La Droite est-elle morte ? – Edito

Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Le parti Les Républicains (LR), anciennement RPR puis UMP, a réalisé un score de 8.48% aux élections européennes de 2019.

Soyons clair, ce résultat est historique : jamais, dans n’importe quelle élection que ce soit (cantonales, régionales, départementales, européennes, législatives, présidentielles) la droite n’avait fait un score aussi faible.

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Graphique S.Zébina x G.Dedôme Source : Ministère de l’intérieur

Avec ce graphique il apparaît clairement que ce résultat est médiocre ; aussi dans l’histoire des élections européennes c’est la première fois que les Républicains arrivent 4ème depuis quarante ans. Le parti n’arrive qu’en troisième position chez les plus de 65 ans, une catégorie qui a toujours été généralement fidèle à la droite.

Ce qui rend ce résultat si étonnant, c’est également le fait que les sondages, pourtant très précis lors de l’élection présidentielle de 2017, n’annonçaient absolument pas ce score : le dernier sondage Ifop-Fiducial prévoyait les Républicains en 3ème position avec 13.5% des voix, loin devant les écologistes à 8% !

Ce score apparaît d’autant plus faible lorsqu’on le compare à celui du duo de tête, le Rassemblement National (RN) à 23,3% et La République En Marche (LREM) à 22.4%. Aujourd’hui, la droite française semble minuscule, écrasée entre le centre(-droit) et l’extrême droite.

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Graphique : S.Zébina x G.Dedôme Source : Ministère de l’intérieur

Pourquoi une telle débâcle ?

Tout d’abord, il faut se souvenir que la droite n’était pas au meilleur de sa forme, 2 ans tout juste après les élections présidentielles de 2017 où elle n’avait pas atteint le second tour, chose inédite dans l’histoire de la Ve république.

Ces 8,5% ont plusieurs possibles sources. On peut d’abord s’interroger sur la capacité de rassemblement de la ligne politique choisie, très à cheval sur la question identitaire en défendant à tout prix la « civilisation judéo-chrétienne européenne », se rapprochant ainsi du RN, tout en occultant tout au moins partiellement des questions primordiales comme l’écologie et, dans une moindre mesure, l’économie. On voit avec la percée bienvenue des Ecologistes, bien que cela ne soit pas un fait inédit, que la question environnementale prend une ampleur nécessaire dans le paysage politique français, qui doit désormais se retrouver chez tous les partis.

Nous pouvons également nous interroger sur le choix de tête de liste des Républicains. François-Xavier Bellamy, bien que ne manquant pas de réflexion, a pu apparaître, notamment lors des débats télévisés, bien peu dynamique face à des adversaires davantage virulents, comme Jordan Bardella pour le RN. De plus, la tête de liste des Républicains a reçu nombre de critiques pour ses opinions personnelles trop conservatrices, notamment au sujet de l’avortement et du mariage homosexuel.

Enfin, c’est chez le duo de tête que l’on peut retrouver quelques causes de ce score. L’élection s’est en effet rapidement faite confisquer par le RN et LREM qui en ont fait un « troisième tour de la présidentielle », tandis que les deux partis s’opposaient dans ce qu’ils veulent à tout prix voir devenir un combat entre nationalistes et progressistes-mondialistes. Cette stratégie permet simplement aux deux côtés de sortir gagnant, tuant au passage toutes nuances dans le débat.

C’est ainsi que l’opposition à Emmanuel Macron se cristallise chez le parti d’extrême-droite, tandis que celui du Président prépare tranquillement le terrain pour les prochaines élections présidentielles de 2022, afin de briguer un second mandat. En effet, en donnant au RN l’unique rôle de l’opposition, il s’assure un second tour identique à 2017 qui verrait évidemment la même issue qu’il y a deux ans, le peuple français se refusant ad vitam aeternam le vote majoritaire aux extrêmes.

Il est d’ailleurs amusant de retrouver cette stratégie exposée implicitement dans les discours de Marine Le Pen et d’Edouard Phillipe à la publication des premiers résultats de ces élections européennes.

C’est donc de cette manière que les Républicains se sont retrouvés éclipsés du débat public, au même titre que le Parti Socialiste (PS) emmené par Raphaël Glucksmann (pour ne parler que des partis « traditionnels ». Seulement 34% des voix de Fillon de 2017 ont ainsi été conservées chez la liste de Bellamy, tandis que plus de 27% sont allées à LREM et près de 18% au RN.

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Graphique : S.Zébina et G.Dedôme Sources : Ipsos Sopra Steria

Et maintenant ?

On peut d’abord regretter l’échec de l’effort de cette droite à donner de la hauteur au débat politique. Alors que Bellamy restait (trop) calme sur les plateaux et tentait de faire passer ses arguments avec douceur, Wauquiez était celui qui, avec François Bayrou, respectait le plus la parole de ses adversaires sur les plateaux de télévisions. Peut-être que le jeu de la communication actuelle ne laisse de place qu’à l’agressivité et au haussement de ton.

Désormais, et sur le court terme, c’est surtout l’avenir du poste nouvellement vacant de président du parti qui est en jeu. Ce dimanche 2 juin, Laurent Wauquiez a en effet annoncé sa démission. Il faut dire que beaucoup demandaient sa tête, notamment en réclamant une refondation de la droite et du centre à son détriment. Par ailleurs, les élus Républicains des arrondissements de Paris se désolidarisaient de sa ligne politique pour les municipales de 2020.

Au lendemain des européennes, c’est Agir, l’antichambre de LREM au centre-droit, qui appelle les maires de droite à rejoindre leur mouvement et à laisser derrière eux une direction des Républicains toujours plus isolée.

Le parti est donc menacé en son sein et assailli par d’autres formations qui souhaitent surfer sur cette contre-performance pour donner le coup de grâce à une droite fragilisée. A l’image de Thierry Mariani, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, les adhérents et élus de la droite dure pourraient être tentés de rallier l’extrême-droite, tandis que plus rien n’empêche la droite « molle » d’aller grossir les rangs de LREM.

Dès lors, quelle ligne choisir ? Comme on l’a vu, celle qui a porté LR pour les européennes n’a pas porté ses fruits. En théorie, elle ne semblait pas vraiment différente du projet de Fillon en 2017, mais pour beaucoup elle restait trop à droite sur la question identitaire et pas vraiment différente de LREM sur le plan économique. Il faut donc se réinventer et réaffirmer des valeurs communes à toutes les époques, de De Gaulle à Sarkozy en passant par Chirac, tout en s’adaptant aux enjeux contemporains ; il ne s’agit plus de considérer l’écologie comme un sujet secondaire. Il semble délicat de rêver d’un second tour en 2022. Cependant, pour le long terme, ces trois ans vont être cruciaux.

Les prochaines échéances arrivent vite avec les municipales de 2020 déjà évoquées, puis avec les régionales de 2021. Deux tests grandeur nature qui devront être travaillés avec humilité et ténacité. Rendez-vous l’année prochaine.


Siméon Zébina et Gautier Dedôme

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