Alpha wann vient de sortir son premier album, et ce qu’on peut dire c’est qu’on l’attendait. Toujours aussi humble : « J’ai que 20 consonnes 6 voyelles », cependant on ne peut guère faire mieux avec si peu. Avec UMLA, le rappeur le plus technique de l’hexagone affirme son statut de poids lourd du rap. Il nous démontre (une fois de plus) sa maîtrise des mots et de la langue de Molière en y ajoutant cette fois un fond beaucoup plus cohérent, fini de « rimer pour rimer », cette fois on décèle une ligne directrice et l’album a une vraie couleur qui va plaire à ceux qui aiment les mots.

Alpha Wann ne perd pas de sa splendeur et nous sort quelques phases dont il a le secret, la plus marquante à mon goût étant  l’appelles mère patrie, je l’appelle dame nation ». Hologram’ Lo (surtout mais pas uniquement) apporte beaucoup à ce projet tant il permet à Alpha de se balader sur tous types de prods sur lesquelles il mélange egotrip, critiques de la société et références à son passé. Et si Alpha Wann a depuis tant d’années réussi à travailler ce style qui lui est si propre sans se trahir pour les vues c’est parce qu’il se moque de cette visibilité et cela se ressent dans la tracklist car il n’invite que des rappeurs moins connus que lui prétendant ne pas vouloir « gâcher son feu » (dommage le petit feat avec Nekfeu s’annonçait bien).

Le « dernier rappeur qui rap » comme il se nomme peut donc être très fier de cet album qui ne fera probablement pas un platine, ou « ne passera pas sur Sky » mais qui deviendra très sûrement un classique.

PS: Si vous deviez écouter une seule musique pour vous faire une idée je vous conseillerais Langage crypté ou Le piège.

Tristan Ribault 


Tout arrive pour ceux qui savent attendre. Posture de sages. Pour ceux qui savent attendre, le 21 septembre 2018 était synonyme de 1er album solo d’Alpha Wann. Membre d’1995 et de L’entourage, déjà auteur de trois projets solitaires ; Alph Lauren 1, 2, 3.

Une Main Lave l’Autre

Alpha Wann est-il un américain qui rappe en français ? Technique comme très peu. On sent le travail sur les mots. On sent que les mots ont été dits des milliers de fois, travaillés, forgés pour former les mots, pour inventer la rime, réinventer la sonorité. Les mots ont été sculptés, forgés. Méticuleux, adjectif qualificatif qui convient. Tout vient à point à ceux qui savent attendre que le sculpteur mette le dernier coup de burin à son oeuvre. 

Tout tombe juste. C’est précis, l’album touche sa cible. Longtemps, Alpha Wann a été le prodigieux technicien. On redoutait qu’il n’allie finalement jamais un profond fond à la merveille et à la justesse des rimes. Devinez quoi ? 

Il a réussi. Le juste cocktail. 

On suit Alpha Wann de ses balbutiantes pérégrinations amoureuses sur Pour Celles : « Ca c’est pour celles que je kiffais mais qui m’kiffaient pas ». Il ne s’empêche pas quelques mots pour la génération « La plupart n’ont pas d’rêves et ils trouvent les études lassantes/J’ai vu des ex-champions devenir derniers du classement ». Avant dernier son de l’album, Une main lave l’autre, titre éponyme de l’album formule un provisoire bilan adolescence/succès : « C’t’époque est passée vite, une existence assez vide/L’adolescence a ses vices, très jeune, j’étais lassé de vivre/Aujourd’hui je monte et guette les frères en descente/Cette vie est clairement stressante, j’y ai vu plus d’enterrements que d’naissances/1.9.9.5. ma main gauche et ma main droite/L’Entourage mon cœur et mon sang, mon gun et mon plan ». 

Musicalement l’album sonne par des prods archi réussies, léchées, signées Hologram Lo’, ce qui assure une vraie continuité. 

On ne peut que trop le conseiller aux amateurs de rap ciselé. 

Sébastien 


Tristan et Sébastien – Culture Collective