ici, on a une vue panoramique sur toute la ville, et sur l’aéroport abandonné.

 

Après une longue balade dans les rues et un bus presque manqué, on retourne à AlexanderPlatz, notre dernière petite destination avant l’aéroport. Ici, on en profite pour acheter des cadeaux à tout le monde, des cartes postales, des patchs souvenirs, des tote-bags. Marvin part discuter avec un homme qui porte sur ses épaules un barbecue portable. Il vend des hot dog et des saucisses grillées, ce sera notre dernier repas avant de rentrer.

On mange dans le métro, ce n’est pas très pratique. Notre avion a du retard. Je m’endors sur la banquette, puis on rentre à Paris.

 

À Châtelet, je développe les photos dans un petit magasin Kodak. Jolis souvenirs, que j’avais envie de vous présenter.

Photographies à retrouver sur @expectbadweather.


Pauline Gauer

Un commentaire

Laisser un commentaire