Design For Everyone, contre les dispositifs excluants : « C’est hyper important de lier l’art et la culture à l’interrogation de nos sociétés, et donc de politiser le geste artistique.” / Portrait


Couverture : Sylvain Piraux

Portrait extrait du podcast L’averse, disponible sur les plateformes de streaming


Vous êtes-vous déjà questionnés sur la présence de piques devant les fenêtres des magasins, ou d’accoudoirs au milieu de certains bancs publics ? Pourquoi sont-ils installés ici ? Contre quoi, ou contre qui ? C’est le questionnement sur lequel travaille le collectif belge Design for Everyone, au sein de l’association ArtiCulE. Charlotte, membre fondatrice du collectif, a accepté d’échanger avec nous.

“ArtiCulE, avec A, C et E en majuscules pour Art, Culture et Education permanente, c’est l’idée de rendre au geste artistique et culturel sa fonction d’interrogation de la réalité sociale. Pour nous, c’est hyper important de lier l’art et la culture à l’éducation permanente et à l’interrogation de nos sociétés sur des thématiques diverses, et donc de politiser le geste artistique.”

Leur première thématique de travail, c’est la question de l’espace public. Il y a un peu plus de trois ans, Charlotte participe à une action avec un collectif de bruxellois pour retirer des grilles qui empêchaient des sans-abri de se poser sous un tunnel. Mais l’action n’a pas eu les résultats attendus. Alors, un an plus tard, Charlotte et Laurent retentent l’expérience en fondant le collectif Design for Everyone.

“On s’est dit que plutôt que de retirer les dispositifs, l’idée c’est d’intervenir dessus pour faire en sorte que les passants se rendent compte qu’il y a quelque chose et se demandent : “Est-ce que je suis d’accord avec ça ou pas ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces accoudoirs, ces grilles, ces absences de bancs ?”


Ces interventions, ce sont celles des bénévoles de l’association, rejoints par un architecte et une designeuse : ensemble, ils installent des constructions en bois sur les dispositifs anti-sociaux, qui ne restent malheureusement que quelques heures. Avec la pandémie, le collectif s’est adapté et a lancé la Brussel’s Prout Map, une carte touristique de Bruxelles qui met en avant les dispositifs excluants. L’objectif : porter un autre regard sur la ville.

“Maintenant que c’est possible, on va commencer à organiser des marches exploratoires dans la ville en se basant sur cette carte. L’idée, c’est d’avoir différents publics, différentes personnes avec nous pour pouvoir se questionner ensemble sur l’espace public et l’impact qu’à l’aménagement de l’espace public sur les possibilités de jouir de l’espace public. Que ce soit pour les personnes âgées, handicapées, pour les femmes, pour les prostituées.« 

« Il n’y a finalement pas que les sans-abri qui sont exclus de l’espace public.”


Le collectif questionne aussi la population via les réseaux sociaux et pour certaines actions, collabore avec l’association Robin des Villes et la Fondation Abbé Pierre. Et après plus de trois ans, Design for Everyone commence enfin à interroger les politiques.

“Ce qu’il y a eu comme effet concret, c’est que des mandataires dans certains partis politiques nous ont contacté pour nous dire qu’ils allaient poser des questions parlementaires en s’appuyant notamment sur la carte de Bruxelles et sur nos autres travaux. Pour nous, c’est une super victoire de faire vivre ce débat dans des débats parlementaires.”

A l’avenir, Charlotte et les membres du collectif souhaitent organiser une colloque ou séminaire avec différents publics pour se questionner ensemble et agir dans l’espace public, en alliant art et engagement. Vous pouvez retrouver les actions du collectif sur leur page Facebook Design for Everyone.


Pauline Gauer

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