Insectes / Triptyque, les trois oeuvres de la semaine, n°8


Dans nos sociétés modernes toujours plus urbaines et bétonnées, l’Homme a tenté de contenir et modeler la nature selon ses envies et ses besoins. Au fil des années, il a développé un rapport hostile à cette dernière, créant chez lui une peur et un dégoût des petites bêtes qu’il connaît mal : les insectes. Pourtant, ils font partie intégrante des cultures et traditions depuis des milliers d’années, considérés comme des symboles de royauté, de divinité, de renaissance, d’espoir et de mort.

Les insectes sont d’ailleurs un thème récurrent dans l’art au fil des époques. Alors cette semaine dans Triptyque, ce sont ces petites bêtes personnellement chères à mon cœur qui sont mises à l’honneur à travers trois œuvres d’art, plus impressionnantes les unes que les autres.


Figure de la laideur, de la saleté et de l’éphémère, la mouche est aussi considérée comme un insecte harmonieux aux ailes que l’on compare à des cartes de géographie. Dans l’art, elle est souvent symbole du mal et de la mort.

Aux 15ème et 16ème siècles, des artistes intègrent la mouche dans l’art contemporain européen. Dans son ouvrage Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, l’écrivain Giorgio Vasari racontait l’incroyable légende de la première mouche peinte : Un jour, le peintre Giotto alors qu’il n’était encore que simple élève du peintre Cimabue, entra dans l’atelier de son maître pour peindre une mouche sur le nez du personnage d’un tableau. Lorsque Cimabue revint, il tenta de chasser la mouche de la toile plusieurs fois, avant de se rendre compte de la supercherie.

C’est alors que naquit la tradition de la Mouche Peinte, « Musca Depicta ». La reproduction de cet insecte devint alors dans la peinture un détail et un symbole de la capacité du peintre à tromper l’œil de son spectateur, à susciter la surprise et à créer un lien entre l’œuvre et la réalité.

La représentation de la mouche par Giotto étant une légende, il ne reste aucune trace de ce tableau. Pour autant, ce trompe-l’œil a été repris par des centaines de peintres au 16ème siècle et encore aujourd’hui. Les œuvres les plus réputées sont Le Christ soutenu par deux anges de Giovanni Santi, et La Madone et l’enfant de Carlo Crivelli.


L’artiste américaine Talia Greene, qui s’intéresse dans son travail à la relation ambivalente qu’entretient l’Homme avec le milieu naturel, présentait en 2008 sa série Coiffed : A Typology of Entropic Variations.

Sur de vieilles photographies de portraits, elle met en scène des insectes devenant les barbes et coiffures extravagantes des personnes immortalisées. De manière ludique, Tania Greene parle du besoin de contrôler notre enveloppe corporelle et notre apparence. Elle met en lumière l’incapacité de l’Homme à soumettre la nature à sa volonté : ces insectes, mouches ou abeilles, évoluent à leur manière, formant des essaims de plus en plus abondants, sans prendre compte de l’avis de l’Homme.


Basé à Lisbonne, le street artiste Sergio Odeith, mondialement reconnu sous le pseudonyme Odeith, est un spécialiste du graffiti trompe-l’œil. Depuis les années 1990, il s’amuse à donner un incroyable effet en trois dimensions à ses œuvres éphémères.

Ce sont sur de simples murs dans des bâtiments délabrés du Portugal qu’Odeith recrée à la perfection de vieux bus abandonnés ou donne vie à des créatures immenses et des insectes effrayants, qui semblent vouloir s’échapper. Odeith combine les angles, les lignes et les ombres pour créer des anamorphoses si réalistes que l’on oublie un instant la vraie nature du graffiti. Son travail est à retrouver ici.


Pauline Gauer

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