Image au mur – Grand Blanc

Image au mur est l’un des albums qui m’a le plus interpellé dans cette année musicale si chargée, parce que c’est une proposition vraiment excitante, qui passe au shaker un tas de trucs cools.

Déjà auteurs de plusieurs eps, en 2014 et 2015, puis d’un premier album peut-être plus clivant, quoique terriblement prometteur, en 2016, Mémoires Vives, ils se sont repensés, en gardant le meilleur pour Image au mur

Je vous parle de Grand Blanc, d’un groupe qui vient de Metz presque en totalité. De Camille, qui chante et gère les claviers, harpiste et contrebassiste de formation, élève du conservatoire. De Benoît qui chante et joue de la guitare, de Vincent qui joue de la basse et de Luc à la batterie, qui est également passé par le conservatoire. Je vous parle de musiciens, qui font partie de cette scène pop qui va super bien en France en ce moment. Mais ce n’est pas un énième groupe, ils ont une vraie proposition. 

Une proposition textuelle et musicale forte

L’album est marqué au niveau des textes, d’une part par des références très littéraires. Par exemple Les Illusions Perdues, de Balzac, dès le premier morceau, Les îles : «Où sont les îles / où sont les illusions perdues » et on sent déjà la seconde proposition textuelle : le jeu sur le mot. Non pas jeux de mots, non le jeu sur le mot, le mot travaillé, réemployé, tordu, apparenté. Celui qui fait couler naturellement la phrase. 

Et c’est une constante sur l’album. Second exemple avec la chanson suivante Belleville : « Belleville Belleville Belleville / heureusement tu es belle car tu es vile« . Et ce travail du langage tient jusqu’à la dernière chanson, Télévision : « Et les sirènes étaient belles, presques irréelles, quand tu coupais le son / Telles étaient les visions / A la té-lé-vision ». 

Qu’on s’entende, les textes sont d’une finesse assez rare, au delà du travail sur le langage. 

Voilà un poème pur, extrait de la chanson numéro 3 de l’album, Los Angeles, qui a un goût, comme il le cite, du Los Angeles de John Fante : 

Des plus bas fonds de moi. 
A siffler dans la nuit 
Parmi les balles perdues 
Les airs graves et sévères des déserts invaincus. 

Mais quand je suis loin de toi 
Je suis comme loin de moi 
Mais quand je suis au fond de moi 
Je m’ennuie loin de toi. 

Je remue ciel et terre 
A Los Angeles 
Je ne tremble pas 
A los Angeles 

Demande à la poussière 
Je te cherchais sans cesse 
Sous toutes les pierres 
De Los Angeles. 

Voilà la version complète du début de la chanson Télévision, déjà évoquée, ce qu’ils disent du poste, c’est assez impressionnant de profondeur : 

On s’abreuvait de source sure au fruit de la passion
Des élixirs au parfum de luxure et sans transition
Des séismes sans séquelles gravissaient des échelles, un à un les échelons
Et les sirènes étaient belles, presques irréelles, quand tu coupais le son
Telles étaient les visions
A la té-lé-vision 

Sur le plan de la musicalité, rien ne semble interdit. Pas de tabou chez eux, un côté hip-hop sur Rêve BB rêve (6/13), un scandé qui a du flow sur Belleville, des allures de slow sur Ailleurs (11 et 12 / 13). Les voix de Camille et de Benoît qui s’alterne et un album archi lancinant entre spleen et démesure de la ville, entre mélancolie et musicalité qui résonne sur les parois acoustique de notre fort intérieur, ça s’écoute dans tous les lieux et à toutes les heures.


L’album s’appelle Image au Mur, il est signé Grand Blanc, il est paru le 14 Septembre 2018, sur le label Entreprise. 


Arthur Guillaumot

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