Du ciel au balcon – Métro Polis saison 2

Couverture : Apostrophe M


Suite à l’exposition Métro Polis réalisée en mars dernier, Pauline Gauer et Marvin Gomis signent ensemble pour une nouvelle saison. Cette fois-ci, tout débute par un arrêt mondial de la vie courante. Et Métro Polis sans métro, c’est difficile à imaginer. Alors, Métro Polis se réinvente pour un temps, par des mots et des images sous le signe de la vie pendant le coronavirus, dans la rue ou devant les supermarchés. Soyons forts.


Nous marchons. Les rues sont vides de monde et il n’y a plus un chat capable de traverser cette maudite route sous le périphérique. Le ciel est beau pour un mois de mai à Paris.

Mon pied droit devant mon pied gauche, puis l’inverse.
Plus que quelques mètres avant la pizzeria du bout de la rue.

A notre gauche, une petite épicerie à l’auvent gorgé de fruits et légumes frais, pas encore abîmés. Je lève la tête. Là haut, le ciel et un balcon sur lequel sautillent plusieurs enfants, excités par la musique sûrement. Il est 20 heures et tout le monde applaudit autour de nous. Les enfants rient, nous font des signes de la main, et nous, simples passants, nous admirons le spectacle qui se déroule sous nos yeux.

Alors, des grands bras de douce maman cueillent l’un des enfants pour le ramener dans le salon. Il ne reste qu’un bébé, seul, qui nous regarde. Il porte un body de la couleur du ciel un jour d’été vers midi et demi.

J’ai envie d’immortaliser son regard. Le peindre sur une toile azur légèrement délavée.

Entre lui et moi, il y a comme une vitre invisible. Celle de la distance. Celle de l’inconnu. Celle de la maladie qui affecte notre monde rocailleux. Je ne sais pas à quoi il pense, l’enfant au body bleu. Autour de lui, des milliers de mains qui claquent en rythme, des voitures qui klaxonnent et des gens qui font la queue pour acheter des pizzas.

J’ai faim, je crois. Difficile de savoir ce que l’on veut depuis que le monde est enfermé à l’intérieur de pièces immenses ou minuscules. Les pizzas d’ici sont tendres, c’est notre petite habitude du dimanche soir. Le genre de moment qui motive pour une semaine de télétravail.

L’enfant s’enfonce dans la pénombre de son salon, puis ressort. Il nous observe, curieux, silencieux, si petit derrière ces barreaux d’acier sombres. On l’appelle, à l’intérieur. Alors, d’un petit geste de la main, il nous salue et retourne à ses occupations.

Loin de nous, loin de la fenêtre, et loin du ciel.


Pauline Gauer et Marvin Gomis

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