Solitude / TRIPTYQUE, LES TROIS OEUVRES DE LA SEMAINE, N°2


La solitude. En cette période de pandémie, certains d’entre nous ont expérimenté la vie seul et enfermé, parfois dans une seule pièce, loin de leurs proches et de leurs occupations habituelles. C’est douloureux, inhabituel, et l’on se retrouve face à soi-même de la manière la plus violente. La solitude reflète aujourd’hui l’image d’une société qui s’individualise.

Mais elle n’est évidemment pas qu’une cause de la pandémie. Elle est universelle, intemporelle. Dû au rejet, à la timidité, à la phobie sociale, à des incidents de la vie ou par volonté, des millions de gens affrontent cet isolement depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, nous vous présentons trois œuvres qui ont mis en lumière cette solitude de l’homme.


Vous avez peut-être aperçu les peintures d’Edward Hopper durant les derniers mois. Elles sont devenues une sorte de symbole du confinement mondial, séparant les hommes de l’extérieur de chez eux.

En 1927, l’artiste américain peint Automat, une huile sur toile qui décrit avec précision son idée de la solitude des gens dans les grandes villes dans les années 1920 : une jeune femme seule dans une cafétéria américaine appelée Automat. L’ambiance de la scène est froide, sombre et sans émotion. Au centre, cette femme au regard vide et au geste mécanique tel un automate, semble perdue dans ses pensées.

Comme dans son plus célèbre tableau Nighthawks, Edward Hopper peint des personnages isolés pour capturer la solitude et l’aliénation de la vie moderne. Et près d’un siècle plus tard, ses œuvres continuent de toucher le monde entier par leur réalité brutale.


En mai 2020, en plein confinement, le photographe russe Karman Verdi, depuis Moscou, publiait son projet There Are So Many Ghosts at My Spot. Cette série de photographies met en scène un homme seul dans un appartement, qui interagit avec des personnes en appel vidéo projeté dans la pièce, dans des moments du quotidien. Un concept qui reflète notre époque centrée sur les technologies et l’auto-isolement des hommes dû au confinement.

« Il ne s’agit pas seulement d’en tirer une projection. Communiquer, interagir sans fioriture, raconter une histoire vraie et complète, voilà ce dont je parle » – Karman Verdi

Rapidement, le projet de Karman Verdi fait parler de lui dans les médias du monde entier car il reflète parfaitement la situation de milliers de personnes seules chez elles pendant la pandémie. La marque H&M est d’ailleurs accusée de plagier une des photographies de la série dans une publicité vidéo.


En 1952, Billie Holiday, l’une des plus grandes chanteuses de jazz au monde, sortait l’album Solitude. Surnommée Lady Day par le saxophoniste Lester Young, puis par le monde entier, Billie Holiday devient la première femme noire à travailler avec un groupe de musique blanc : l’orchestre d’Artie Shaw.

Dans l’album Solitude, une chanson du même nom émeut les foules et devient emblématique : Billie Holiday interprète (In My) Solitude, composée en 1934 par Duke Ellington, avec des paroles d’Eddie DeLange et d’Irving Mills. Elle chante avec désespoir et émotions contraires, comme une actrice qui habille l’image avec de la musique. La pochette de l’album, où l’on voit la chanteuse près d’une fenêtre, illustre avec justesse l’immense solitude de Billie Holiday.

(anglais)
I sit in my chair
Filled with despair
Nobody could be so sad
With gloom ev’rywhere

(français)
Je m’assois sur ma chaise
Un sentiment de désespoir
Personne ne peut être aussi triste
Avec la morosité partout


Pauline Gauer

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