Le regard d’un amant – Dernier épisode / Métro Polis saison 2

Après une première saison, une exposition et une saison 2, cet épisode est le dernier des Métro Polis. Le vingtième épisode depuis le début, et la série s’arrête ici pour le moment. Alors, pour ce dernier épisode, Marvin et moi avons décidé d’inverser les rôles : pour une fois, c’est lui qui écrit et moi qui dessine. C’est pour nous la meilleure manière de terminer cette saison. On espère que cela vous a plu et vous plaira.

Pauline


Aujourd’hui est un grand jour. Le nouveau chapitre qui débute dans une vie, voire deux, composées déjà de quelques uns, celui d’une transition.

Aujourd’hui est un grand jour oui. Le ciel et ses nuages rythment ce début d’été par des vagues d’ombres et d’éclaircies s’enchaînant comme le refrain et les couplets d’une chanson.

Aujourd’hui est un grand jour, car après deux mois d’exil cloîtrés dans un appartement, nous déménageons.

Avec ma copine, nous prîmes le parti de commencer par amener un maximum d’affaires par la voie des transports. Cette nouvelle vie ne se trouve après tout qu’à trois stations de tramway à peine. Chargés de babioles en tous genres, reliques qui témoignent d’innombrables aventures vécues par le passé, nous nous asseyons sur les sièges donnant sur les rails et le tram opposé. Le temps d’un jus de fruits et d’une compote c’est naturellement qu’une courte pause s’imposait. Cela m’a permis comme d’habitude de laisser mon regard se perdre parmi les passant et m’adonner à observer leurs gestes et expressions.

Le tram d’en face arriva et c’est là que je me suis arrêté sur une personne en particulier.

D’apparence singulière, c’est tout d’abord son masque que je vis. Le déconfinement ayant été annoncé depuis un moment déjà nous avons eu le temps de nous accommoder à cette curieuse parure qui arbore maintenant le visage des gens dans la rue.

Ce monsieur, qui donnait physiquement l’impression d’avoir plus d’une soixantaine d’années, était vêtu d’un costume de seconde main, qui donnait un peu chaud pour la saison. Sur son visage, une paires de lunettes perchée sur un nez, partiellement caché par un morceau de tissu anti-pandémie.

Peut-être allait-il au marché, visiter une connaissance de longue date ou encore tout simplement se balader et prendre l’air dans un arrondissement autre que le sien. Mais ce qui suscita le plus mon attention fut son regard. Mélancolique et un peu vague. Je me demandais quelles expériences avaient pu l’amener à dégager de telles émotions. Après tout, une grande partie de sa vie était déjà derrière lui.

Il était assis là, tout seul dans un carré de quatre sièges, ne pouvant que l’inciter à avoir plus de compagnie. Mais il était là, son regard cherchant du réconfort au milieu des autres voyageurs non loin de sa place.

J’avais cette curieuse impression qu’il l’avait trouvé, auprès d’une coquette dame assise de l’autre côté des portes de sortie, là où ses grands yeux noirs n’arrêtaient pas d’aller se promener. Une curieuse connexion se créait sous le nez des usagers, ne remarquant pas la douce et subtile complicité que je pouvais observer.

Cela me fit sourire de voir et de vouloir croire en la naissance de cette relation; comme dans certains films romantiques, juste le temps de voir leur wagon s’arrêter puis passer.

En parlant de wagon, il y en a qui défilent devant nous. Notre tram est là. En rentrant dans ce dernier avec toutes nos affaires, je répondais à celle qui déménageait avec moi : « Mais qu’est ce que tu regardes depuis tout à l’heure? » Je lui répondis que ce n’était « pas grand chose », laissant cette idée s’en aller vers le côté opposé à notre destination.

Mon imagination me joue des tours, mais dans ce genre de situation, cela me plaît de visualiser la vie des gens avec plus de contraste.


Marvin Gomis & Pauline Gauer

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