Le jeune noir à l’épée – Abd Al Malik

Engagé poétique, la poésie comme une arme

Abd Al Malik a beaucoup inventé, réinventé les genres au cours de sa carrière, il a repoussé des frontières et il a fait tomber des murs à lui tout seul. D’ailleurs, je ne trouve pas ça pertinent de parler de carrière pour Abd Al Malik, il serait plus juste, sans doutes, de parler de vie d’homme. Épris de quelque chose de grand et de juste, et qui a trouvé à le retranscrire en mots. 

Avec sa voix caractéristique, qui a toujours été celle d’un sage. Avec ses mots, qui ont toujours été ceux d’un poète. On ne pense pas suffisamment à écouter Gibraltar, sorti il y a 13 ans, alors que cet album, et cette chanson en particulier, son plus justes et frappants que jamais. 

La négritude 

Ici, sur ce nouvel album, Le jeune noir à l’épée, du nom d’un tableau de Pierre Puvis de Chavanne, exposé au musée d’Orsay, il continue une réflexion profonde et engagée. Une réflexion directement affiliée aux écrits de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Edouard Glissant. Je pense notamment au titre La vida Negra (Aquarius), je pense à Tirailleurs et au Jeune noir à l’épée sur ce nouvel album. 

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/une-journee-avec-abd-al-malik

« C’est dire que la Négritude au premier degré peut se définir d’abord comme prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité.
Mais la Négritude n’est pas seulement passive.
Elle n’est pas de l’ordre du pâtir et du subir.
Ce n’est ni un pathétisme ni un dolorisme
La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit.
Elle est sursaut, et sursaut de dignité.
Elle est refus, je veux dire refus de l’oppression.
Elle est combat, c’est-à-dire combat contre l’inégalité.
Elle est aussi révolte. »

Extrait du discours sur la négritude d’Aimé Césaire, 1987

texte complet : http://blog.ac-versailles.fr/1erelnerval/public/LA_2_Cesaire__Discours_sur_la_Negritude.pdf

Le jeune noir à l’épée

9 titres qui accompagnent la parution d’un livre du même nom, Le jeune noir à l’épée aux éditions Flammarion. Un disque travaillé avec essentiellement avec Matteo Falkone et Wallen et Gerard Jouannest. 9 titres qui sont tous gorgés de l’énergie vitale de l’engagement. Tous. Un prélude, les sons d’une manifestation qui clame Justice pour Adama, accompagnés de quelques notes de piano. Puis Abd Al Malik déclame quelques vers de Bénédiction de Charles Baudelaire. Le ton est donné. Engagé poétique, la poésie comme une arme. Je ne vais extraire des morceaux de textes. Il faut écouter La Vida Negra (Aquarius). La force des références mythologiques, dans les drames actuels qui se jouent en Méditerranée dans l’absolue silence des abysses indécents que sont le cœur de quelques puissants. 

Un album profondément tourné vers l’autre, avec Les gens du voyage, où il reprend de dire le poème Bénédiction de Charles Baudelaire, qu’il avait commencé avec le prélude. La poésie elle est dans les rues de Strasbourg, qu’il dit comme jamais, la prose qui dessine les pavés, les rues, les couleurs des magasins pour dire « t’es belle Strasbourg ». Quelle force dans les mots. Il faut de la force dans les mots pour écrire les sujets qu’écrit Abd Al Malik. La foi. La force. La fureur qui vient du cœur. Celle qui s’adresse à Eux, sur le dernier titre. Et toujours, avec cette voix, celle du sage. 

Nul doute, il le dit, son rap est roman national.


Le jeune noir à l’épée est paru chez Flammarion : https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/art/le-jeune-noir-a-lepee

Vous pouvez écouter les titres du Jeune noir à l’épée (Gibraltar x PIAS) : https://open.spotify.com/album/0XQNRmjV8hqgP0aS4glJmS?si=Bu4YG3GlTluzV9QJWMUG_Q

Et voir les clips : 


Arthur Guillaumot 

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