Shiva, Fondateur de la Team Eunomie : « On a pris le chemin de lutter contre la pédocriminalité sur internet. » / Portrait


Portrait extrait du podcast L’averse, disponible sur les plateformes de streaming


Depuis plus d’un an, une quarantaine de citoyens français, suisses et belges s’engage dans la lutte contre la pédocriminalité sur internet. Leur nom : la Team Eunomie. Le fondateur de la team, sous le pseudonyme de Shiva, a accepté d’échanger avec nous.

“On a pris le chemin de lutter contre la pédocriminalité sur internet. Moi, j’ai eu envie de faire ça parce que j’ai une visibilité là-dessus, parce que je suis une ancienne victime. Moi, j’ai pas été cru et je ne voulais pas que l’on puisse recommencer avec d’autres enfants.”

La Team Eunomie, composée à 80% d’anciennes victimes et parents d’enfants victimes de pédocriminalité, a été fondée en décembre 2019 en Normandie. A cette époque, lorsque Shiva crée son premier fake de petite fille sur Facebook, il reçoit en moins de 24 heures près de 90 demandes d’amis, dont 20% sont des hommes de plus de 50 ans. Évaluée comme efficace pour détecter les pédocriminels, la méthode des faux comptes devient l’arme redoutable de la team.

“On fait un faux profil de petite fille de treize ans. La seule chose qui va différer c’est réellement que nous, derrière, on n’a pas treize ans, et que l’on est prêt à mettre les personnes suspectées en justice. Et ensuite, il y a les enquêteurs qui vont réunir de manière légale et publique toutes les informations que l’on peut trouver sur le pédocriminel présumé.”

La Team Eunomie travaille en collaboration avec la police. Leur but : apporter un regard neuf aux forces de l’ordre sur un sujet dont ils n’ont pas forcément le temps ni les moyens de s’occuper.

“Nous, on lance l’enquête. On va réunir de manière publique et légale tout ce que l’on peut réunir sur la personne. Ensuite, il y a deux possibilités. Soit la personne va vouloir nous donner un rendez-vous et dans ce cas-là, on va appeler les forces de l’ordre pour qu’elles se rendent à notre place au rendez-vous. C’est déjà arrivé plusieurs fois. Ou alors, s’il n’y a pas de proposition de rendez-vous mais qu’il y a un délit – si la personne a envoyé son sexe, fait des propositions sexuelles ou envoyé de la pédopornographie – on va réunir ce que l’on appelle un “compte-rendu d’enquête”. On va imprimer toute la conversation et on va tout envoyer directement au procureur de la République du lieu de domicile de la personne concernée.”

Mais depuis la mise en place de teams comme la Team Eunomie ou la Team Moore, les pédocriminels commencent à se méfier des comptes d’enfants sur internet, par peur de tomber sur l’un de ces citoyens.

“Quand on a commencé début décembre, en moins de cinq minutes on avait des photos de sexes ou des propositions sexuelles. Maintenant, l’effet bénéfique que ça a eu, c’est que les pédocriminels vont parler, vont vraiment essayer de s’informer si la personne est une petite fille ou pas avant de le faire. Parce qu’ils savent ce que l’on fait. Ils ont peur de tomber sur nous. Et nous, c’est vraiment ce que l’on recherche, c’est qu’ils aient peur eux, et pas les enfants.”

Les actions de la Team se font principalement sur Facebook, un réseau social sur lequel 36% des utilisateurs ont plus de 35 ans. Et les résultats se montrent concluants.

“Si on regarde les trois dernières semaines, parce que le reste on n’est pas toujours informés, on a eu une arrestation aujourd’hui [8 décembre 2020] avec une comparution immédiate dans le cadre d’une CRPC, dans un tribunal que pour l’instant j’ai pas le droit de citer, d’un pédocriminel. Je peux vous donner les termes exacts de condamnation, j’ai le papier : corruption de mineur de 15 ans, détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique, importation de l’image d’un mineur présentant un caractère pédopornographique et proposition sexuelle faite à un mineur de 15 ans par un majeur utilisant un moyen de communication électronique. Il faut savoir que ce monsieur-là, dans la logique, devrait être incarcéré directement ce soir. Les trois semaines d’avant, on en a fait incarcérer deux autres aussi.”

Pour Shiva, il est important que les parents communiquent avec leurs enfants sur les dangers des réseaux, tout en créant une relation de confiance et mettant en place un contrôle parental. A ne pas oublier : ce sont les pédocriminels qui cherchent les enfants et sont assez doués pour retourner leur cerveau, ce n’est en aucun cas la faute des enfants.

Merci à Shiva et à la Team Eunomie pour cet échange.
Vous trouverez plus d’informations sur leur Facebook et leur Twitter.


Pauline Gauer

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