Oubliés de l’histoire (partie 1) – Chronique de l’an 2000

Tout d’abord bonsoir. Vous avez des aprioris et c’est tout à fait normal. Vous n’allez pas avoir envie de lire ce que je vais écrire, mais vous allez le lire et vous allez avoir envie de le relire. Un jour j’irais vivre en Alaska, je tiendrais le premier ranch de chevals de neige et je prendrais mon hydravion une fois par mois pour me rendre au Costa Rica manger une ou trois crêpes. En attendant j’ai une vie tout à fait normale et inintéressante que je rends intéressante en la vivant. Je ne vais pas faire que la raconter, je vais surtout l’adapter, pour que vous vouliez que mes 27 ans soient repoussés tous les ans. Ciao en italien, hasta mañana en espagnol, chaque semaine en français.


Il y a beaucoup d’oubliés dans l’histoire, tout le monde le sait. Mais il y a aussi des oubliés dans le système d’études supérieures français. J’aimerais vous parler d’un tas de personnes à qui personne ne pense, les élèves en avance, les fameux, ceux qui ont passé une ou plusieurs classes en primaire ou au collège. Pour commencer il faut que je vous explique comment un élève peut arriver à sauter une classe dans sa scolarité. Souvent ça se passe en primaire.

Tu rentres un jour en classe, ton sac à dos Némo sur le dos, et tu regardes les autres. Tu regardes, tu observes et tu commences à comprendre que ces pouilleux qui te font office de camarades savent pas lire et toi si. Alors ta mère et ton père sont convoqués, ton père fait une blague nulle, ta mère l’engueule, et tu passes une classe. Tu savais déjà lire, alors à quoi bon apprendre à écrire, ce sera mieux de le faire dans la classe du dessus.

Tu continues ta scolarité dans ta petite école de campagne, et t’arrives dans le grand CM1, tu changes de bâtiment, t’es chez les grands maintenant. Mais t’as vraiment une petite école de campagne, alors les CM1 sont dans la même salle que les CM2, avec une maitresse pour 2 classes. T’es déjà un peu chez les grands, mais pas encore assez pour toi, alors au lieu de suivre les cours de ta classe, tu suis ceux des très grands, tu t’ennuies, tu regardes tes camarades à nouveau et tu commences à comprendre à nouveau que les pouilleux qui te font office de camarades sont lents et toi t’es rapide. Alors ta mère et ton père sont de nouveau convoqués, mais comme là c’est une démarche rare de passer une deuxième classe, tu dois dessiner un Pikachu pour prouver que t’es apte psychologiquement et bim, t’es chez les plus grands, il en aura fallu très peu pour gagner 2 ans de sa vie.

Ça ne se passe certainement pas toujours comme ça mais c’est un topo général qui permet de se mettre en situation. Mettons de côté le passage sur comment tu t’adaptes avec des gens plus grands quand t’es en 6ème et que t’as 9 ans, parce que c’est super pas intéressant, et qu’à part taper un jeune pompier de 5ème et faire sentir des mauvaises odeurs aux jolies filles t’as rien fait de tes années collège, c’est simple de s’adapter.

Venons-en au fait, tu rentres en première, scolarité jusque-là sans aucun souci, t’as 2 ans de moins et on te demande de choisir ce que tu veux faire plus tard, tu choisis vaguement, c’est pas plus ou moins dur que les vieux. T’es là, tu passes ta première puis ta terminale, t’es habitué maintenant. Le problème commence seulement à arriver. Parce que en fait tu commences à réaliser que tu vas avoir ton BAC à 16 ans et que dans 4 mois tu vas vivre seul dans une ville et que tu vas pouvoir commencer une vie étudiante à plein temps. Mais il y a un souci. Tu réalises également que comme tout bon adepte de la classe moyenne, il va falloir trouver un job pour financer ta vie étudiante. Mais t’as 16 ans alors tu restes pauvre. Tu te dis que bon, t’as de la chance d’être en avance sur ton temps, tu vas pas te plaindre parce que personne veut te donner de thunes alors tu commences à vivre la vraie vie. Sinon ça se passe toujours aussi bien dans ta relation avec les autres, parce que rappelons-le, nouvelles personnes ou pas, c’est toujours aussi facile de s’adapter. Les gens ne te représentent que par l’an 2000 mais bon, il faut toujours que ceux qui ne retiennent que le début de l’histoire essaient de paraître drôles.

Les seules difficultés pourraient être de rentrer en boîte de nuit, mais honnêtement, qui a envie d’aller dans ces lieux ou la société humaine se dévalorise sans que personne ne le remarque. Alors tu loupes pas beaucoup de soirées parce que tu restes libre, t’es seul, et les soirs où les gens avec qui tu traines veulent aller dans des lieux de débauche, bah tu t’abstiens et tu joues le rôle du mec mystérieux qui n’arrivera à séduire absolument aucune fille comme ça. De toute façon les filles ne t’intéressent pas, tu l’as bien compris que c’était pas fait pour toi. C’est comme si tu voulais aller à Disney, mais à chaque fois que tu vas spécialement à Marne la Valée, Disney change de lieu pour revenir quand tu seras de nouveau dans ton bled pourri, alors tu abandonnes l’envie d’y aller.

Les sérieux problèmes tu commences à les affronter quand t’as 17 ans, parce que c’est pas loin de 18 ans, ça fait déjà une année que t’as commencé la vraie vie, mais c’est toujours pas assez pour travailler pendant les vacances au soleil et du coup t’as toujours pas de sous pour financer ta vie. Et t’as 17 ans, alors tu comprends, tu comprends que t’as économisé 2 années scolaires à l’Etat français et que celui-ci ne te le rend pas. Parce que, tu restes un adepte de la classe moyenne, tu touches les bourses, mais comme tout le monde, 100€ par mois c’est pas beaucoup pour vivre. Alors tu demandes à l’Etat de faire quelque chose, parce que toi tu peux pas trouver un travail, mais bon t’es quand même censé le faire. Tu lui écris une lettre à Monsieur le ministre de l’éducation en lui expliquant tous les problèmes que tu rencontres dans ta vie d’étudiant en avance sur son temps, mais Monsieur le ministre de l’éducation ne te répond pas. Alors tu restes là. 18 ans c’est pas loin, mais toi t’es encore pauvre.

T’as appris que faire passer des classes, c’était un peu débile, tu le regrettes pas mais tu le conseilles pas. Tu le sais au fond de toi, si t’était pas un minimum toi, tu serais complètement devenu personne. La vie s’arrête pas au peu d’argent qu’il faut à un étudiant pour vivre, mais si Marco Polo avait eu son BAC à 16 ans et qu’il avait eu la flemme, bah on aurait pas inventé les pâtes.

Josh – Chronique de l’an 2000

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