« Notre musique est un château de sable parfait qu’on détruit » Interview / SÜEÜR

Sensation rock, électrochoc rap. Génération pas de case. Süeür se serre et se la joue électron qui s’évadent avec un premier projet, En équilibre. Trois mecs qui inventent, déminent et bombardent. Quelques chants plus loin, plus de mine pour la pâleur. Discussion. 

Entretien réalisé jeudi 23 janvier, juste avant leur release à La Boule Noire. En équilibre est disponible partout depuis aujourd’hui. 

Arthur : Je suis pas plus malin que les autres, donc la première question que je me pose, c’est comment on construit un album comme ça, en équilibre entre le rock et le rap ? 

Théo Cholbi / süeür : L’équilibre… Si on met un beat rap en base, c’est important que les cordes, les pédales qui sont rajoutées soient plutôt issues de la partie électrique du rock. On n’est pas vraiment dans le dosage. Après, ça arrive qu’en maquette ça sonne vraiment années 80, quand on veut juste avoir un aperçu de rythmique. Avec mes textes, on part d’une base hip-hop, qu’on défonce avec du rock. 

Florian Serain / süeür : Et après on secoue pour retourner vers du rap. Il y a plusieurs allers-retours. 

Théo : On attend d’avoir un beau château de sable, et boum. On shoot dedans. 

Arthur : Est-ce que la rage c’est le matériau premier ? süeür, c’est féroce. 

Théo : De la rage oui. Même si là moi j’ai envie qu’elle soit plus retenue. Dans les textes, la rage c’est un peu le moteur c’est vrai. On s’équilibre parce que Flo a moins la rage. 

Florian : Moi je lui dit “calme-toi” et lui il me dit “réveille-toi”. 

Arthur : Est-ce qu’il y a des choses qui ont été jetés, que vous n‘avez pas gardées sur ce projet ? 

Théo : Oui. Une chanson qui s’appelait Déter. Elle ressemblait à ce qu’on faisait avec Flo quand on était un bass battery. C’était un peu post-punk. Dans la colonne vertébrale de cette mixtape, elle sonnait pas avec les autres. 

Arthur : Oui justement. On sent qu’il y a une ligne. Même si c’est un projet très long pour un ep. 

Théo : On s’échauffe encore un peu avant d’appeler un projet “album”. Mais on voulait être généreux. Ni frustrer le public, ni nous frustrer nous. Et puis rendre compte de ce qu’on a travaillé ces dernières années. 

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photo : David Ledoux

Arthur : De quoi il est la première fois, ce premier projet, qu’est-ce vous osiez ? 

Florian : C’est la première fois, pour nous, de ce style là. Pour moi c’est la première fois hip-hop. 

Théo : Pour moi c’est la première fois du rap et du chant. C’est notre dixième concert à La Boule Noire ce soir. On a joué à Rock en Seine face à The Cure, on avait rien sorti. ça fait longtemps que je voulais le faire. Avant, il y avait le cinéma. Et puis mon grand frère. Dijon, ils ont fait Thiéfaine, mon grand frère. Moi j’avais la pression. Première fois que j’assume mes textes. 

Arthur : Oui c’est un vrai projet, il faut le porter. 

Théo : Oui et puis tu vois, depuis que j’assume Süeür sur les réseaux, qu’on porte le projet… le monde du cinéma… La double casquette n’est pas super démocratisée en France. Faut porter ses couilles, être sur de ce qu’on va dire et incarner. Et puis moi je suis obnubilé par l’impression qu’il y a quand même de l’espoir dans ce projet, mais ceux qui découvrent les titres déjà sortis trouvent ça assez dark quand même. 

Florian : ça ira mieux à partir de demain quand les gens auront pu écouter tous les titres c’est sur. 

Arthur : Théo tu crois pas trop à la double casquette avec le cinéma ? J’ai l’impression qu’avec la nouvelle génération ça va mieux se passer à ce niveau là, il y a quelques exemples…

Théo : Si ! J’ai de l’espoir à ce niveau là. Je pensais plus à la part de mystère que les réalisateurs aiment bien trouver dans un acteur. Là si tu viens à un concert de süeür, tu peux en savoir beaucoup sur ma vie. Je donne pas mal de mes histoires. 

Arthur : Quand est ce que vous vous êtes dit que vous étiez adultes ? 

Théo : Flo il m’a dit “Théo quand même, avec ces derniers mois, on a changé, on n’est plus les mêmes. On est presque des hommes.” 

Florian : Presque ! C’est vrai qu’on commence à se le dire…

Théo : Nan mais tu vois on a plus 18 ans, on en a 28. Mais la musique ça te ramène un peu à un truc teenage. Des découvertes tout le temps. La salle de repet, les loges, les gens. 

En fait la maturité, c’est quand tu commences à faire des trucs en te disant que tu peux pas revenir en arrière. Là c’est vrai qu’on a quand même des responsabilités. 

Florian : C’est quand tu peux plus dire “Je me suis pas réveillé désolé”. 

Théo Cholbi : C’est aussi un apprentissage de la patience. Apprendre à penser les choses. 

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photo : David Ledoux

Arthur : Vous faites de la musique pour qui vous ? 

Florian : D’abord pour nous. C’est un peu un besoin. Quand on fait pas pendant un mois on déprime. C’est le premier groupe qu’on a où on peut partager ce qu’on fait avec des gens qui nous connaissent pas. Avant c’était un peu nos potes… Maintenant on découvre la réception des gens. 

Théo : Après dans le processus de création on y pense quand-même, à la réception. On se demande comment les gens vont voir les choses. S’ils vont pas trouver qu’un riff ressemble à quelque chose qui existe déjà. On le fait d’abord pour nous, mais le message est pour les gens. 

Arthur : Qu’est ce que vous trouvez transgressif ? 

Théo : Si on doit être narcissique, dernièrement, je dirai faire un clip sur champion de MMA. Se prendre pour Eminem dans tout le clip. Et puis à la fin être en bas résilles, en pute, maquillée. Avec les fans de rap qui t’envoient “sale pute” en message privé. ça c’est peut-être transgressif. 

C’est toujours la métaphore du château de sable. La mer, un gamin et son père hollandais qui prend le truc en photo et bam tu mets un coup de pieds dedans. 

Arthur : ça vous évoque quoi la Première Pluie ? 

Théo Cholbi : Une pluie de sueur. 

Le premier logo qu’on avait fait, parce que Flo est dessinateur, c’était des gouttes, pour faire les trémas de süeür. 

Florian Serain : Pour moi, c’est la douche du matin, qui réveille. 

Théo Cholbi : Moi ça me fait penser à une première expérience sexuelle, à la campagne.


  • Interview / Arthur Guillaumot à La Boule Noire 
  • Photos : David Ledoux 

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