La campagne – Nouvelle

Les arbres forment une vague cathédrale par dessus la route. La voûte frissonne à la caresse du vent. Il n’y a à peu près que ça qui existe. 

C’est toujours la même route et elle mène toujours au mêmes endroits. Il y a le lac, il y a le terrain de tennis, la ville, sur sa colline. 

On dirait un gâteau, mais alors une pâtisserie, un peu ratée mais quand même élégante. Chargée, disons. Entourée de remparts, elle parle d’une histoire longue et riche de détours, de flèches enflammées, de moines capuchés, de charrettes de paille qui cachent des princesses, de chevaliers qui galopent dans la boue des chemins voisins, de paysans heureux, détruits, pillés, malades.

Maintenant, il y a les usines, en bas, qui fument comme par évidence, pour être crédibles. Des ouvriers y entrent le matin, il parait qu’ils en sortent le soir, remplacés. Quelques ronds-points, quelques pots de fleurs qui dégueulent. Des bagnoles passent à fond sous les panneaux d’une boîte de nuit fermée depuis longtemps. Quelques enfants jouent au foot au bord de la voie ferrée. Les trains ne passent plus. Les panneaux d’interdiction sont devenus gris, alors on a le droit de tout faire. 

Il y a un canal, des gens lancent des trucs dedans, peut-être des corps. Enfin nan, sûrement pas. Parfois, il se passe quelque chose et tout le monde va acheter le journal local. Il y a avait un concours de pêche, il y a 5 jours. 

 

Les étendues ne s’étendent que pour servir de décor à l’autoroute. 

Pour servir de décor à l’agonie de vieillards inutiles. 

Pour vomir les évidences des insectes en symphonies 

Les ruisseaux asséchés par la soif des grands troupeaux de guerriers de l’ennui

Quelques cohortes d’arbres morts pour sauver la ville

Des oiseaux, des collines, des orages sous les voûtes

Les étendues ne s’entendent que pour nous rétrécir

 

*

Je suis parti de la ville, par le train du matin. Je suis resté un soir de plus que nécessaire. Ma mère voulait que je revienne dès la fin des cours. Mais je voulais attendre un peu. Marcher dans la ville, prendre le temps aux endroits où j’avais été tous les jours pressé. Le chemin de l’université, la gare, le supermarché. Pressé c’est un mot juste. Pressé contre des corps, je cherchais à me défaire des contacts, comme des fuites dans les multitudes. J’ai parfois rêvé d’une épée pour offrir des sacrifices aux divinités du regard. Pressé contre le temps, qui veut toujours le meilleur de nos heures précises, qui en demande toujours plus. Mes baskets qui font place l’une à l’autre, comme des relais vers rien. 

Je suis parti de la ville, par le train du matin. Ce soir de plus, je suis passé devant la laverie et je suis resté longtemps. C’est comme la sortie d’un cinéma, sauf que personne ne sort parce que personne ne peut rentrer. La laverie de ma rue ferme tôt, et moi j’ai une machine à laver. Alors j’ai continué de marcher, je suis passé devant un restaurant, plein de dorures partout dans ce restaurant. Le premier jour où j’ai marché dans cette ville j’ai bu un café là, et après plus jamais. J’ai shooté dans une canette et elle a frappé l’immense vitre du restaurant. Tout le monde m’a regardé et des clochards se marraient. 

Je suis parti de la ville, par le train du matin. Après des adieux à des fenêtres éclairées. Quelques moments vécus sur des balcons, contre le rythme des soirées, comme en face B de la joie. Les religions des feux tricolores et les lézardes des murs. Des enseignes lumineuses à contre-courant régnaient tristement sur des rues aux éclairages cassés. J’avais quelques vieux souvenirs à saluer avant de rentrer. Des au-revoirs et à bientôt aux coins de quelques rues et même un boulevard. Des baisers sur la joue des jours à venir et finalements jamais venus. 

 

J’ai craché 17 fois contre le vent, 

j’ai dormi avec mes chaussures

et d’ailleurs je ne suis plus fou

J’ai parié plusieurs orages

Mes yeux entourés

Que tu t’es tirée 

Avec ce pianiste aux chaussettes jaunes

Qui fume nu sur ton balcon

Je traîne mon trop beau squelette

Sur toute tes ardeurs 

C’est comme si tu avais inventé le feu et la fête

Comme si je saignais des fleurs

*

Dans le matin tôt la brume renonçait à des champs de bataille fumant de sang, des rivages s’inventaient dans les sillons déçus de leur sort. J’ai quitté la ville par le train du matin, les immensités vertes s’amusaient de mes regards et me faisaient croire à des crocodiles aux détours des cours d’eau. Le train frôlait des villages, et à chaque village, je me disais que des gens vivaient des histoires sur les routes, près des clochers, dans des soirs de fêtes, dans des dimanches à mourir. Des jolies filles disaient des mots éternels et des garçons écrivaient des poèmes, et le contraire, à dos de motos, à dos de dromadaire. 

