Série : Aggretsuko, critique de la société japonaise

2020, et une envie de nouer des collaborations de long terme avec des équipes indépendantes, jeunes et passionnées par la culture sous toutes ses formes. Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration journalistique entre Première Pluie et Samouraï Coop, une société de production coopérative innovante et décentralisée que j’ai intégré en février dernier. Elle rassemble des profils variés et complémentaires autour de la réalisation de contenus audiovisuels, de médias innovants, et de créations originales. Chaque semaine, je publierai un article culturel spécial, à retrouver sur Samouraï News et sur Première Pluie.


Lorsque l’on découvre les dessins de la série Aggretsuko sur Netflix, on est loin d’imaginer qu’elle représente à ce point une satire de la société japonaise. Créés par Sanrio, l’entreprise à l’origine de Hello Kitty, les épisodes ont d’abord été diffusés sur la chaîne TBS, puis sont devenus très populaires sur Netflix.

Aggretsuko, c’est la contraction de Aggressive Retsuko (アグレッシブ烈子), le personnage principal de la série. Retsuko est représentée par une jeune “femme” panda roux de 25 ans, célibataire et confrontée au monde du travail japonais écrasant, frustrant et misogyne. Sa carrière sociale est stagnante, et sa vie personnelle quasiment inexistante; un train de vie qui amène le spectateur à s’attacher au personnage.

Finalement, Aggretsuko, c’est l’humour noir et le cynisme qui contrastent avec des personnages anthropomorphes, un graphisme véritablement kawaï et des décors colorés.

 

Dans la première scène du premier épisode, lorsque l’on rencontre Retsuko pour la première fois, elle apparaît comme une personne motivée, pleine d’espoir pour son avenir et l’évolution de la société japonaise. Un optimisme qui sera détruit dès la deuxième scène, où l’on se rend compte du manque de sens dans la vie de Retsuko. Elle devient vite déprimée, démotivée à travailler et pique une crise de rage dans les toilettes de l’entreprise dans laquelle elle est comptable.

C’est d’ailleurs cet aspect du personnage qui fait la popularité de la série : écrasée par la pression sociale de la société, Retsuko a sa propre manière d’extérioriser le stress. Son exutoire, c’est de chanter du scream sur un air de death metal, dans un karaoké. Dans chaque épisode, elle déverse sa colère dans son micro de poche et toujours en solitaire. Car oui, se donner en spectacle est très mal vu dans la société japonaise, alors on tait ses émotions. Et le karaoké, dans le pays, c’est une institution.

Cette série, c’est une critique du monde du travail et de la condition des femmes dans les entreprises japonaises. Retsuko, encore jeune, est une personne dévouée au travail, très peu sûre d’elle et surtout incapable de dire non. Comme beaucoup de femmes, elle a peur des répercussions de ses actes de rébellion face à un patron sexiste.

Aggretsuko, c’est un peu Hello Kitty en burn out, et ce que dénonce la série, c’est la culture toxique du travail et les inégalités de genres. Au travers de l’humour noir, de nombreux sujets importants sont abordés dans les épisodes : des journées de travail interminables, payées au lance-pierre, le respect strict de la hiérarchie, le harcèlement et les brimades en entreprise.

Dans le monde du travail, les femmes n’ont pas vraiment le choix et font face à des comportements sexistes à longueur de journée. C’est à elles de faire le thé, de nettoyer les bureaux et de servir les patrons lors de soirées entre collègues. Et si elles ne disent rien, c’est pour sécuriser leur situation économique déjà instable. Pour autant, elles tentent de lutter contre des règles sexistes comme la planification des grossesses et les CDI proposés seulement aux hommes par exemple.

Au milieu de cet environnement misogyne, Retsuko cherche à rencontrer un homme pour l’épouser. En effet, au début de la série, c’est pour elle la solution pour quitter le monde du travail et trouver la paix et le repos en devenant femme au foyer. Un rêve pour de nombreuses femmes japonaises dont les conditions de vie sont déplorables. Alors, elles sont contraintes de choisir entre avoir des enfants ou une carrière.

Aggretsuko traite aussi du sujet du mariage arrangé, et des hommes étant des bons ou mauvais partis. A 25 ans, Retsuko devrait déjà être mariée, une situation que lui rappelle fréquemment sa mère, en exagérant sur la honte du célibat dans la société japonaise.

Finalement, c’est une série qui traite de la vie moderne au Japon, une critique qui permettra peut-être de bousculer les mentalités, et une évolution du monde du travail japonais et de la condition des femmes en entreprise.

Aggretsuko, à retrouver sur Netflix


Pauline Gauer

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