Quand les affreux préparent pour nous le monde d’après – Édito

Photo by Maria Teneva on Unsplash

« Le monde d’après », c’est par cette appellation qu’on essaie de créer un nouvel élan à la lutte écologique et sociale, à la sortie d’un confinement qui aura bouleversé les quotidiens de milliards de gens sur la planète entière. Cet élan généralisé que l’on veut amorcer est pour l’instant un peu dispersé, plusieurs initiatives sont évoquées ou mises en place et forcément, ça met du temps à prendre.

Le manifeste Inventons le Monde d’Après chapeauté par WWF a lancé une consultation citoyenne afin de permettre à tous d’avoir son mot à dire dans la fondation du monde d’après. Jusqu’au 5 mai, chacun pouvait y aller de ses propositions sur leur site et maintenant, on vote pour celles que l’on juge les plus pertinentes ou urgentes à mettre en place.

La fondation Nicolas Hulot de son coté a choisi de dresser une liste de 100 principes et 5 propositions, Le Temps est Venu. Des principes courts, faits pour être partagés sur les réseaux sociaux mais dont on peut douter de l’impact, il faut plus que quelques mots sur un sujet précis pour convertir celui qui les lit à l’activisme.

Une tribune à l’initiative de Juliette Binoche et Aurélien Barrau a aussi été publiée le 6 mai sur le journal Le Monde, et nous appelle tous à faire en sorte de repartir sur des bases plus saines, ou au moins non climaticides, à la sortie du confinement.

Ces initiatives sont censées, nécessaires et logiques, compte tenu de la situation actuelle. L’inaction climatique fait déjà des morts et pourrait sceller l’avenir de la planète si la situation actuelle ne bouge pas dans les toutes prochaines années à venir. Mais ces mots et ces déclarations auront-ils un impact sur ceux qui les liront ou les entendrons ? Peut-on espérer une révolte au nom de la vie, de ceux qui composent la société ? Peut-on faire entendre à ceux qui font la queue des heures dans leurs voitures à la réouvertures de premier McDonald’s que l’idéal, ça serait un monde où la marque qui fait leurs burgers n’existerait pas ? Rien n’est moins sûr.

Mais au milieu de tout ça, qu’en est-il de ceux qui n’en veulent pas, de ce monde de demain où faire son beurre impunément ne serait plus admis ?

Plutôt bien, à vrai dire. Les subventions pour aider les grandes entreprises jugées utiles fleurissent dans tous les pays avec la plupart du temps un hic qui a fait bondir les ONG soucieuses du bien commun : on ne demande aucune contre partie liée à la fixation d’objectifs écologiques. Et le gouvernement français n’y fait bien sûr pas exception : ce sont donc 20 milliards d’euros de subventions qui ont été votées le 23 avril pour ces entreprises « stratégiques ». Malgré la pression mise par Greenpeace sur l’affaire et une instance indépendante composée de chercheurs et d’économistes, le Sénat a rejeté toutes les propositions d’amendements liées à cette question écologique.

Les lobbies ont semblé déconfinés avant tout le monde et dictent la relance dans un pays où le gouvernement en place ne voit visiblement l’écologie comme un moyen de communication à greenwashing, tout au plus. L’année dernière, alors qu’Emmanuel Macron déclarait l’état d’urgence environnemental pour la France, il a aussi réussi à débloquer 18 milliards d’euros de subventions pour le secteur des énergies fossiles, toujours sans aucune contrepartie liée à l’écologie. Le but était de profiter de l’effet d’annonce de cet état d’urgence, comme le 13 avril dernier, lorsque Bruno Le Maire annonçait que les entreprises qui défiscalisent dans les paradis fiscaux ne bénéficieraient d’aucune aide publique dans un article de loi, qui a été supprimé le soir même. Récemment, la commission européenne a même choisi comme conseiller à l’environnement Black Rock, le plus grand fond d’investissement au monde, qui finance activement le secteur des énergies fossiles et qui s’est opposé ou abstenu à l’issu de 82% des résolutions concernant le climat dans les entreprises dont il possède des actions (entre 2015 et 2019).

Ce genre d’aberrations qui donnent envie de vomir ne sont pas des exceptions. Les gouvernements et les grands groupes financiers sont main dans la main depuis des années et leurs liens se renforcent : les « représentants d’intérêts » – ou en d’autres termes lobbyistes – trouvent les fauteuils de l’assemblée nationales de plus en plus confortables et y sont de plus en plus nombreux. Dans ce contexte de crise sociale et économique à venir, ces grands groupes s’activent dans l’ombre avec ceux qui font les lois pour préserver leurs intérêts financiers et par extension : grignoter toujours un peu plus les espoir d’un monde durable portés par un bande de rêveur polémistes, comme on essaie de les faire passer.

 

 

Le pire dans tout ça, c’est qu’une mobilisation généralisée des populations pourrait permettre d’endiguer ça, d’avoir plus de poids qu’eux. Alors si vous aussi vous avez envie d’un monde où vous n’êtes pas entourés d’institutions et de multinationales qui veulent vous la mettre, le combat commence maintenant, et sur tous les fronts.  Adopter des comportements plus responsables petit à petit, mais surtout se tenir au courant de toutes les initiatives pour contrer ceux qui veulent un monde où on fait de l’argent, et pas où l’on vit. S’abonner aux newsletters des ONG comme Greenpeace, faire partie d’une association de votre ville qui défend la cause environnementale, tout simplement faire partie de ceux qui veulent que le monde change, et pas de cette majorité silencieuse qui fait le bonheur de ceux qui veulent se dresser comme nos ennemis. Devenir activiste pour un monde durable, même un peu, c’est déjà un très grand pas. Répondre aux initiatives qui sont lancées pour essayer de changer ce monde climaticide, les soutenir, c’est déjà un très grand pas.

Une vraie mobilisation internationale et généralisée – seul moyen pour l’humanité de survivre sur le long terme – est encore loin. Elle arrivera peut être un jour, sûrement trop tard, quand on en sera contraint, que la fin du monde commencera à se sentir dans nos bronches. Elle arrivera peut être à temps, si on arrêtait d’être si passifs à l’égard de la fin du monde, qui nous guette de loin.

re glacière

Cette carte, elle montre la surface de la planète il y a 10 000 ans, à la fin de l’ère glacière, on pouvait aller à pied jusqu’à Toronto depuis le nord de la France, et il y faisait 4°c de moins que maintenant. En 2100, la température aura augmenté de 4°c si on ne se bouge pas un peu plus, et on n’en survivra peut être pas. Exiger une réaction de ceux qui nous gouvernent ou la forcer, c’est le moins que l’on puisse faire.


Romain Bouvier.

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