Quand je suis descendu du train, ma mère m’attendait. J’ai quitté la ville par le train du matin, elle m’attendait avec un pain au chocolat et un sourire de maman. Dans le hall de la gare nos chaussures faisaient le bruit des retrouvailles heureuses. Les portes de la voiture ouvertes et fermées en même temps, synchronisation des matins où elle m’emmenait à l’internat, au lycée. Je me souviens des matins où elle m’emmenait directement à la ville du lycée plutôt qu’au bus, pour qu’on dorme un peu plus et qu’on partage un moment plus long dans la voiture.

On habite dans un village loin, alors voilà. C’est bien parce que personne ne peut nous trouver et qu’on a la paix avec les choses de la vie, mes parents étant des gens assiégés par les choses de la vie. 

Tout ça pour dire que je savais bien qu’elle était encore plus triste que moi quand elle me laissait le lundi trop tôt. J’imagine toujours les sentiments des mamans depuis, la façon dont elle glisse un goûter dans un sac-à-dos. La façon dont elles tendent, avec un regard tendre, sur le quai d’une gare, les 10€ qui vont leur manquer à la fin du mois. Putain ça je trouve ça émouvant et pourtant je n’arrive jamais à pleurer. Et je me retrouvais dans ce foutu internat à fixer la lumière de la salle de bain commune à 30 adolescents, au milieu de la nuit, en train de lire et de prendre des heures de colle pour avoir lu dans la salle de bain. Alors tu vois la rage ça se gagne. 

Ma mère fait des sourires, comme elle sait en faire, on parle et on roule, sur des routes oubliées par le monde. 

Je vais passer l’été ici. Je reprends mes repères vite, comme des yeux éblouis, plissés, puis habitués à la lumière. Mon père et sa tasse de café, qui vont de paire dans la maison, à toutes les heures, qui signe sa présence par des nuages de fumée. Ma petite soeur qui hurle pour qu’on l’entende, et plus elle hurle, moins on l’entend, elle laisse des notes aux murs. Ma mère les bras à l’air à 8 h du matin avec des légumes de notre jardin dans les mains. Mes tantes qui passent, ma grand mère qui cherche quelque chose. 

Je me rappelle que j’ai été élevé par des femmes, toutes les fois où je reviens. À l’école primaire, les autres m’appelaient “pd, rital, tapette” et aujourd’hui ils sont morts, dans des accidents de voiture, des accidents de chasse, morts dans des mariages, morts dans des paternités. La mort ça dure longtemps et c’est moins vulgaire. 

Les jours passent vite, je regarde le Tour de France à la télévision et quand l’étape se termine, j’attends l’étape suivante. La vie est un truc qui devient vite mécanique. Moi ça ne me dérange pas, je sais que ça ne dure pas. On finit toujours par se réinventer. On se lève à la même heure pendant longtemps, en s’habillant pareil, et un jour c’est terminé, on s’en va. Les gens se retiennent de s’en aller, ils racontent, dans les bus, comme ils ont failli démissionner. 

J’accompagne ma mère faire les courses. Nous sommes à un moment de l’histoire du yaourt où il n’y a sans doute jamais eu autant de marques de yaourts différentes. Le rayon frais est frais. Une dame aux cheveux colorés d’une couleur ignoble parle à ma mère en me regardant, elle demande s’il va bien, ce qu’il fait maintenant. J’ai encore raté mon année mais je joue un jeu subtil avec tout le monde. Je fais le malin. Ma mère n’aime pas quand je fais le malin et personne n’aime quand je fais le malin, mais ça serait encore pire si j’étais abattu. 

 

Des vieux discutent à la caisse, face à la jeune caissière : 

“ – Les jeunes aujourd’hui si tu regardes, ils ne font rien

– Euh, madame la caissière, vous pouvez peser les tomates sans le sac plastique ? Oui, je te disais, je ne me sens pas en sécurité, ici, tu as vu les informations ? Même la présentatrice on sent qu’elle a peur.

