La fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest, qui deviendra l’eco

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Le franc CFA disparaît en Afrique de l’Ouest

75 ans après sa création, le franc CFA touche à sa fin. Créée officiellement le 26 décembre 1945 par la France du général De Gaulle, cette monnaie coloniale est aujourd’hui toujours commune à 14 pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, comptant plus de 155 millions d’habitants.

D’abord appelée “Franc des Colonies Françaises d’Afrique” en 1945, puis “Franc de la Communauté Française d’Afrique” en 1958 jusqu’à “Franc de la Communauté financière d’Afrique” aujourd’hui, cette monnaie est considérée comme un symbole de la Françafrique coloniale, et cela pose problème. Ce système monétaire est régulièrement critiqué par des personnalités politiques ou des économistes qui le considèrent comme un frein au développement du continent africain.

Francs CFA

Hier, mercredi 20 mai 2020, le gouvernement français adopte en conseil des ministres un projet de loi qui marque la fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest. C’est la mise en œuvre de l’accord du 21 décembre 2019 annoncé par Alassane Ouattara, le président ivoirien, en présence d’Emmanuel Macron, qui reconnaissait alors que cette monnaie était encore perçue comme “l’un des vestiges de la Françafrique”.

Emmanuel Macron et Alassane Ouattara,  le 20 décembre 2019, à Abidjan, en Côte d’Ivoire

Cette réforme a été négociée durant les derniers mois de l’année 2019 et concerne les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Néanmoins, il ne disparaît pas dans les six pays d’Afrique Centrale comme le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad.

“Cette fin symbolique devait s’inscrire dans un renouvellement de la relation entre la France et l’Afrique et écrire une nouvelle page de notre histoire”, livre la porte-parole du gouvernement français Sibeth Ndiaye devant l’Elysée aux médias.

Pays de l’UEMOA

La mise en place d’une monnaie commune

Le 29 juin dernier, pour le nom de la nouvelle monnaie commune; les chefs d’état et gouvernements de la Communauté économique de Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avaient opté pour l’eco et son symbole “EC”, ainsi qu’un nom pour la future banque centrale : la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Pour autant, les huit pays concernés devront décider si cette monnaie s’appelle bien “eco” comme prévu initialement, un nom qui fait débat.

Réunion des chefs d’états de la CEDEAO, le 29 juin 2019

Le franc CFA, un vestige de la Françafrique

Créé en 1945, le franc CFA est un symbole de la colonisation de l’Afrique de l’Ouest par les français, des colonies pourtant devenues communautés après le référendum de 1958 leur donnant le “choix” de leur destin et du statut de leur territoire.

Et aujourd’hui, il est important que le franc CFA disparaisse car il traîne une lourde histoire coloniale loin d’être facile à raconter. Et bien que CFA étant l’acronyme actuel de “Communauté Financière d’Afrique”, il a d’abord été celui de “Colonies Françaises d’Afrique” et c’est un détail à ne pas oublier dans l’Histoire de France et l’Histoire de ces pays.

D’ailleurs, aujourd’hui, c’est toujours la France qui gère la monnaie de ces anciennes colonies, bien qu’elles soient devenues indépendantes il y a 60 ans. Encore en 2020, ces pays sont sous la tutelle du Ministère français des finances et les billets et pièces CFA sont imprimés et façonnés en France.

Charles de Gaulle pendant la décolonisation en 1960

Enfin, Paris se retire des instances de gouvernance

Pour ces pays d’Afrique de l’Ouest, il y a des avantages à avoir une monnaie en lien avec l’euro. Elle apporte une stabilité économique et monétaire de la zone qui facilite les échanges commerciaux entre ces pays et qui en limite les dettes publiques.

Mais ce lien avec l’euro a beaucoup d’inconvénients, et au premier rang : la dépendance monétaire. Depuis la colonisation, les pays de la CEDEAO doivent déposer 50% de leurs rentrées d’argent dans la banque de France, un acte qui prive ces pays de liquidité, donc de monnaie disponible pour l’investissement. De plus, il leur est interdit de fabriquer de la monnaie supplémentaire, stoppant immédiatement tout projet de crédit pour les entreprises et entraînant donc un développement potentiellement ralenti de ces pays. Ces états n’ont pour l’instant pas la main sur le cours de leur monnaie.

Finalement, ce CFAxit est symboliquement un bon moyen de s’affranchir de la tutelle de la France et de l’Histoire entre ces pays.

Pour autant, avant de tourner réellement la page du franc CFA, les pays de l’UEMOA se doivent en premier lieu d’être solides et indépendants financièrement, en se basant sur des critères de convergences précis comme le taux d’inflation, le déficit budgétaire et le PIB de ces états. Et aujourd’hui, alors que de nombreuses personnes voient cette nouvelle monnaie comme un boost pour le commerce interne à la CEDEAO, aucun de ces pays ne respecte ces critères de convergences.

Francs CFA

Pour autant, la France reste garante de ces pays

Pour l’instant, tant que l’Afrique de l’Ouest ne sera pas autonome financièrement, la France continuera son rôle de garant pour cette monnaie, afin de maintenir une parité fixe avec l’euro (1€ = 655,96 francs CFA). Bien sûr, cette situation évoluera lorsque l’eco, ou peu importe le nom de cette monnaie, verra le jour.

Aujourd’hui, avec la pandémie de coronavirus, la France continue de soutenir le continent africain dévasté par la crise économique “à travers le Fond monétaire international”, comme l’annonçait Bruno le Maire face aux parlementaires ces dernières semaines, avec une promesse d’aide à hauteur de 1,2 milliards d’euros.


Pauline Gauer

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