La situation au Soudan

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Le Soudan

Soudan est une république présidentielle qui compte plus de 35 millions d’habitants. Globalement le pays a toujours connu des gouvernements où les militaires occupaient les postes les plus importants, depuis son indépendance vis-à-vis du Royaume Uni en 1956.

Depuis décembre 2018, des mouvements de contestations voyaient le jour dans le pays, notamment au Nord, suite à une très lourde inflation et à une augmentation des produits de première necessité comme le pain. Les manifestants réclament de meilleures conditions de vie. 20 des 35 millions de soudanais vivent sous le seuil de pauvreté.

Comme sur cette photo, les manifestations se déroulent pacifiquement.

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PHOTO / Mohamed El-Shahed / AFP.

Contexte

Omar Hassan el-Bechir était au pouvoir depuis près de 30 ans au Soudan, et son coup d’état de 1989. Il est accusé par la cour pénale internaitonale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour la guerre du Darfour. Le Darfour est une région soudanaise, où les conflits sont très anciens, et ethniques. La guerre actuelle dure depuis 2003 et n’a toujours pas cessé. Les chiffres soudanais font état de 10 000 morts, mais les Etats-Unis, Israël et le Canada parlent de 300 000 morts (2.7 millions de déplacés) et d’un véritable génocide, dont l’un des principaux coupables est el-Bechir.

Avril-Juin 2019

el-Bechir a été renversé par l’armée le 11 avril dernier. Le lendemain, Ahmed Awad Ibn Auf, ministre de la défense sous el-Bechir annonce que le prochain gouvernement sera un gouvernement civil. Abdel Fatah al-Burhan est désigné par l’armée pour assurer la transition. Le dialogue s’engage alors avec l’armée, les forces civiles d’opposition et les représentants de manifestants.

Le 3 juin 2019, tout bascule.

Les négociation piétinent. À Khartoum, les manifestants campent pacifiquement devant les forces armées. Il est important de rappeler que les manifestations du peuple soudanais se déroulaient pacifiquement, depuis le début en décembre 2018.

4 h du matin, l’armée et ses soutiens tirent sur la foule, abattent les manifestants, brûlent les tentes et les gens. 48 femmes et 6 hommes sont violés. Un viol, au Soudan, c’est la transmission assurée du sida. On jette les gens, morts, vifs, dans le Nil. Internet est coupé, le téléphone aussi, la télé est muette. On fait état d’une centaine de morts. Ce sont évidemment des chiffres très provisoires on parle déjà d’au moins 5 fois plus.

On dispose de très peu d’images des violences. Les heures qui suivent, le peuple s’enferme. Dans les hôpitaux, les médecins sont enlevés ou tués. Une manière d’affaiblir le peuple, beaucoup de gens ont besoin d’être soignés, les hôpitaux voient s’entasser les blessés, on voit les stigmates de la torture.

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PHOTO / Stringer / Anadolu Agency / Via AFP.

Qui est responsable ?

La torture oui. Parce que le lendemain, on comprend que ce n’est pas l’armée officielle qui vient d’agir mais les RSF, Rapid Support Forces, aussi appelés jenjawids, des anciens du Darfour. Initialement, ils étaient miliciens, et ingérables. Ils le sont restés en devenant les RSF. Ce sont des fidèles absolus du dictateur déchu, el-Bechir.

Les RSF sont 15 000 et sont commandé par Mohamed Hamdan Daglo, qu’on appelle communément Hemedti, vice-président du gouvernement de transition.

Toujours dans les heures qui suivent, Burhan et Hemedti interviennent publiquement pour clamer leur innocence. Des élections sous neuf mois sont annoncées.

Ces derniers jours

La SPA, l’organisation à l’initiative des manifestations, appelle la population à résister, à installer des barricades. L’armée se divise entre le pouvoir et le peuple. Les Nations Unies temporisent.

Le premier ministre éthiopien, est chargé d’établir une médiation. Elle échoue.

Dimanche dernier était organisée une désobéissance civile. Elle a donné lieu a des tensions, à des tirs, les bilans varient largement.

Ces derniers jours, la situation prend le chemin du calme, progressivement, un correspondant de l’AFP (Agence France Presse) relatait ainsi que des bus passaient mercredi matin et que des rideaux de fer ses relevaient, après des jours de confinement.

Les Etats-Unis notamment plaident pour une issue qui privilégie un gouvernement civil. L’Egypte et l’Arabie Saoudite soutiennent les généraux. La médiation va reprendre.

Twitter a largement réagi à la répression soudanaise, avec des photos de profils bleues comme ci-dessous, qui se sont propagées sur les autres réseaux pour attirer l’attention sur la situation au Soudan.

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Arthur Guillaumot

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