– Moi j’aime encore assez bien les légumes comme ça. Je crois que je vais bientôt mourir, je suis fatigué. Ma petite fille, elle sort avec un voyou, un de la ville, tu vois comment ils sont. Jacques est mort. Tu sais, non pas ce Jacques, l’autre. 

– Je te paye un café ? 

– Où ? Tous les cafés sont vendus maintenant. 

– À côté. Maintenant le bureau de tabac-relai postal-fleuriste-pompe funèbres-pompe à essence-armurerie-boulangerie est devenu un bureau de tabac-relai postal-fleuriste-pompe funèbre-pompe à essence-armurerie-boulangerie-CAFE. 

– Allons-y. Bonne journée madame la caissière vous êtes jolie si j’avais 50 ans de moins j’enverrai un télégramme à votre père pour lui demander l’autorisation de vous faire la cour. »

*

Ma mère vit ici tout le temps. Les cinémas projettent des films violents et ridicules, après ils ferment. Aux élections les gens votent pour dire à quel point ils ne peuvent pas se regarder, ni dans un miroir ni dans une flaque d’eau, troublée d’essence. Les gens ont peur, de la fin du monde, des dinosaures, des aliens, que Fast-And-Furious connaisse un jour une fin, des couleurs, des fleurs qui piquent, que leur fille unique épouse un noir, que leur voiture explose à cause d’un écureuil dans le moteur.

Ils sont coupés du monde et le monde les coupent. 

Mes parents vivent ici, dans le calme définitif et inviolable de nos parcs. Nos chevaux sauraient en premier si le monde éternuait. Un cours d’eau récite des poèmes, une maison en ruine nous sert d’abri idéal pour la vie en générale, par dessus elle, un arbre enlace nos ombres dans le soleil d’un fin d’après-midi interminable de l’été joli. Un renard jappe au loin, une chouette niche avec ses petits dans la maison en ruines. Mon père allume un feu, notre chien joue avec son ombre et celles des oiseaux. Il y aura des fruits. Le vent joue à la mer avec les feuilles des grands arbres qui bruissent. 

J’ai vu un docteur qui a dit que je manquais de fer et d’un tas de trucs, comme des vitamines B12. C’était sans doute la raison de tous mes échecs. J’ai pensé aux gens déçus. 

J’ai pensé, je ne sais pas trop où est la vie. J’avais l’âge de mordre et celui de croire. La lenteur des jours me charmait. J’avais raté mes études. Depuis le début de ma vie, les rêves étaient les films les plus vrais que je connaissais, les rêves me laissaient des marques à la réalité, des blessures aux flancs, des émerveillements au bord des yeux. 

Je ne crois qu’aux rêves. Je crois les histoires qu’on raconte. Je crois toutes les histoires, et si elles sont fausses, après tout, qu’est ce que ça fait ? Je crois aux histoires du bord du lit, d’avant la nuit, je crois aux histoires des cours de récré, je crois aux histoires ivres des soirs. 

J’ai pensé aux histoires que j’avais moi-même raconté, pas toutes vraies, pas toutes fausses. Elles ont toutes comme ambition d’arranger le réel, de lui donner des couleurs. C’est fatiguant d’arranger le réel. Je crois aux histoires des menteurs par dessus tout, parce qu’ils se donnent le mal de réécrire la déception de la réalité, ils lui donnent une deuxième chance. 

*

Il était 2h du matin, je m’apesantissais sur mon bureau. La pièce était coloriée par les affiches, les photographies, les inscriptions, qui témoignaient de mes années. Ma chambre. Celle de l’enfant et celle de l’adolescent, celle de celui que j’étais, celle de celui que je suis resté. Des gâteaux fait exprès pour moi, par ma mère, qui me parle de la jolie journée. Un jouet, veille, sur l’horaire tardif de mon réveil, de l’époque où un bip bip m’embrassait en premier le matin. Au collège, j’étais rêveur et je goûtais le sang pas le mien, celui de courir vite et de crier, dans les allées, de regarder puis de montrer. Les souvenirs et les histoires me touchaient l’épaule comme toujours. 

Je suis heureux d’être celui que je suis. Heureux de n’être pas devenu celui que j’ai tué souvent, effacé d’un vague coup de main, vendu mes mauvais souvenirs à toutes les épiceries du chemin. J’ai encore beaucoup à corriger, mais je suis toujours le garçon avec une plume dans les cheveux. J’ai toujours ma tendresse pour tout. Tendresse éternelle, pour mon reflet, dans une cour d’école primaire, perdue dans la campagne, qui se fait brouiller par des mains sales, tachés de sang animal, de crachat, de sueur, de sucre. Tendresse pour toutes mes solitudes. 

