Police / TRIPTYQUE, LES TROIS OEUVRES DE LA SEMAINE, N°4


Cette année plus que les précédentes, nous avons vu agoniser en vidéo des dizaines de personnes sous les coups ou le poids de policiers dans le monde entier. Le 3 janvier dernier en France, les cris de Cédric Chouviat, tué par la police lors d’un simple contrôle routier, résonnent. “J’étouffe”. Puis, le 25 mai aux Etats-Unis, George Floyd meurt sous le genou d’un policier. “I can’t breathe”. Un nombre exponentiel de vidéos circulent alors sur les réseaux sociaux, créant une vague de contestations dans de nombreux pays.

Le 21 novembre dernier, alors que les tensions montent entre le peuple français et les forces de l’ordre concernant la Loi “Sécurité globale”, Michel Zecler, producteur de musique à Paris, est tabassé et insulté de “sale nègre” par trois policiers. La vidéo de son agression, qui fait le tour du monde, révolte une fois de plus le pays. Des manifestations et une Marche des libertés sont organisées dans les grandes villes françaises durant les mois de novembre et de décembre.

Cette haine et cette incompréhension envers les forces de l’ordre ne cessent de s’accroître. Et dans une ère où il ne sera peut-être bientôt plus possible de filmer et photographier la police, des artistes témoignent de cette violence et ces confrontations entre le peuple et ceux qui sont censés le protéger.

L’équipe de Première Pluie pense à chacune des victimes de la police.


En mai 2020, suite au meurtre de George Floyd, l’artiste américain Nikkolas Smith publiait sur son compte Instagram sa nouvelle œuvre Reflect. Depuis plus de sept ans, celui qui se définit comme “artiviste”, un mélange entre artiste et activiste, témoigne de la société actuelle et du racisme toujours omniprésent envers les personnes noires.

Le portrait de George Floyd par Nikkolas Smith, devenu un symbole de la lutte contre les violences policières, est aujourd’hui au centre des panneaux d’affichage de Times Square à New York. Son œuvre Reflect, sur laquelle une femme noire pose un genou à terre devant des policiers armés en leur montrant leur reflet dans un miroir, a ému les manifestants américains.

« Je regarde toujours ce qui se passe dans le monde et j’essaie de le refléter. Il y a tant de vies de personnes noires qui viennent d’être enlevées de cette Terre. […] Je pense que ce moment de l’histoire nous a montré qu’il est du devoir de chacun de continuer à briller en exigeant sans crainte la justice. Nous pouvons tous faire la différence de bien des façons, que ce soit en protestant, en signant des pétitions, en appelant les autorités locales et les mairies, en votant ou même en se présentant aux élections. En fin de compte, chacun doit prendre des mesures pour devenir le changement qu’il souhaite voir dans le monde et défendre véritablement la justice pour tous.” – Nikkolas Smith pour My Modern Met


En France, le 23 novembre 2020, le photojournaliste Boby couvrait la scandaleuse évacuation d’un campement de migrants éphémère par les forces de l’ordre sur la Place de la République, à Paris. Spécialisé dans les reportages pour Libération, les portraits et les photographies de concerts, Boby sait capturer le détail qui amuse ou qui choque.

Ici, pour la couverture de Libération du 25 novembre 2020, Boby a photographié un homme à terre, bousculé par les forces de l’ordre particulièrement virulentes ce soir-là. Une image insoutenable et honteuse qui dénonce la réalité de la violence policière.

“Hier soir j’ai vu des hommes et des femmes prendre du plaisir à chasser des exilés… triste France.” – Boby, 24 novembre, sur Instagram


Si l’on remonte des années en arrière, à l’époque de Mai 68, on s’aperçoit que les choses n’ont pas vraiment évolué depuis. Le 3 mai 1968 à Paris, les étudiants de l’Unef et du Mouvement du 22 mars, dirigé par Daniel Cohn-Bendit, se réunissent dans la cour de la Sorbonne.

Le 6 mai, un affrontement éclate entre des étudiants et protestataires révoltés, pavés en main, et les forces de l’ordre qui tentent de rétablir le calme à coup de matraques. Ce jour-là, c’est le photographe Jacques Marie qui immortalise la scène, près de la librairie Joseph Gibert, boulevard Saint-Michel à Paris.

« La police vous parle tous les soirs à 20h. », « Non à l’Etat policier ! », des slogans qui résonnent encore aujourd’hui comme actuels, 52 ans plus tard.


Pauline Gauer

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