Nuage / Triptyque, les trois oeuvres de la semaine, n°10


« Masse visible constituée initialement d’une grande quantité de gouttelettes d’eau en suspension dans l’atmosphère au-dessus de la surface d’une planète » – la définition d’un nuage est aussi poétique que sa représentation. En art, les nuages sont souvent les symboles du spleen et de rêves oniriques. Ils ont deux visages : l’un merveilleux, l’autre plus sombre, rempli d’éclairs.

Doux, lointains et en mouvement, les nuages attirent la curiosité des croyants depuis des milliers d’années. Dans la mythologie grecque par exemple, ils protégeaient les armées et les guerriers favoris des dieux, en les cachant.

Les artistes s’en sont emparés pour ajouter des émotions et du réalisme à leurs œuvres : le ciel est le miroir de ce qu’il se passe ici-bas. Aujourd’hui dans Triptyque, je vous présente trois œuvres visuelles, à la fois expérimentales et ancrées dans leur époque, qui témoignent de ces tracés blancs cotonneux que l’on rêve de toucher enfant.


En 2008, le photographe français Laurent Millet réalise la série Nuées, qui met en scène des nuages enfermés dans une boîte transparente. Une illusion d’optique dans laquelle le photographe dispose simplement une boîte en verre entre l’appareil photo et les nuages, comme la modélisation poétique d’un rêve à peine attrapé. 

“Cela crée un écho avec la machine optique qui enregistre l’image. Il est question de perspective, de boîte, tout cela participe à une mise en abyme du médium lui-même. Je joue sur l’aspect des objets, qui évoque la théorie optique de l’image, mais dans les faits, ces objets restent très lointains de la théorie. Leur dimension concrète, au contraire, les rend imparfaits et correspond au bricolage de leur construction. Il existe aussi une tension entre le contexte forestier ou nuageux, qui est hors de contrôle, formé par la prolifération, où peut se lire l’ornementation, et les allusions faites à ces théories abstraites.” – Laurent Millet


Bien plus tôt, entre 1499 et 1502, le graveur et peintre italien Andrea Mantegna exécutait son tableau Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu, aussi appelé Triomphe des Vertus. Cette allégorie représente la victoire de la Raison et de la Sagesse sur les vices.

Aujourd’hui conservé au Musée du Louvre, le tableau resplendit de mille couleurs. Dans un ciel crépusculaire, le peintre de la Première Renaissance peint des nuages très contrastés, dans lesquels on distingue quelques visages.

Au centre de l’un d’entre eux, particulièrement rond, Andrea Mantegna représente les trois autres vertus : la Force arborant sa massue, sa colonne et une peau de lion d’Hercule, la Tempérance qui verse du vin et la Justice, accompagnée de son glaive et sa balance. Les nuages sont un élément du décor qui permet aux personnages d’être mis en scène selon une hiérarchie divine.

Andrea Mantegna, Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu

Lors de la Nuit Blanche de Calgary, au Canada, en 2012, Caitlind Brown et Wayne Garrett présentaient CLOUD. L’œuvre du duo, spécialisé dans le design, est une sculpture interactive à grande échelle composée de plus de 6 000 ampoules de récupération, et d’une multitude de chaînes.

Ces dernières permettent au public d’éclairer et d’éteindre la construction expérimentale, donnant vie au nuage. Un illusion de la foudre spectaculaire, entre poésie et créativité, qui a attiré la curiosité des passants.


Pauline Gauer

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