Mes solitudes à la la ville et mes solitudes à la mer. Dans une station balnéaire, quitté par une fille éternelle, j’ai menti à tous les couloirs vides. Solitudes dans mes alcools, face aux murs, des serments quotidiens à 3h du matin. Solitudes dans tous les moments où je n’ai pas su pleurer. 

Seul dans une station balnéaire 

Quitté par une fille éternelle

Mentir à tous les couloirs vides

Revenir sur les pas de l’hiver

Vomir encore dans une ruelle

Qu’est ce que tu as dans le bide

Tu ne fais plus rire le soir

Tu crois encore te draper de nuit

Tu crois aux chevaliers 

Courir à fond et dans le noir

Un télégramme d’Italie 

Personne n’est fou à lier

Quelques photos des averses

Ne pas pleurer dans une robe

Les grandes surfaces 

Des souvenirs nous renversent 

Des souvenirs nous dérobent

Nos grands espaces 

J’ai volé un bateau 

*

J’ai pris mon sac à dos, toujours le même sac à dos, pourquoi changer de sac à dos. J’ai pensé à mes parents et ma petite soeur qui dormaient. Des tracteurs passaient sans cesse pendant cette nuit de moisson. Je me suis dit que j’allais surement rater la prochaine étape du tour de France. La lune prolongeait sa soirée dans la fin de nuit, un peu ivre, le jour n’allait tarder. Les gens iraient acheter du pain, au camion de la boulangère. Avec le flash de mon téléphone, les moustiques me prenaient pour une divinité de la lumière. Je suis allé à pied chercher un cheval. En guise de selle, j’ai posé un sweat sous mes fesses, le temps de revenir et de le sceller pour de vrai. J’avais vu mes parents le faire très souvent. Je ne savais pas faire mais je n’avais pas d’écuyer. J’ai mis un peu de temps, le cheval était patient, on ne devient pas chevalier comme ça. 

Je suis parti, j’ai vu ma petite maison, en me retournant sur le cheval. Les maisons que je connaissais, je me suis interrogé sur l’intérêt d’ajouter des remparts autour. Quelques loups hurlaient, quelques avions clignotaient rouge au milieu des étourdissants tourbillons d’étoiles au dessus de nous. Le cheval a décidé d’accélérer et je n’étais personne pour lui dire de ralentir.

C’est lui qui faisait le rythme et le parcours, les chevaux savent où est la vie. Par la forêt, il allait droit devant lui, surpris parfois par un lapin. J’ai eu envie de me fabriquer un arc mais je n’avais pas de corde alors j’ai seulement attrapé un long bout de bois, pour m’en faire une lance. Sans descendre de mon cheval. Un autre bâton plus court m’a adoubé chevalier, en devant mon épée. Je me suis trouvé suffisamment armé.

Le cheval a eu envie de redescendre dans la vallée et moi je me sentais libre. J’ai réfléchi longtemps et nous étions dimanche matin. Les oiseaux s’occupaient de dire ce qui devait être dit. Mais parfois, des voitures dégommaient le silence, elles étaient brutales et me semblaient plus terribles que jamais, plus fluorescentes que jamais. Mon cheval avait peur, pas loin d’une route que je devais traverser. Une voiture a déboulé. Mon cheval s’est levé sur ses pattes arrières. J’ai eu peur mais je me suis encore senti libre, et très fort, à la fois. La voiture s’est arrêtée. Elles étaient pleines de jeunes gens, 3 garçons et deux filles. Un garçon a sorti la tête pour m’insulter. Ils ont compris l’étrange, eux qui sortaient de boîte et rentraient ivres chez eux pour baiser. Ils riaient de moi, et sont tous sortis de la voiture. Je les connaissais vaguement. Ils disaient des choses sur moi, le cheval s’est lancé tout seul. Ma lance a frappé la tête de celui qui conduisait au moment de me frôler au bord de la route, le chef de bande. Ma lance a frappé la tête du roi des minables et je me suis trouvé bon en tournoi, j’avais un prénom de roi et une sensibilité trop salie, et trop lavée à l’eau des rivières. Aujourd’hui, les rivières sont sèches et pleines d’engrais, et ce mec saigne beaucoup, les filles hurlent et les deux autres garçons veulent que je descende. Alors je descends et je fais des grands mouvements avec mon épée. Ils ont peur. Ils payent une salle de musculation dans une ville quelconque mais ils ont peur de ce bout de bois qui siffle près de leurs oreilles et leur roi est par terre, il n’a pas de couronne, il a payé une bouteille dans la boîte locale et maintenant il a mal. 

