Yaourt à la vanille – Métro Polis saison 2

Couverture : Apostrophe M


Suite à l’exposition Métro Polis réalisée en mars dernier, Pauline Gauer et Marvin Gomis signent ensemble pour une nouvelle saison. Cette fois-ci, tout débute par un arrêt mondial de la vie courante. Et Métro Polis sans métro, c’est difficile à imaginer. Alors, Métro Polis se réinvente pour un temps, par des mots et des images sous le signe de la vie pendant le coronavirus, dans la rue ou devant les supermarchés. Soyons forts.


Bip. Bip. Bip.
Le bruit incessant de la machine qui scanne les produits devant ses yeux. Seconde après seconde. Minute après minute. Il n’est que 13h27, et Tarik revient de sa pause. Il lui reste encore du temps à écouler avant qu’il ne se pose enfin sur le petit canapé de son appartement.

Les articles défilent à une vitesse folle devant ses yeux. « Bonjour ». Mais pas toujours de réponse. « Vous avez besoin d’un sac ? ». »Vous réglez comment ? ». « Vous avez la carte du magasin ? ». Ces mêmes questions incessantes, accompagnées d’un sourire, qui résonnent dans sa tête.

Quand on effectue toujours la même tâche, à la chaîne, on a le temps de penser. A ce qu’on a bien fait. A ce qu’on a raté. Qui sommes-nous dans ce monde ? Quelle est notre valeur ? Notre but ? Le genre de pensées qui nous brûlent un peu plus à chaque instant. On se remet en question, on se demande si l’on a fait les bons choix, et c’est ce que je lis dans son regard à cet instant.

« Au revoir ». Nouveau client. Une dame à la silhouette ronde qui traîne un petit cabas vert pomme. Elle achète des aubergines, du liquide vaisselle Belle France, des yaourts à la vanille et un jus de cranberries. Souvent, Tarik s’imagine la vie des gens, exactement de la même manière dont je suis en train de le faire. Elle semble fatiguée, la dame au cabas vert. Elle a peut-être de lourds problèmes qu’elle a du mal à gérer seule.

 « Au revoir ». Elle disparaît du magasin.

Tarik enlève sa veste. Il commence à faire chaud, ici. Aujourd’hui, il est seul à la caisse. Depuis la pandémie, il y a moins de monde qu’avant et pourtant chaque jour l’épuise un peu plus. C’est sûrement cette pression de satisfaire rapidement le client.

18h42. Il ne reste qu’une heure et les aiguilles de l’horloge semblent bloquées. Bientôt le soir. Bientôt le repos. Bientôt plus de « bip bip » qui résonnent dans ses oreilles. « Bonjour ». « Au revoir ». Tarik s’efforce de sourire aux dernières personnes de la journée qui se présentent à sa caisse. Les gens semblent reconnaissants, empathiques, patients, alors il tient le coup.

Pour lui, pour sa famille, et pour nous.


Pauline Gauer

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