Je remonte en selle et le cheval décide de repartir, parce qu’il y a du bruit. J’ai réfléchi à en forcer un à devenir mon écuyer mais j’ai renoncé assez vite. Ce sont des lâches et la peur pourrait leur donner envie d’un coup d’état rapide. Je suis seul, c’est définitif et d’ailleurs je ne fais plus jamais la fête. Avant j’allais à des soirées, en y croyant ferme. Le trot du cheval est léger, j’apprends de ses vagues. Le jour est levé maintenant, les boulangers le savent et accélèrent le rythme. Des klaxons retentissent en lisière de village. Mes yeux se plissent pour apercevoir la mer, mais la mer est à 1000 kilomètres. J’arrive près d’un lac. Des campeurs s’étirent et des adolescents terminent de faire l’amour. Les fers du cheval résonnent sur le bitume payant. 

Sa culotte qui vole par la fenêtre du mobile home familial

C’est la première fois qu’elle fait l’amour avec une femme

Nos alcools nos éternités nos sweat préférés

Valent quelques dollars à la bourse fermée

Elle mange une orange elle mange un matin 

Elle épluche les jours et quelques amants pantins

Et si on chevauche encore jusqu’à un château

C’est sûrement pour elle qu’on devient voleur de bâteau

*

Mon cheval broute, au bord de l’eau, il est heureux de voir du pays je crois, c’est un cheval aventurier, un modèle spécial, inventé pour l’occasion. J’ai remarqué une barque. J’aime les barques. Je ne sais pas ramer en revanche. J’ai décidé d’apprendre ou de me tromper. Un peu à la dérive dans la brume du matin, des canards se moquent de moi, en symphonie. Je pense que je suis au milieu et je lance mon épée-bout-de-bois. Je rêve de quelque chose et il n’y a rien. Le lac n’est pas immense. Je rame. Je dis quelque chose. Pas grand chose. 

Mon destrier n’a pas bougé. Les jeunes qui faisaient l’amour regrettent et se disent que le lycée est terminé et que maintenant le sexe va devenir quelque chose d’administratif. L’été, c’est le moment de brume qui fait croire à tous les coeurs debout très tôt que les promesses ne se dissipent pas. 

Il y a une colline, il faut que je monte sur la colline c’est certain, c’est mon cheval qui a décidé. Partout les éoliennes nous surveillent, nous provoquent, nous maudissent. Je crois qu’elles ne sont pas si grandes. Les remparts de la ville au loin, dessinent l’horizon. Le soleil se lève, dans ses habits du dimanche, prêt à livrer des croissants à toutes les filles du monde. 

Elle dort encore

Dans des draps blancs, 

Beaucoup trop blancs c’est évident

Ou alors elle n’a pas dormi

*

Je me rapproche des éoliennes. Elles font de grands gestes, et imitent le vent, leur armée est immense, nous sommes sur un plateau, nos histoires naissent sur ce plateau. La dame de la météo dit que ce plateau est froid mais je trouve que les gens sont chauds. Je suis sur le plateau, les éoliennes en face de moi veulent conquérir la ville de mes souvenirs. Il me reste une lance, mon cheval sait, il galope, je ne sais pas où me tenir, je tiens la lance. Les éoliennes sont immenses, elles sont pâles, elles rient, sans bouger. Le cheval s’arrête, je descends et j’attrape un carton par terre, il est inscrit “Fête des bagarres” dessus, je remonte, avec mon bouclier. J’ai fière allure, c’est sur. Personne pour me voir, dommage, la nuit a gagné. J’ai attaqué par surprise l’armée des éoliennes alors je suis tombé de mon cheval qui a eu peur de ces Cerbères blancs. Ce n’est pas une déroute. C’est juste qu’il faut bien rentrer des conquêtes à un moment. 

Je n’ai pas eu honte d’être tombé de cheval en voulant protéger mes souvenirs, mes histoires. J’ai souvent perdu mais pas cette fois. J’ai eu envie de dire bonjour à tous mes amis, d’aller chez eux à cheval pendant le petit déjeuner et de hurler mon goût de confiture préféré. Les fleurs embrassaient les sabots de mon cheval qui s’appelle Eole maintenant qu’on est des rois sans épées lui et moi. 

Je suis rentré comme dans une petite promenade. J’ai déjeuné avec mes parents, de la très bonne confiture et un croissant et je me suis souvenu que je devais écrire une histoire. 

C’est peut-être juste une histoire. 

 

FIN


Arthur Guillaumot

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